J’ai été attiré par le titre de la page “sortir” du Populaire du 7 janvier : “Un téléfilm à l’accent local”. Un article de Nicolas Yardin nous apprend qu’un téléfilm, réalisé par François Luciani, diffusé sur France 2, intitulé Les Camarades, vient d’être tourné en Haute-Vienne entre Saint-Léonard-de-Noblat et Limoges. J’ai bien sûr été attiré par cette invocation de l’accent local, qui m’a rappelé une célèbre algarade publique entre Jean-Marc Siméonin et Arlette Téphany qui lui prétendait que Limoges était une ville dont les habitants n’avaient pas d’accent, affirmation consternante, me semble-t-il, pour tout limougeaud de bonne foi, ou pour qui, comme moi, fréquente et enregistre des ponticauds et villauds ayant connu leur ville avant et après la seconde guerre.
D’ailleurs ils m’ont plus d’une fois confié qu’il n’y a pas si longtemps encore, on disait aux jeunes qui affectaient l’accent “pointu” : “Tu as avalé la fumée du train de Paris”. Pourtant j’ai moi-même entendu dire : “Nous n’avons pas d’accent à Limoges” et il est vrai que les jeunes générations n’en ont presque plus. Entendons nous bien, je veux dire qu’ils n’ont presque plus l’accent de leurs parents lié à la langue occitane et ont ainsi presque réussi à intégrer un accent du nord de la Loire. Cela du reste étonne beaucoup l’albigeois que je suis, car dans le Sud-Ouest, sans nul doute l’accent s’est mieux transmis, même si l’érosion existe. Cette “perte” de “l’accent local” en une génération implique sans doute un immense effort de dénégation de sa propre identité linguistique au profit d’un mimétisme acharné de la capitale. Les téléfilms d’ailleurs ne doivent pas y être pour rien, tant il est vrai que les kyrielles de téléfilms du terroir et des familles dont nous abreuvent les chaînes nationales se caractérisent par l’absence à peu près totale de vraisemblance en matière d’accent, quel que soit le coin de France où l’action est censée se dérouler. On entend du reste toujours les mêmes acteurs qui ont tous dû apprendre dans les mêmes écoles à parler comme il faut, c’est-à-dire conformément aux canons du bon goût de la capitale.
C’est pourquoi, j’ai d’abord pensé qu’un film soucieux d’accent local, qui plus est limougeaud, valait la peine qu’on s’y intéresse. Le téléfilm, écrit N. Yardin, “évoque le destin d’une bande de copains (…) âgés de vingt ans à la Libération, qui ont en commun une solide amitié et la foi dans le communisme”. Voilà qui, en effet, caresse plutôt la conscience historique et idéologique limougeaude dans le sens du poil : sur la question, avec et autour de Guingouin, il y aurait de quoi faire, et diable, avec l’accent !
Mais voilà que le journaliste ajoute que “François Luciani n’a pas manqué d’imagination, recréant notamment un quartier des bords de Seine de Paris… en plein Limoges, au pied de la cathédrale. Car si le tournage a eu lieu en Limousin, l’histoire est censée se dérouler en région parisienne”.
Donc je n’avais rien compris : l’accent local est celui de Paris, même et surtout si l’on nous dit bien que parmi les 50 comédiens, les “régionaux” sont nombreux et que “plus de 700 figurants limousins” ont participé. Ah limousins ! Vous pouvez être fiers, à force de singer Paris, voilà que Paris vous reconnaît enfin selon votre mérite, voilà que la capitale vient à vous et vous invite à jouer et figurer les bons gars d’Paris… pour traiter d’un sujet grave et important, qui vous tient à coeur : une histoire d’amitiés communistes, beaucoup plus belle bien sûr que si elle se déroulait à Limoges.
Et puis, l’accueil des équipes de tournage, c’est-à-dire la subvention du tournage (la région a apporté une aide totale de 240 000 euros dit le Popu) est un enrichissement considérable pour la région : “Outre l’aspect culturel” (en effet quels événements culturels majeurs que ces projections en avant-premières, prévues en janvier !) “les retombées économiques sont importantes, explique Stéphane Cambou, président de la commission culture et sports au Conseil régional. Pour un euro versé, quatre euros sont redistribués dans l’économie locale”. Donc un peu de dépense, mais quels bénéfices, culturels et économiques !
Brave Limougeauds ! Il est vrai que la société du spectacle n’a plus besoin des maçons de la Creuse, mais elle fait une grande consommation de figurants ; vous n’avez même plus besoin de monter à Pairs, on vous recrute sur place ! Quel progrès dans la conquête de votre dignité culturelle et citoyenne !
Une ironie bien involontaire veut que le même jour, sur la même page un petit encart non signé annonce la parution du Dictionnaire françaislimousin de Michel
Tintou.
Tiens donc, ce pays sans accent, aurait-il une langue ? Et “toujours vivante” proclame le titre. Michel Tintou, nous est-il dit “a connu l’époque où le “parler limousin” était encore largement pratiqué tant à la campagne qu’à la ville”, autrement dit l’époque justement mise en scène par le téléfilm de François Luciani. La langue d’oc, écrit Tintou en introduction de son ouvrage (passage cité dans l’encart), “reflète certainement l’aspect le plus important d’une identité capable de délivrer aux habitants du pays un antidote puissant de renaissance, face à l’uniformité déprimante, paralysante et inhumaine qui entend régenter le monde”. L’uniformité déprimante d’une ville de figurants “sans accent”…
Ainsi la rencontre fortuite sur une même page de deux articles quelconques peut-elle devenir parfois fort corrosive, sinon même explosive, et Dieu sait que l’on ne saurait soupçonner le moins du monde, notre Popu vénérable, bien pensant et bien disant (à la mode de Paris) de l’avoir fait exprès.
Jean Pierre Cavaillé
Photos france 2
Les Pesticides en procès
Le 1er mars sortira aux éditions Fayard un livreévènement sur les pesticides : "Pesticides, révélations sur un scandale français".
Les pesticides sont partout et leurs molécules s’attaquent directement à la vie des humains et de tous les êtres vivants.
Jusqu’au début 2007, les responsables de ce désastre sans précédent pouvaient dormir tranquillement. Nul ne les connaissait. Grâce à ce livre ce ne sera plus le cas. Leurs deux auteurs, Fabrice Nicolino et François Veillerette, sont connus et reconnus. Le premier est journaliste et nous raconte sa rencontre d’enfant
émerveillé avec Marius Vazeilles dans ce numéro d’IPNS (page 13). Le second est responsable écologiste, ancien président de Greenpeace en France.
Ils révèlent, dans le sens le plus fort du mot, un système. Un système né après 1945 grâce auquel l’industrie des pesticides a pris le pouvoir, tous les pouvoirs. Leur livre donne des noms, tous les noms. Il explore une à une les méthodes du lobby.
Fabrice Nicolino nous explique : “Ce livre révèle un grand nombre d’histoires inconnues qui démontrent les liens souvent cachés entre l’industrie, les chercheurs et l’Etat. Je ne vous cache pas que nous cherchons des soutiens car nous redoutons des réactions vives de ceux que nous mettons en cause”.
Pour en savoir plus avant la sortie du livre vous pouvez vous rendre sur le site du livre :
www.pesticides-lelivre.com
Mercredi rue Severine
Donner la plume, permettre à ceux qui ont rarement la parole de dire, d'écrire ce qu'ils vivent, ce qu'ils ressentent, c'est le propos de cet ouvrage modeste mais tellement emprunt d'humanité, d'espoir.
Ce travail de longue haleine, mené avec des habitants d'une cité de Limoges et animé par l’association Princesse Camion donne un recueil sensible qui dit la vie.
extraits
Télégramme
Fuir, Fuir ma peur. Fuir peur de ma peur.
Partir chercher bonheur. Fuir saleté.
Fuir cité. Fuir pittbull du voisin. Fuir fuite
d'eau plafond cuisine. Fuir mauvaises gens.
Fuir méchanceté.
Henriette
Petits bonheurs
Marcher dans la rue au clair de lune
Monter dans le bus au lever du jour ;
On est la seule passagère le bus nous
semble très grand comme un bateau
Dire bonjour au chauffeur
Aller au travail quand les autres dorment
Le moment où j'attends la pause
de neuf heures pour le café
Sentir la bonne cuisine
Fabienne
ouvrqge collectif Secours Populaire
Federation de la Haute-Venne
association Princesse Camion 2003
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