IMPRIME PAR NOS SOINS


Journal d'information et de débat du plateau de Millevaches
publication papier trimestrielle

IPNS décline différemment ses initiales dans chaque numéro :

IL POLLUE NICOLAS SARKOSY
 
 
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Comment une bonne idée peut devenir dévastratrice Version imprimable Suggérer par email
Les projets électricité-biomasse en Limousin

En 2003, les responsables des questions énergétiques du ministère de l'industrie, voyant se rapprocher l'échéance 2010, date à laquelle, en Europe, au moins 21% de l'électricité produite doit être d'origine renouvelable, décident d'accélérer et de densifier les projets dans ce domaine.
A côté de l'hydraulique (qui ne peut plus guère progresser), de l'éolien, du solaire et de la géothermie, la biomasse apparaît intéressante.
Aussi lancent-ils en décembre 2003 un appel à projets de production d'électricité à partir de biomasse. Il s'agit de gros projets (12 MW minimum) pour lesquels chaque candidat doit déterminer le prix de vente de l'électricité produite en le fixant à un niveau qui lui permette d'atteindre la rentabilité économique.

En janvier 2005, 14 projets sont retenus pour l'ensemble de la France, dont quatre en Limousin : Ussel (Soffimat), Meymac (EBV), Moissannes (EBV) et Saillat sur Vienne (International Paper).

Une première remarque s'impose : la décision de sélectionner quatre projets en Limousin a été prise sans aucune concertation avec les responsables régionaux. La politique de développement du bois énergie mise en place par la Région Limousin avec l'appui de l'ADEME a été complètement ignorée et les services de l'Etat en Limousin n'ont pas eu non plus leur mot à dire !
Sur le fond, les critiques qu'appelle cette décision sont explicitées dans la motion ci-contre (page 11) , adoptée par le Comité Syndical du PNR de Millevaches, ainsi que par le conseil municipal de Felletin et le conseil communautaire de la communauté de communes
Aubusson-Felletin. Elles ont été à nouveau développées au cours d'une conférence de presse donnée le 5 octobre dernier à Egletons par
Bernadette Bourzai, maire de cette ville, et Michel Pinton, maire de Felletin.

Les villes d'Egletons, Bourganeuf et Felletin possèdent en effet des réseaux de chaleur bois qui consomment annuellement chacun 6000 tonnes de produits connexes de sciage pour les deux premiers et 60 000 tonnes pour Felletin (qui produit aussi de l'électricité : il s'agit dans ce cas de cogénération, c'est à dire la production simultanée de chaleur et d'électricité).
La taille des installations prévues ne peut que bouleverser le marché régional du bois énergie et renchérir considérablement, peut-être même tarir, l'approvisionnement des chaufferies existantes. Par ailleurs, l'absence de réseau de chaleur complétant la production
d'électricité aboutit à une efficacité énergique faible.
Ce n'est pas parce qu'on utilise une énergie renouvelable qu'il ne faut pas se montrer économe !

Enfin, et cela ne concerne pour le moment que Felletin, le prix d'achat de l'électricité est beaucoup plus élevé que celui pratiqué à Felletin, ce qui aboutit à mettre en péril une installation existante.
En prenant leur décision sans concertation, uniquement à partir de données statistiques non vérifiées sur le terrain - et on sait qu'il y a une grosse différence entre les quantités de bois théoriquement disponibles et celles qui sont réellement utilisables (manque d'accès
dû au morcellement , du relief...) et en marquant leur mépris pour les installations de petite taille ("Nous n'avons rien à faire des chaudières de paysan"), les responsables du ministère ont bien mérité les reproches qui leur ont été adressés par les élus, par les
experts et les associations qui travaillent sur les problèmes énergétiques.

Depuis ces critiques initiales, de nouveaux éléments sont venus confirmer la pertinence des arguments avancés dès 2005. Il s'agit du dossier d'enquête publique concernant le projet de Meymac et d'un nouvel appel d'offres du ministère de l'industrie sur de nouvelles installations de production d'électricité à partir de biomasse.

Le dossier d'enquête publique de Meymac

Alors que le dossier du projet Soffimat à Ussel a été soumis à enquête publique du 12 mars au 12 juin (nous n'avons pas pu le voir), celui de EBV à Meymac l'a été au mois d'octobre, et nous avons pu le consulter et rencontrer le commissaire enquêteur.
L'installation de Meymac, d'une puissance électrique de 12,125 MW (donc juste au dessus de la puissance minimale de 12 MW, à rapprocher de la puissance de 3 MW de l'unité felletinoise) utilisera 138 200 tonnes de bois (plaquettes forestières, plaquettes de scierie, sciure et écorces).
Les fournisseurs identifiés sont : Creuse Sciage, qui ne fournit pas actuellement à l'unité de Felletin les quantités de sciure qu'il s'était
engagé à livrer par contrat et qui doit installer à Meymac une nouvelle scierie. Corrèze Export Bois qui regroupe quatre scieurs :
Farges, Boissac, Feuillade et Malaqui. Les deux premiers basés à Egletons ont signé un contrat pour approvisionner l'unité de cette ville, mais ils n'en respectent pas les clauses ! Quant à Feuillade (de St Rémy) il fait partie des fournisseurs de Felletin par l'intermédiaire du GIE de scieurs qui alimente l'unité de cogénération de cette commune.
On constate donc que la concurrence avec Felletin pour l'approvisionnement en bois est pleinement confirmée, ainsi que la propension de certains professionnels du secteur à signer tous les engagements qu'on leur propose et de n'honorer ensuite que les plus rémunérateurs.
La production annuelle d'électricité annoncée à Meymac est de 107 000 Mwh, soit à peu près cinq fois celle de Felletin - qui produit aussi de la chaleur.
A Meymac il est prévu d'utiliser la chaleur en interne pour sécher le combustible qui ne doit pas dépasser 20% d'humidité dans cette installation qui utiliserait le procédé de gazéification (similaire au gazogène utilisé pour les automobiles pendant la seconde guerre
mondiale) : après une combustion à 1050°, les gaz récupérés alimentent des moteurs qui produisent l'électricité.
La seule production vendue étant l'électricité, il est abusif de parler de cogénération et d'afficher un rendement de 67%. En fait le rendement est de l'ordre de 30%.
En revanche, des données économiques (prix d'achat du combustible, prix de vente de l'électricité) ne figurent pas dans le dossier. Les investissements sont de 27 253 000 euros (par comparaison, ils ont été de 10 millions à Felletin) dont 30% de fonds propres et 70%
de prêts bancaires. La mise en service est prévue pour fin 2007, avec démarrage des travaux à la fin du premier trimestre 2007.
Rien dans ce dossier ne vient infirmer ce qui était avancé dès 2005 par les responsables des réseaux de chaleur existant en Limousin.

Le nouvel appel d'offres "électricité biomasse"

La justesse des arguments avancés est confirmée par le nouvel appel d'offres du ministère de l'industrie qui a largement rectifié le tir par rapport au précédent, sur trois points essentiels :
La puissance minimale : elle n'est plus de 12 MW mais de 5 MW. L'appel total porte sur 300 MW, dont 80 pour les installations de 5 à 9 MW, et 220 MW pour celles de plus de 9 MW.
L'approvisionnement : chaque unité doit présenter un plan d'approvisionnement très précis, avec 50% minimum de plaquettes forestières et une attention particulière aux problèmes de concurrence d'usage.
L'efficacité énergétique : elle est fixée à 50% minimum, ce qui oblige à une valorisation de la chaleur.
On constate que le ministère a largement tenu compte des critiques qu'avait suscité l'appel d'offres de 2003 pour rédiger celui de 2006. Il serait souhaitable que les nouveaux critères s'appliquent aux projets qui ne sont pas encore réalisés, comme Ussel et
Meymac, et qui vont poser les plus gros problèmes.

L'utilisation du bois énergie est une bonne solution énergétique à condition que :
La production de chaleur, et son utilisation économe, soit privilégiée ; la production électrique ne devrait pas servir de base au dimensionnement de l'installation et devrait rester assez modeste.
L'installation puisse fonctionner avec des déchets de bois produits à proximité de façon à éviter des transports importants.
L'approvisionnement se fasse exclusivement en sousproduits de l'activité forestière : il ne faudrait pas tomber dans la dérive qui consisterait à produire du bois utilisé uniquement pour l'énergie.

Jean François Pressicaud
Conseiller municipal à Felletin.


Alerte !

Motion alertant les pouvoirs publics sur les conséquences néfastes de l'appel à projets biomasse pour la filière bois en Limousin
En novembre 2005 à l'initiative d'élus creusois et corréziens, l'appel à projets du ministère de l'industrie a fait l'objet d'une motion de
défiance qui mettait en évidence ses conséquences néfastes pour l'avenir de notre territoire. Nous reproduisons ici cet argumentaire

Démesure de la demande de produits connexes de l'industrie du bois par rapport à la production en Limousin

La taille disproportionnée de ces projets, à l'échelle de la région Limousin, va bouleverser et désorganiser totalement le marché des produits connexes de la première transformation du bois. Il en résultera une augmentation brutale de la demande par rapport aux ressources exploitables. Ainsi, à titre d'exemple, l'unité de cogénération de Felletin consomme aujourd'hui environ 60 000 tonnes par an de déchets de bois contre 100 à 150 000 tonnes par an estimées pour chacun de ces projets soit 600 000 tonnes par an rien que pour les 4 projets en Limousin. Or l'offre locale est incapable dans l'état actuel des choses de suivre une telle demande. Il en résultera fatalement une surenchère artificielle des prix. Les contrecoups économiques et écologiques de telles unités n'ont pas été pris en
compte.

Un gaspillage énergétique

A l'heure où l'on parle de crise énergétique, de la nécessité de développer et surtout de valoriser de nouvelles sources d'énergie, il est surprenant de voir que les projets retenus concernent presque exclusivement des unités de production d'électricité seule, sans valorisation aucune de la chaleur produite (grâce à des réseaux de chaleur). Non seulement le rendement est plus faible que dans des unités de cogénération mais en prime on perd la chaleur produite.
Alors que l'on demande aux Français de faire des économies d'énergie, il semble que le ministère, lui, soit peu sensible à une utilisation économe et locale de la biomasse.

Distorsion de la concurrence

Le prix d'achat de l'électricité pour les unités déjà en fonctionnement est de 45 euros le MWH, contre 85 euros en moyenne pour les nouveaux projets sélectionnés par le ministère. Il y a là une distorsion évidente de la concurrence prélude à une mort annoncée des petites unités existant en Limousin.
Avec elles, c'est la disparition de nombreux emplois et l'anéantissement des efforts de nombreux élus locaux qui se sont battus pendant des années pour mener à bien sur leur territoire des projets de développement durable, des projets porteurs d'avenir pour toute une région. Ce n'est pas le prix de l'électricité qui doit fixer le prix du bois.

Des conséquences sur toute la filière bois-forêt

D'après les études, les besoins exprimés ne pourront être couverts, dans le meilleur des cas, que par la mobilisation rapide et en masse de nouvelles ressources, principalement par l'extraction de plaquettes forestières, au pire, par une concurrence forcenée avec d'autres usages de ces produits : notamment avec le secteur de la trituration fortement porteur d'emplois en Limousin.
L'organisation d'une collecte d'une telle ampleur n'est pas non plus sans incidence sur la filière bois d'oeuvre et bois d'industrie, tant au niveau des techniques d'extraction des plaquettes que de la logistique transport, sans compter sur l'éventuel développement d'une "sylviculture énergétique" sans autre valeur ajoutée.
Comment le réseau routier supportera-t-il un tel tonnage, sur quelles places de dépôts et par quelles pistes ?
Ce programme va à l'encontre des objectifs recherchés : il entrave le développement d'opérations plus modestes, potentiellement plus nombreuses, mieux réparties sur le territoire et valorisant complètement l'énergie thermique. Il créera à terme des difficultés sur toute la filière bois-forêt et dans différents secteurs d'activité liés au bois, engendrant une concurrence d'usage sur les ressources communes
mobilisées.
 
 
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