IMPRIME PAR NOS SOINS


Journal d'information et de débat du plateau de Millevaches
publication papier trimestrielle

IPNS décline différemment ses initiales dans chaque numéro :

IL POLLUE NICOLAS SARKOSY
 
 
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Autour de Marius Vazeilles Version imprimable Suggérer par email
La forêt paysanne de Vazeilles ou le meilleur des mondes...

S’il fallait citer un nom, un seul, qui incarne le plateau de Millevaches, c’est bien évidemment celui de Marius Vazeilles qui assez vite s’imposerait.
L’homme a considérablement marqué de son empreinte le territoire (par la forêt qu’il y a implantée, par l’identité historique qu’il y a
mis en évidence, par le rôle politique qu’il y a joué).
Dans l’ensemble que nous publions ici, c’est la figure du forestier que Tania Nasr met en évidence. Fabrice Nicolino se souvient pour sa part
de sa rencontre émerveillée avec ce “grand homme barbu”. Enfin, nous terminons ce dossier par un texte de Vazeilles lui-même, un texte
manuscrit extrait de ses archives, dans lequel il décrit le Millevaches métamorphosé par le “grand tournant” de 1914-1918.

Avant l’arrivée de Marius Vazeilles sur le Plateau, les tenants du reboisement, essentiellement des notables étrangers au territoire, ne rencontrent que peu d’adhésion de la part des habitants...
Un homme va tenter d’atténuer l’antagonisme créé entre les populations locales et les tenants du boisement en cherchant à intégrer la forêt au mode de vie
local. Ce personnage, Marius Vazeilles, fait partie de l’administration forestière mais s’en distingue par son souci de rallier la population à la cause du boisement.
Son action forestière ne peut pas être séparée de son action politique. La forestation a constitué la concrétisation de sa conception politique.
Vazeilles, qui habitait le plateau sur lequel il a mené son action pendant près de 60 ans, a été détaché en 1913 au Service des Améliorations Agricoles pour la propagande et pour la direction des travaux de mise en valeur à entreprendre dans les landes du plateau, avec le grade de garde général. Mais il était également responsable de la fédération socialiste de la Corrèze.
Sa volonté de mettre en place une forêt paysanne et un partage égal du communal est souvent présentée comme l’émergence du communisme rural corrézien. Dans son sillage, les cadres de la SFIO vont se dévouer à la cause paysanne et lutter contre ceux qui veulent un partage censitaire du communal (au prorata de l’impôt foncier) qui prolongerait l’inégalité de jouissance du communal instauré par la règle dite des “foins et pailles”.
En 1921, Vazeilles est nommé secrétaire de la fédération communiste de Corrèze. L’année suivante, il crée la Fédération des travailleurs de la terre, qui réunit quinze syndicats d’ouvriers agricoles et forestiers et de petits paysans. L’action de ce syndicat sera très importante.  C’est grâce à lui notamment que les paysans obtiendront la possibilité de réaliser, quand ils le souhaitent, un partage du communal en lots égaux, en pleine propriété.
En 1936, il sera élu député communiste de la circonscription de Tulle. En 1939, il fait partie des 27 députés communistes qui s’opposeront à la décision prise par le comité central d’avaliser le pacte germano-soviétique
Les ambitions que Vazeilles nourrit à l’égard du plateau sont rassemblées dans un ouvrage intitulé "Mise en valeur du plateau de Millevaches", édité en 1917. Cet ouvrage, qui compte plus de deux cents pages, se propose de formuler le modèle d’un projet de transformation de la mise en valeur agricole, qui passe notamment par les éléments suivants :
le partage des communaux,
le défrichement et la mise en herbage des meilleurs parcelles de ces lots de communaux,
le passage à la rotation continue par abandon de la jachère et introduction de cultures fourragères,
le développement d’un élevage bovin intensif,
le développement d’une économie marchande liée à cet élevage (vente des veaux et de boeufs, et achat de la farine et biens alimentaires),
le recours à la sylviculture pour valoriser des parcelles autrement peu exploitables.
Bien qu’étant forestier, Vazeilles ne concevait le reboisement que dans le cadre d’une réforme profonde du système agraire. L’ouvrage ne se contente donc pas de promouvoir la forêt, mais encourage la mise en place d’un nouvel équilibre agro-sylvo-pastoral.
Plus encore, la forêt doit seulement constituer un des maillons qui permettent la mise en place de ce nouvel équilibre ; en ce sens, elle n’est qu’un complément aux mesures essentielles touchant le partage des communaux ou le développement d’un élevage bovin intensif.
Néanmoins, le parcours de Vazeilles explique l’attention accordée au volet sylvicole dans la Mise en valeur du plateau de Millevaches. A plus d’un titre, l’ouvrage se présente comme une sorte de guide raisonné de la plantation à l’attention de paysans peu familiers de la sylviculture. Les différentes essences et la manière adéquate de les planter y sont décrites. Les paysans sont incités à planter de façon sélective : Vazeilles cible essentiellement les parcelles trop éloignées pour être cultivées avec profit ou carrément inaccessibles.
Dans l’esprit de Vazeilles, le boisement ne doit donc pas venir concurrencer l’activité agricole ; au contraire, il doit l’étayer en permettant aux paysans de se
constituer un appoint complémentaire aux faibles rendements de l’agriculture. Vazeilles insiste sur le faible coût de la plantation puisque la main d’oeuvre sera
fournie par les paysans eux-mêmes qui planteront à la morte-saison ; les plants seront fournis gratuitement, grâce aux subventions de l’Etat.
L’originalité du projet de Vazeilles repose en partie sur les buts sylvicoles qu’il se propose d’atteindre. En effet, si la plantation de résineux, exclusivement des
pins sylvestres, constitue seulement la première étape de l’opération, celle-ci n’est que transitoire et sera rentabilisée grâce à la demande pressante des houillères d’Auvergne en étais de mines. Au fil des ans, cette première plantation devra laisser la place à l’instauration d’une futaie jardinée de hêtres, chênes
et conifères (sapins essentiellement) produisant du bois d’oeuvre de qualité.
Mais, insistons encore une fois sur le fait que tous ces objectifs, pour précis qu’ils soient, doivent être replacés dans le cadre d’une tentative de mise en valeur du système agraire tout entier, et que, dans cette entreprise, la forêt, si nécessaire qu’elle soit, ne tient qu’un rôle secondaire.
Vazeilles était un ruraliste avant la lettre dont le discours, contrairement à celui de l’administration forestière, ne va pas se modifier au cours du temps.
Constamment, il envisagera le boisement comme un moyen pour les paysans du plateau de continuer à vivre dans leur pays et de connaître des conditions matérielles de vie plus douce. En un mot, la politique de Vazeilles est tournée vers l’homme autant que vers le territoire et, s’il prône le reboisement, c’est qu’il estime que celui-ci “peut conduire les travailleurs ruraux vers un peu plus de bien-être qu’en attendant ils vont chercher ailleurs, à la ville, dans le fonctionnariat”.
Le discours tenu par Vazeilles reprend en partie celui des forestiers traditionnels quant aux bienfaits de la forêt sur la régulation du climat. Ainsi, en accord avec ses collègues, il hisse le reboisement au rang de devoir patriotique, mais cette fois fondé par un devoir de répartition égalitaire des biens de la nation. Il estime en effet que “les pays pauvres sont onéreux pour la nation par les subventions continuelles que l’Etat leur alloue pour les dépenses publiques”. Il convient donc de “féconder hardiment ces régions et ne pas les entretenir dans la misère”.
Ce souci envers la répartition des ressources fonctionne à double sens. En effet, “les pays pauvres” sont peut-être onéreux au dépens des régions où sont
créés des revenus, mais peuvent dans certains cas être, eux aussi à l’origine de certaines richesses. Ainsi Vazeilles souligne que de nombreuses rivières qui
prennent leur source sur le plateau arrosent et rendent fertiles les terres des plaines environnantes.
Boiser le plateau et retenir une partie de cette eau au bénéfice des paysans de la région reviendrait là aussi à procéder à une meilleure répartition des richesses nationales.
Au-delà du caractère pratique et rationnel de son projet, qui était sans conteste novateur puisqu’il envisageait la revitalisation d’un pays en prenant en compte ses différentes composantes sociales et tablait sur la mise en valeur de ses atouts naturels, Vazeilles est fondamentalement imprégné d’une morale, à tendance progressiste. Ainsi la forêt selon ses dires devra assurer “par la suite [aux travailleurs] une santé plus robuste, de meilleures moeurs et plus
de clairvoyance et de liberté pour lutter contre les forces qui les exploitent”.
Ce projet prend même la forme d’un rêve utopiste dans lequel la volonté d’intégrer la population du plateau à la mise en valeur de son territoire est enseignée dès l’enfance. Même les plus petits doivent être sensibilisés à la question forestière. Ainsi, s’associant à un instituteur de la région, Vazeilles
soutient la création de pépinières scolaires, dans lesquelles travaillent les écoliers en dehors des heures de classe, leur travail étant récompensé par un dédommagement qui prend le plus souvent la forme de plants gratuits. Par ailleurs, il présume que si le projet de plantation est mené correctement, la nature répondra enfin à des critères d’esthétique et de salubrité qui lui avaient fait défaut jusque-là. Dans cet ordre d’idées, Vazeilles promet que “la lande triste et monotone sera remplacée par la forêt riche et belle ; la tourbière marécageuse et déserte sera devenue l’herbage sain et abrité ; le troupeau maigre et perdu dans les bruyères à la recherche du gimbre ou de la fétuque, sera devenu beau et bien portant, à manger une herbe saine, plus abondante et plus riche en matières nutritives”. Cette “mise aux normes” de la nature influera finalement sur l’agencement du territoire dans son ensemble, puisque “le village mal désservi, aux rues remplies de fumier, sera devenu coquet parce que le climat sera plus doux, le pays plus beau”.
Notons au passage que Vazeilles semble considérer le fumier comme le stigmate d’une société à l’agonie. Pourtant, celui-ci a longtemps possédé une toute autre signification sociale dans les campagnes, où il était considéré comme un signe extérieur de richesse. Ceux qui disposaient du fumier devant chez eux indiquaient par-là qu’ils possédaient du bétail et qu’ils faisaient partie d’une certaine classe sociale. Pour Vazeilles, au contraire, l’éradication du fumier dans les rues sonnera l’heure d’une ère nouvelle dans laquelle “les paysans seront plus heureux ; leur situation sera devenue plus aisée. Ils hésiteront moins à se
lancer dans l’agriculture nouvelle parce qu’ils auront à leur disposition pour parer aux frais d’améliorations diverses une caisse solide et jamais vide : leurs bois”.
Cette différence de point de vue sur un élément aussi banal que le fumier pourrait paraître anecdotique. A mon sens, elle est pourtant révélatrice de la nature des difficultés que peut rencontrer un projet s’appliquant à un groupe social mais qui lui est extérieur, quand bien même serait-il promu par un acteur aussi bienveillant et aussi bien intégré que l’était Marius Vazeilles.

Tania Nasr
Tania Nasr est l’auteure d’une thèse d’ethno-écologie sur le thème :
Perception et appréciation du paysage forestier : le cas du plateau de Millevaches (Muséum National d’Histoire naturelle, 2005, 342 pages).
Son texte sur Marius Vazeilles est extrait de ce travail.


Marius Vazeilles, grand homme barbu

Un matin du tout début juillet 1968, j’ai pris le train gare d’Austerlitz, et je n’étais pas seul. Nous étions toute une bande de jeunes échappés des banlieues, sous la garde de moniteurs désemparés par nos cris de hyènes et nos sauts de puces. J’avais un peu plus de douze ans, et j’allais rejoindre un camp de vacances de la Caisse d’allocations familiales (CAF) d’Ile-de-France, installé à Meymac (Corrèze).
Tous les cas sociaux de la région parisienne étaient représentés. Il y avait parmi nous des orphelins, des excités qui jouaient du couteau jusque dans le couloir du train, des gentils, des abrutis, pas mal de paumés qui appelaient leur mère. Laquelle ne répondait pas, comme on s’en doute.
À Limoges, nous prîmes un car, qui nous mena au terminus. En bas d’une colline se tenaient les bâtiments en dur, dont la cantine. Et sur les pentes était dressé un village de tentes où nous dormions, huit par huit.
Je me souviens très bien des chasses au lézard et à la vipère : je participais volontiers aux premières, mais surtout pas aux secondes, qui me flanquaient la trouille. Un gars de plus de treize ans avait trouvé une combine avec un pharmacien de Meymac, qui lui achetait je crois le venin des serpents. Le gosse en profitait, il était riche.
Pour ma part, j’étais triste, pour des raisons que je ne peux pas détailler ici. Mais triste. Sauf ce jour dingue où nous allâmes visiter le musée d’un certain Marius Vazeilles, dont je n’avais bien sûr jamais entendu parler. J’en ai gardé le souvenir que voici : des grandes salles, une lumière brune sur des vitrines où dormaient des épées romaines tombant en miettes. Peut-être ai-je rêvé.
Je revois pourtant quantité de restes d’armées défuntes, ainsi que des morceaux de poteries, les traces d’un monde disparu. Et c’est alors que l’enchantement fut complet. Car je rencontrais ce même jour le créateur du musée, Marius Vazeilles soimême, et je compris pour la première fois de ma vie, je veux dire concrètement, les liens qui unissent les hommes par-delà le temps. Vazeilles en personne, et nul autre, avait fouillé la terre avant d’en exhumer les trésors. Ici, alentour, dans les environs de Meymac, où je posais le pied, d’autres humains avaient vécu jadis. On peut, on doit même appeler cela une révélation.
Mais j’ai également le souvenir physique de Marius. C’était, pour le gosse que j’étais en tout cas, un géant de légende, venu tout droit de l’Iliade et de l’Odyssée.
Il me semble qu’il portait un béret, ou une casquette. À coup sûr, il avait une barbe fournie, jupitérienne. Et il parlait, figurez-vous, en français que je comprenais ! J’ai su ce même jour qu’il avait dirigé le reboisement du plateau de Millevaches. Mais je dois avouer que je n’ai pas compris l’ampleur de l’entreprise. Le plateau, pour moi, c’était une clairière dans laquelle j’allais me gorger de myrtilles, et dans mon souvenir toujours, ce plateau est pentu, il n’est nullement plat.
Quelqu’un peut-il m’expliquer ?
Pour clore cette journée folle, nous nous sommes retrouvés chez Marius, dans le parc qui entourait sa vaste maison. Où ? Je ne sais. Mais j’en fus marqué à tout jamais. Car le grand forestier avait planté là, côte à côte, des conifères venus du monde entier. Des lointaines Amériques, d’Asie centrale, du Chili, de Russie, de l’Atlas peut-être. Je venais de la banlieue parisienne, je n’avais rien vu de rien, j’étais d’une ignorance totale, et Marius m’offrait le monde et ses splendeurs, d’un seul coup d’oeil. Je me souviens des différences de taille entre ces arbres, de leurs couleurs si variées, de leur invraisemblable solidité. Et Marius parlait, parlait, parlait. J’ai sa voix dans mon oreille au moment où j’écris ces lignes. Il savait parler aux enfants. Il était grand.

Fabrice Nicolino
Fabrice Nicolino est journaliste spécialisé dans les questions d’environnement



Note sur l’évolution de l’économie rurale en haute zone du Plateau de Millevaches
750 mètres et plus

1914-18 ! Période cruciale
L’économie rurale va se transformer.
Je viens d’être chargé de la propagande pour la mise en valeur des landes du Plateau de Millevaches, 80 communes, 15 000 hectares, de Meymac jusqu’à
Bourganeuf et Felletin.
Vont se terminer les travaux de moisson du seigle avec la faucille et la mise en gerbes, le battage au fléau durant tout l’hiver dans les granges, l’emploi de la faux dans les prés, le ramassage du foin avec fourches et râteaux et sa rentrée au fenil avec les charrettes tirées par les vaches.
Abandonné le tombereau à fumier, remplacé bientôt par l’épandeur d’engrais.
Pour les foires et marchés, le «charetou» à âne d’autrefois, parfois la voiture et le cheval peu employé dans le pays, vont être remplacés presque totalement par l’automobile ou la camionnette ou le tracteur, lequel sert maintenant à tout charroi, même celui des charrues diverses et des machines nouvelles.
Devenue rare la préparation des repas dans la grande cheminée où marmites et «oulhes» pendaient aux crémaillères, où la poêle et la «daubière» avaient leur place sur le trépied au dessus des braises, près du toupi devant le feu, entre les chenets. Depuis l’après-guerre 14-18, la cuisinière à bois a commencé à trôner pour la paysanne avant d’être bientôt remplacée par le réchaud à gaz butane. Cà et là sont utilisés le précieux frigidaire et la vaillante machine à laver.
A la même époque le laboureur a remplacé par la brabant double l’antique araire qui, depuis les temps néolithiques ne faisait que rayer la terre, alors que, en Gaule indépendante, dans les terres profondes, servait déjà la charrue munie de son coutre et de son avant train signalés par le grand historien Camille Jullian.
Dans les mêmes temps, il y a une quarantaine d’années, les femmes et leurs filles ont cessé de filer la laine et le chanvre, et les hommes de cultiver cette plante dans le jardin réservé, l’«hort» du chanvre, la chènevière. Le chanvre occupait beaucoup dans le village avant de servir, accroché à la quenouille. Pour assurer le travail des fileuses, de toutes les femmes, jeunes ou vieilles, il fallait cultiver ainsi un ou deux ares de la meilleure terre. Après la récolte, il fallait faire rouir les tiges dans l’eau, puis, après séchage, «barguer» et peigner.
Après la tonte des bêtes à laine il fallait nettoyer la laine, carder et filer.
Pour les paysans, fini aussi de chauffer le four. Depuis peu ils ne font plus leur pain, ils s’en procurent chez le boulanger du bourg.
Les maisons anciennes sans étages ont été de plus en plus remplacées par des bâtiments modernes à un étage et plusieurs pièces. Presque toutes pourvues de
leur adduction d’eau potable et des contacts avec le réseau électrique pour la force et la lumière, voire même chauffées au mazout. A Meymac, un réseau d’égout fonctionne depuis longtemps.
L’agronomie a fait de grands progrès avec l’emploi suffisant et judicieux des engrais chimiques et l’utilisation des machines agricoles de plus en plus en usage
à la ferme. La prairie artificielle ignorée autrefois durant longtemps, est entrée enfin
dans l’assolement. L’écobuage à feu courant et surtout celui à feu couvert qui appauvrissait gravement le sol est depuis longtemps abandonné. En matière d’élevage, le progrès a été très sérieux depuis 40 ou 50 ans. Autrefois, à l’époque où, entre les hameaux, la lande était dominante et parcourue sans discernement par les grands troupeaux ovins, l’élevage des bêtes à cornes était très infériorisé, malgré les comices agricoles et le zèle éclairé des Directeurs des services agricoles.
Durant l’hiver, on donnait le meilleur foin aux brebis. Celles-ci pleuraient à l’automne jusqu’à la dernière pousse. Elles prenaient ce qu’on appelle la «darrère». Au printemps, c’était encore elles qui déprimaient les prés. Les bovins ont enfin repris la place qui est due aux animaux qui enrichissent la terre au lieu de l’appauvrir.
Les grands espaces en nature de landes ou de friches, d’un hameau au suivant, sont en voie d’utilisation pour le labour, le gazon et aussi pour le boisement.
Dès 1913, après ma désignation, j’ai procédé sans perdre de temps au démarrage de la plantation forestière. Dans certains quartiers de Meymac, la reforestation a atteint un taux convenable pour la ferme, la région et le climat, soit pour l’équilibre agro-sylvo-pastoral. C’est à cause de ces travaux que Meymac a été choisi pour l’emplacement de l’Ecole Forestière.
Il y a quelques siècles seulement, des bois existaient sur le Plateau, mais le pâturage exagéré des ovins dans chaque ferme et sans jamais de limitations, a fait que le bûcheron n’a pas été suivi de près par le jeune plant naturel et le rejet de souche. Sans que les générations successives s’en soient rendu compte, la forêt a disparu faisant place peu à peu à la lande sans autres preuves que la présence de beaux troncs de chênes dans les tourbières et de nombreux lieux dits évoquant la forêt. Cette invasion de la lande est même parvenue à ne laisser des anciens chemins que des traces à peine marquées. Aussi l’établissement des chemins ruraux est rendu difficile pour les villages éloignés et les écarts où ils sont nécessaires.
A la recherche du travail et de quelque fortune dans les villes, surtout à Paris, l’émigration continue à prélever une partie de notre jeunesse campagnarde. Mais trop peu de garçons et surtout de filles cherchent à s’orienter vers une situation agricole.
A noter que le nombre de voyageurs de la région pour la vente des vins de  Bordeaux continue à se maintenir, mais avec moins d’activités qu’autrefois.
Après une longue période où le certificat d’études était très rare sur la Montagne, l’instruction populaire a fait beaucoup de progrès grâce à la qualité des maîtres et des élèves. Depuis quelques temps, elle progresse partout où se rencontrent les qualités naturelles des enfants et les moyens économiques des parents.
L’émigration vers la ville, et par suite l’abandon des hameaux a abouti à des communes qui se dépeuplent, telle celle dite du Longeyroux qui occupait la parcelle cadastrale «A la chapelle». Le hameau voisin de celle qui se dépeuple à son tour a profité du premier abandon. Il a hérité de la petite cloche de l’église du groupement abandonné. Elle est suspendue aujourd’hui à une fourche d’un arbre du groupement nouveau.

Marius Vazeilles


 
 
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