IMPRIME PAR NOS SOINS


Journal d'information et de débat du plateau de Millevaches
publication papier trimestrielle

IPNS décline différemment ses initiales dans chaque numéro :

INVASION PUBLICITAIRE NULLEMENT SOUHAITEE
 
 
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JIM
“Journal intime du Massif central”
Trimestriel, n°1, hiver 2002.


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Il fallait oser ! Sortir une luxueuse revue, moitié magazine de reportage, moitié journal littéraire, qui affiche sans vergogne ses origines et son programme dans son sous-titre : “Journal intime du Massif central” (d’où son titre : JIM).
Il fallait oser ! Ouvrir son premier numéro avec un dossier sur… l’herbe ! Celle du pré du Pouget qu’a peint Henri Cueco ou du pré du Chambon sur Lignon que Francis Ponge a enclos en poésie. Mais aussi l’herbe que broutent nos bestiaux, celle qu’on arpente sur les terrains de foot ou celle qu’on fume, avec, en prime, une savante et doctorale leçon sur… la prime à l’herbe.
Il fallait oser. Les éditions “Bleu autour” sises à Saint Pourcain sur Sioule (Allier) ont osé. Cela donne “un journal de province mais non provincial, moderne plutôt que branché” qui parle du Massif central avec amour et humour, poésie et curiosité. “Un journal intime non pas sur le Massif central mais du Massif central”. Portraits, lieux dits, rencontres, JIM nous offre un bouquet de découvertes et de regards qui nous rend somme toute assez fiers d’être de ce pays-ci. L’aventure qui démarre en même temps que celle d’IPNS – et il y a plus d’un écho entre les deux – vaut qu’on la suive.
Prix du voyage : 20 euros les 4 numéros annuels. On peut aussi aller le gouter en kiosque.
JIM 11 avenue Pasteur, 03 500 Saint Pourcain sur Sioule. Tel. 04 70 45 72 45
Michel Lulek



“Le voyage de Martin Nadaud”
Gillian Tindall
Editions du Rocher, 2001.


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Gillian Tindall est née à Londres mais a été élevée dans la campagne du Sussex entre Londres et Brighton. Au cours de son enfance dans cette région, elle a vu vivre les charbonniers et des gens travailler l'osier et le genêt. Ses études l'ont conduite à Oxford où elle a obtenu une licence et parallèlement a publié son premier roman. Près d'une quinzaine d'ouvrages ont suivi. Le journalisme et la radio occupent également une place importante dans son travail, elle a publié des articles sur la porcelaine de Limoges, les tapisseries d'Aubusson ou les sculptures de Masgot dans le New York Times et le Times et a donné des interviews sur les mêmes thèmes à la BBC de Londres.

C'est l'achat d'une petite maison dans le Bas Berry, il y a vingt cinq ans, près de la Châtre, qui lui a fait découvrir la Creuse et le Limousin et, s'intéressant plus particulièrement à l'évolution de la société du XIXéme siècle à 1930, elle ne pouvait faire autrement que de croiser le chemin des migrants du bâtiment originaires du Limousin.

La lecture des écrits de Martin Nadaud, les Mémoires de Léonard, l'histoire des classes ouvrières en Angleterre et de l'ouvrage les sociétés ouvrières, également consacré à l'Angleterre, ont engendré chez elle un vif désir de mieux connaître la vie de ce maçon de la Creuse. Résidant à Londres, elle a entrepris un travail de recherches dépassant le cadre des dix huit années d'exil de Martin Nadaud en Grande Bretagne et le fruit de son étude a débouché sur la publication en anglais de l'ouvrage le voyage de Martin Nadaud, publié en Angleterre et aux Etats Unis en 1999, avant d'être traduit et de sortir en juin 2001 en France.

A l'occasion du centenaire de sa mort en 1998, les ouvrages de Daniel Dayen, “Martin Nadaud, ouvrier maçon et député, 1815-1898“, et de Pierre Urien, “Quand Martin Nadaud maniait la truelle, 1830-1848“, avaient principalement resitué le personnage dans son siècle et enrichi nos connaissances de son action dans les domaines liés au social et au politique. Ici, Gillian Tindall vient compléter ces travaux en faisant le choix délibéré d'aborder la vie du plus emblématique des maçons de la Creuse par la parcelle difficile et méconnue de l'homme, celle de son intime.

Avec sa parfaite connaissance de l'histoire des deux pays, sa sensibilité de femme, elle s'engage dans une démarche originale alternant références historiques, essais d'interprétation et intuition. Son ton naturel et sans complaisance analyse les grandes périodes d'une vie difficile : la jeunesse, le métier de maçon, les combats du militant, l'exil à Londres, les relations avec la famille, etc.
Forces et faiblesses se côtoient dans ce parcours émouvant. On est successivement admiratif ou interrogatif, mais jamais insensible. Une grande tendresse émane de celui qui “a manié la plume en même temps que l'outil".
Roland Nicoux



“Un peu de bleu dans le paysage”
Pierre Bergounioux
Editions Verdier, 2001.


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“J’ai vu le jour, si le mot convient, dans la vieille, la pluvieuse Corrèze au milieu de ce siècle, c’est à dire quelque part entre l’an mil et l’entre-deux guerres où le temps s’est arrêté, à supposer qu’il ait jamais passé sur ces froides, ces trop vertes solitudes ”. Pour son 35ème livre, Pierre Bergounioux revient une fois encore (comme toujours) sur ses terres d’enfance avec lesquelles il entretient une relation ambiguë et étrange, faite de répulsion affichée et d’attirance subie. Atavisme géographique qui lui fait dire ailleurs : “Les terres froides, drapées de mauve et de gris, comme endeuillées, ont déteint sur le cœur”. Et ce cœur alourdi du poids des héritages recherche tout au long de son œuvre à tirer quelques-uns des fils qui lui permettront de mieux comprendre ce qu’il est : “La vie, écrit-il encore, nous a entraîné loin de nos fondations. Mais elle ne les a pas abolies”.
“Un peu de bleu dans le paysage” rassemble huit textes indépendants consacrés tous à des souvenirs d’enfance ou d’adolescence, à des choses vues, devinées, adoptées avec plus ou moins de consentement. C’est le vieux célibataire solitaire et un peu sauvage que l’on croise dans nos villages ; c’est le poids de la vie domestique ; c’est la découverte éblouie de la lecture ; c’est enfin le plateau auquel il consacre tout spécialement deux textes intitulés, l’un, tout simplement “Millevaches” (cf. extrait ci-dessous), l’autre “Sauvagerie”.
Ce petit ouvrage intime et dérangeant nous dresse, loin de l’idéalisation régionaliste de la littérature du même nom, le miroir tragique d’un plateau qui n’est sans doute plus le nôtre.

Extrait :
“Deux millénaires durant, la vie s’est maintenue sur les hauteurs. L’homme, sous l’aiguillon de la nécessité, a disputé son existence aux combes humides où poussent les joncs, à l’aridité des sommets pleins de vent. Cette histoire, si c’en est une, si le mot convient, a pris fin sous nos yeux. Le sol des plaines, désormais, suffit à tout. Le progrès, comme on dit, les engrais, le remembrement, la force mécanique ont rendu à la friche les “plus mauvaises terres”, le jeu de la rente différentielle voué sans retour ces marges à l’abandon. Elles entreront demain dans l’oubli, le néant.
Pour très peu de gens – ceux qui ont vu périclité cet univers – et pour très peu de temps – celui, très exactement, qu’il leur reste à vivre -, Millevaches est le théâtre à demi réel, à demi halluciné, où s’attarde le grand passé”.
Pierre Bergounioux, “Millevaches”  dans Un peu de bleu dans le paysage, 2001, page 72-73

Michel Lulek
 
 
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