IMPRIME PAR NOS SOINS


Journal d'information et de débat du plateau de Millevaches
publication papier trimestrielle

IPNS décline différemment ses initiales dans chaque numéro :

INACCESSIBLES PROPRIETES NIVEAU SOU
 
 
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PNR cris et chuchotements Version imprimable Suggérer par email
Les Parcs naturels régionaux fêtent cette année leurs quarante ans. Pour l’occasion la Fédération des parcs a adopté un nouveau slogan, qui, comme tout les slogans, résonne parfois à contre-temps : “Une autre vie s’invente ici”.
Si effectivement “une autre vie” s’invente sur le plateau de Millevaches, ce n’est sûrement pas au parc qu’on le doit. Dirigé par deux vieux routiers de la politique politicienne limousine (le communiste Christian Audouin et l’UMP Georges Pérol), le degré d’inventivité, d’innovation et de créativité du PNR de
Millevaches est proche de zéro...


Depuis sa création il y a presque trois ans, on ne peut pas dire que le Parc naturel régional ait réussi à trouver une place reconnue et légitimée par l’ensemble des élus et habitants du Plateau. Paradoxe d’un outil qui rassemble pourtant l’ensemble des collectivités territoriales concernées (communes, départements et région) mais qui, sur bien des points, est contesté par des élus qui siègent dans son comité syndical et même dans son bureau.
Cette contestation, ces récriminations, ces rancoeurs demeuraient jusqu’à il y a peu, dans une certaine confidentialité : tout le monde en parlait mais le plus souvent dans le cadre d’échanges informels ou de conversations privées, sans que cela ne débouche sur un véritable débat public. Une lettre ouverte a rompu avec ces discussions plus ou moins souterraines en posant clairement la question. Une manière directe de mettre les pieds dans le plat.
Ce texte, que nous reproduisons ici, a été signé par environ 160 personnes, dont des maires et des représentants associatifs. Il ne l’a pas été par beaucoup d’autres qui, ne s’y reconnaissant pas totalement, trouvant le moment ou le procédé inopportun, ont préféré s’abstenir tout en indiquant en off que la lettre pose néanmoins les bonnes questions.
A nos yeux, et c’est une des raisons pour laquelle IPNS en est signataire, elle a le mérite de sortir la question du parc du domaine des bruits et des rumeurs dans lequel jusqu’alors elle restait confinée. Depuis plusieurs mois, on ne pouvait guère rencontrer un élu et parler avec lui du parc, sans entendre des reproches ou des manifestations d’insatisfaction.
Que quelques associations se rencontrent et c’était le plus souvent pour jaser sur l’impossible communication avec une directrice (heureusement enfin partie !) par laquelle tout semblait devoir être contrôlé, pour râler contre des courriers ou des dossiers restés sans réponse, pour s’étonner de décisions qui semblaient bien éloignées des préoccupations du terrain ou pour blaguer, désabusés, sur les petits potins du parc : “Tu ne connais pas la dernière ?”
Il faut bien admettre que ce genre de chuchotements n’est guère propice à faire avancer les choses ou à provoquer le débat nécessaire que réclame la situation. Quand une structure de développement qui intervient sur autant de domaines et qui est devenue sur le Plateau un passage institutionnel quasi obligé en est là, on ne peut plus se contenter de ruminer dans son coin.
Dans ce contexte la lettre pétition apparaît donc comme un cri en direction du PNR - en souhaitant qu’elle ne se réduise pas à un cri dans le désert. A vrai dire, malgré le refus du Parc de réagir à cette initiative sur France Bleu Creuse et dans nos colonnes (voir page suivante), la lettre a tout de même touché ses destinataires. Le président du Conseil Régional a même piqué une grosse colère en découvrant le texte. De son côté, le président du parc, Christian Audouin,
y répondait indirectement en ouvrant l’éditorial de la dernière lettre du parc distribuée dans toutes les boîtes aux lettres du Plateau, par cette phrase : “Il faudrait être animé de préoccupations malsaines ou tenté par le ridicule pour prétendre que le PNR ne produit pas de résultats positifs !” Malheureusement ce n’est pas avec ce genre d’autosatisfecit qu’on peut répondre aux détracteurs du PNR qui, lisant la suite de cet éditorial triomphaliste, trouveront au contraire matière à préciser leurs griefs et leurs interrogations.
Ainsi, lorsque Christian Audouin explique : “Jamais la Montagne limousine n’avait eu accès à autant de leviers sociaux, économiques et financiers pour son
développement. La conjonction entre l’OPAH, la DCT, Leader +, notamment, sous marque PNR et à une telle échelle inter-départementale, constitue une configuration unique en France”. Ceux qui ont suivi au cours des dernières années ce qui s’est passé sur le Plateau savent qu’une OPAH au moins aussi ambitieuse que l’actuelle a déjà eu lieu il y a quelques années – sans parc – et que le programme Leader + (après quelques ratés au démarrage sous l’actuelle direction PNR – cf. IPNS n°12) fait suite à deux programmes du même genre conduits de 1991 à 1999 – sans parc.
Le président du parc poursuit, tout aussi satisfait : “Le financement national du grand projet touristique “retrouvance” au titre des “pôles d’excellence rurale” vient renforcer avec éclat ce constat”. De quoi s’agit-il ? De la mise en place d’un circuit de randonnée doté de cinq structures d’hébergement haut de gamme avec un accompagnement professionnel (Voir encadré ci-dessus). La Montagne du 2 janvier nous apprend que dans ce type de séjours “les randonneurs bénéficient d’un maximum de confort : ils sont délestés de leurs bagages qui sont transportés d’une étape à l’autre ; ils sont guidés par un accompagnateur moyenne montagne lors des randonnées pédestres ; les repas, midi et soir, sont pris en charge”. Ce genre de produit touristique qui sera commercialisé par l’ONF “est très prisé par les touristes d’Europe du Nord ou Grande-Bretagne d’un certain niveau de vie et très respectueux de l’environnement” – les bobos du Nord de l’Europe, quoi !
Le discours du parc tel qu’il ressort de cet éditorial est révélateur des questions posées dans la lettre ouverte comme parmi d’assez nombreux élus (Voir l’entretien avec Philippe Breuil page 5). Les réponses données par le parc se traduisent en programmes et en enveloppes financières sans qu’on mesure vraiment si une réflexion approfondie en amont y a conduit ou si ce sont les opportunités budgétaires ou les appels d’offres qui décident avant tout. Si l’ONF n’avait pas eu son dossier “retrouvance” clef en main, le PNR aurait-il donné la priorité à un projet de ce genre ?
Par ailleurs, s’est-on, pour rester sur cet exemple, posé la question du type de tourisme que nous souhaitons développer sur le Plateau ? A-t-on réellement choisi de viser le riche Danois ou le cadre supérieur anglais... ou s’est-on laissé conduire par l’air du temps qui indique si bien où est l’argent ? On pourrait se poser la même question pour la plupart des programmes en se demandant où se trouve la spécificité parc, ce qui ferait de ces programmes autre chose que les procédures administratives qu’on retrouve un peu partout en France, dans des parcs comme dans des territoires qui n’en sont pas.
Où est donc la patte du parc ?
Ces questions ne sont pas les seules et l’on pourrait citer d’autres sujets qui laissent dubitatifs. La communication du PNR par exemple, confuse et mal organisée, aussi froide dans la présentation de ses programmes que son papier est glacé. Après des “lettres” épisodiques sur grand format et papier journal, un “journal” du parc débarque parmi d’autres publications labelisées PNR (le n°1 d’un Lien énergie paru il y a un an et pour l’instant sans suite ou le n°1 d’une Lettre du patrimoine parue vers la même époque et toute aussi orpheline...).
Ces questionnements méritent mieux que les réponses dilatoires que le parc, frileusement réfugié dans sa bonne conscience outragée, persiste à donner. Ce n’est pas aider dans son travail la vingtaine de techniciens du parc (une équipe “à votre service” dit le journal du PNR d’août 2006) de plus en plus souvent confrontés à l’incompréhension ou à la réprobation. La réponse de Christian Audouin à notre demande de réaction, ou celle qu’il a finalement accordée à Télé Millevaches après s’y être dans un premier temps refusé, montre bien que le débat n’est pas franchement engagé.
Nous souhaitons cependant ne pas en rester là et c’est pourquoi nous avons demandé à Jacques Longchambon, responsable associatif à Crocq, et à Philippe
Breuil, conseiller général de La Courtine, de nous faire part de leurs analyses et jugements.

l’equipe d’ipns



Retrouvance, ruines et isolement...

Dans le cadre du Pôle d’excellence rurale, le site de la ferme des Grands Bois à Croze a été retenu comme hébergement “haut de gamme”.
Après un tout récent débroussaillage des lieux, ce choix suscite quelque perplexité. Hormis le puits traditionnel, tout le reste du bâti n’est que ruine. Il faut développer une forte dose d’imagination pour y “découvrir le patrimoine vernaculaire”.
Certes le site est remarquable parmi “la beauté au naturel des paysages du PNR”. Mais il est totalement à l’écart du moindre circuit de randonnée tracé et balisé par les “savoir-faire” des acteurs du tourisme de nature et de randonnée tout au long de l’année sur le Millevaches.
Un partenariat en concertation avec ces acteurs locaux aurait certainement mieux guidé la technologie “clé en main” de l’Office National des Forêts.





Christian Audouin :
“Je ne suis pour l’instant destinataire d’aucun courrier...”


IPNS a demandé au président du parc, Christian Audouin; de réagir à la lettre ouverte qui circule actuellement sur le plateau. Voici sa réponse sous forme de non réponse....

“Je suis sensible à votre invitation à m’exprimer dans les colonnes d’IPNS.
Votre proposition de répondre à l’initiative d’un certain nombre de pétitionnaires ne me paraît pas réalisable en l’état actuel des choses.
Comment, en effet, pourrais-je engager le Parc Naturel Régional dans une telle confrontation publique de points de vue avec les signataires d’une “lettre
ouverte”, dès lors que je ne suis pour l’instant destinataire d’aucun courrier, d’aucun document de leur part. D’ailleurs à ce jour, pour ce qui me concerne, je
n’ai eu accès indirectement qu’à la lecture de certains fragments du texte en question.
Il m’est aussi difficile de prendre en considération officiellement cette initiative puisqu’elle est entachée de certaines malversations dont ont tenu à témoigner auprès de moi des associations ou des élus qui condamnent l’utilisation de leur nom à leur insu par les initiateurs de cette lettre ouverte.
Tout cela m’amène à m’interroger sérieusement sur les véritables raisons qui pourraient se cacher derrière cette initiative dans laquelle l’intérêt du territoire pourrait ne pas être l’objectif unique.
Pour autant, je suis évidemment disponible pour porter à la connaissance de vos lecteurs dans l’une de vos prochaines éditions une information la plus précise possible portant sur les compétences, les missions et les actions du PNR de Millevaches.
Je suis tout aussi disponible pour présenter dans vos colonnes les méthodes démocratiques à forte connotation participative qui vont présider à l’élaboration du prochain Contrat de Parc dont la signature devra intervenir avec l’Etat, la Région et les Départements avant le 31 décembre 2007”




Christian Audouin pourra donc prendre connaissance de l’intégralité de la lettre ouverte en lisant IPNS et nos lecteurs découvrir les “méthodes démocratiques à forte connotation participative” que le parc envisage de mettre en place en lisant ci-dessous.

Le parc et les associations

Le parc et les associations c’est “je t’aime, moi non plus”... Lors de sa réunion du 22 novembre 2006 le bureau du parc a adopté à l’unanimité un rapport relatif aux “relations du PNR avec les associations”.
Il a été décidé que pourront être établis deux types de relations avec les associations :
Soit des “relations partenariales association/PNR dans un cadre évènementiel : lorsque l’évènement proposé est en concordance avec les objectifs de la charte, le PNR pourra être amené à intervenir sous la forme d’une prestation de sa part s’intégrant au programme de l’évènement. Exemple : organisation d’une conférence thématique, exposition, soutien à la communication, etc...”. Seuls ces évènements pourront bénéficier “de la référence à la marque PNR”.
Soit des “relations à travers la réalisation d’une prestation par l’association pour le compte du parc. Ce type de démarche (...) sera étudié au cas par cas”.
Enfin, troisième principe adopté par le parc, des “aides exceptionnelles pourront être étudiées au cas par cas pour permettre un appui au démarrage ou à l’investissement ponctuel dans des associations dont les objectifs sont en concordance avec ceux de la charte du PNR”.
On résume : une association ne pourra entretenir avec le parc qu’une relation de prestataire de service avec le parc (cas n°2) ou un partenariat occasionnel dans le cadre d’un événement ponctuel et dans ce cas le parc gérera lui-même sa prestation au sein de la manifestation.
Bref, bien loin de l’esprit coopératif et associatif, le PNR aligne ses relations avec les associations sur les principes classiques de relations quasi commerciales
entre prestataires privés


Un contrat de parc

Dans son comité syndical du 31 janvier le parc a décidé de la procédure pour élaborer le futur contrat de parc (2007-2013). Pendant que se mettra en place au sein du parc “un dispositif permettant de coordonner et recueillir les résultats de la réflexion générale (groupe de travail pouvant réunir les élus, l’équipe du parc et des spécialistes extérieurs)”, le Conseil de Valorisation de l’Espace Rural de Millevaches sera sollicité pour élaborer ses propres propositions à partir du travail de ses commissions.
Jusque là rien de bien neuf...
Nouveauté : l’installation de six groupes de travail thématiques qui se dérouleraient sous forme de “rencontres publiques ouvertes aux citoyens” (les citoyens, messieurs dames, c’est vous et moi !). Ces réunions “permettraient d’informer le public des propositions formulées par le PNR et le Conseil de Valorisation et de recueillir les avis et propositions du public. Ces rencontres solliciteraient aussi la participation d’intervenants spécialistes extérieurs”.
Le bureau du parc proposait de confier l’animation de ces réunions à un cabinet extérieur, mais le comité syndical a préféré opter pour un animateur en interne. Ces groupes de travail tourneraient autour des thèmes suivants : le patrimoine naturel, le patrimoine architectural, la valorisation des productions
agricoles et forestières par la marque parc, les ressources énergétiques, le tourisme et les activités de pleine nature et l’accueil d’actifs et les filières économiques. Pour le moment seuls les élus du territoire ont été invités à s’inscrire dans ces groupes de travail qui devraient se réunir au moins
deux fois avant fin juillet.
On peut évidemment redouter que l’information sur les propositions du parc ou les paroles des “spécialistes extérieurs” réduisent à une peau de chagrin la velléité participative de ce genre de réunions – on en avait eu l’exemple magistral à Sornac il y a quelques années lors de la présentation de la charte où le public était condamné à poser quelques questions avant d’écouter la bonne parole du Préfet de la Corrèze que le président du parc avait demandé d’applaudir... avant même son discours !



Philippe Breuil : “Le parc, un espoir déçu”

IPNS :
Vous êtes conseiller général du canton de La Courtine. Vous avez été un des vice-présidents du parc lorsque celui-ci s’est créé en 2004. Vous en avez
assez vite démissionné et depuis vous conservez une attitude critique par rapport au rôle du parc et de la manière dont il travaille sur le territoire. Vous ne
vous êtes jamais vraiment expliqué publiquement sur ce départ. Alors première question : pourquoi aviez-vous démissionné à l’époque ?

Philippe Breuil :
Avant d’être vice-président du parc, j’ai été vice-président du syndicat mixte de préfiguration du parc en 2001 auprès de Pierre Desrozier, puis après son accident, auprès de Christian Audouin qui lui a succédé.
Pendant toute la période où l’on a travaillé à la réalisation de la charte du parc, j’ai eu l’impression que nous faisions un travail positif qui était bien mené. Ce n’était pas facile de rassembler les trois départements et la région autour d’un projet commun. Il fallait du consensus mais il y avait une véritable volonté d’aboutir. Là où les problèmes ont commencé, c’est à la création du parc naturel régional en 2004. J’ai très vite compris qu’avec mes collègues vice-présidents, on n’y arriverait pas. Je fais partie d’une génération d’élus plus jeune, nouvelle sur le terrain politique, plus animé par le désir de réaliser que le désir de durer. Sur chaque dossier ça butait, on avait l’impression de piétiner, de ne rien voir se concrétiser sur le terrain. J’ai senti cela très tôt et j’ai donc préféré me retirer. Et de fait il ne s’est pas fait grand chose... Nous avions fondé beaucoup d’espoir sur ce parc, sans doute beaucoup trop, et la déception est à la hauteur des espoirs que nous y avions mis. Entre les deux, il faut bien reconnaître qu’il y a un monde !

IPNS :
Ce n’est portant pas ce que dit le président du parc !

PB :
J’ai lu comme vous l’éditorial de Christian Audouin dans la dernière lettre du parc. Il se félicite de l’OPAH, de la DCT, du programme Leader... Je crois rêver ! C’est un peu comme si vous rentriez dans une boulangerie et que le boulanger se glorifiait qu’il y ait du pain dans son magasin ! Mais c’est la base et le minimum. On se fait traiter de médisants parce qu’on constate que ce genre de programmes existe partout, dans les parcs comme dans les pays. Dans ces derniers ces programmes existent même avec moins de personnel et une gestion plus légère. Du coup on se demande où est la différence.
De la même manière on se rengorge en matière touristique du projet “Retrouvance”. Ce genre de projet qui est à l’initiative de l’ONF et qui existe dans d’autres parcs n’a rien d’original. On avait lancé l’appel d’offres pour ce projet en 2004. Nous sommes en 2007 et il n’y a toujours pas un chapeau de vendu ! voilà la vitesse à laquelle avance le parc. Malgré une foultitude d’animateurs on ne voit pas de réalisations concrètes. Du coup il y a beaucoup d’élus qui se posent des questions et de plus en plus d’habitants qui sont déboussolés.

IPNS :
Qu’est-ce qui explique cette inertie du parc ?

PB :
Les gens en place dans l’équipe dirigeante du parc doivent composer et ils composent tellement que le parc n’existe pas en tant que tel. Je vais vous donner un exemple. En matière agricole, les agriculteurs avaient exprimé une demande via le Conseil de valorisation (qui a beaucoup travaillé pour ce parc), qui est un peu l’assemblée consultative du parc, concernant le marché au cadran d’Ussel – ce n’est pas sur le territoire du parc mais ça le concerne directement puisque les éleveurs du parc l’utilisent. Il s’agissait de subventionner l’achat de bétaillères pour amener les bêtes au marché. Cela allait dans le sens de la valorisation de la production locale, de l’incitation à produire des bêtes de qualité qu’on pouvait être fier de montrer. Pour une telle mesure, le Conseil
général de la Corrèze a décidé et imposé que c’était lui qui verserait la subvention aux agriculteurs corréziens et non le parc qui agirait. Le Conseil général de la Creuse avait lui aussi approuvé la mesure mais estimait qu’elle devait être gérée par le parc qui était le mieux placé car la zone concernée ne touchait que le sud du département.
Et bien qu’a fait le parc RIEN! Il n’a pas su imposer sa propre politique inspirée par son Conseil de valorisation, ce qui fait que les agriculteurs creusois du plateau ne peuvent pas toucher l’aide que reçoivent les Corréziens.
On était pourtant là sur une question qui touchait tout le territoire du parc et il aurait fallu que le parc s’impose comme le relais évident sur le terrain. Mais non ! On a abdiqué devant les prérogatives jalousement conservées du département de la Corrèze
La communauté de communes de La Courtine a choisi, comme la communauté de communes du Plateau de Gentioux, de ne pas adhérer au pays Sud Creusois, parce qu’elle avait tout misé sur le parc et à ce titre, c’est vrai que nous sommes nous aussi obligés d’expliquer à nos administrés cette inertie. On y croyait car le parc était basé sur une histoire et des paysages communs et nous voulions, qu’au-delà des limites départementales nous soyons associés avec les communes corréziennes et haut-viennoises du plateau avec qui on partage les mêmes problématiques... Sur ce territoire c’est le parc qui doit gérer certaines choses et non des logiques départementales qui doivent primer. Malheureusement, nous voyons que le parc n’a pas été à la hauteur de notre attente et je suis aujourd’hui très pessimiste.

IPNS : Mais qu’attendez-vous du parc ?

PB : Nous sommes sur un territoire formidable sur lequel il y aurait tant de choses à faire, à expérimenter, à inventer ! Certes pas dans tous les domaines, mais sur quelques compétences précises, le parc, ce devrait être un terrain formidable pour l’innovation . Il faudrait oser, innover, créer... Que de choses à faire par exemple autour de l’eau (une de nos ressources les plus précieuses), autour des énergies nouvelles, autour de la valorisation énergétique du bois, autour de l’agriculture, etc. Mais le parc n’ose pas, n’ose rien. L’eau ? Une instance devait être créée autour de cette question... On n’a rien vu venir.
Le tourisme ? On nous sort “Retrouvance” qui date de 2004, ne touche que cinq communes et n’a rien de novateur alors qu’on pourrait imaginer des choses beaucoup plus originales et ayant un rayonnement sur l’ensemble du territoire autour du cyclotourisme par exemple. On attendait beaucoup d’une marque parc, qu’aujourd’hui on nous déclare ne plus pouvoir mettre en place. On vient de lancer en grande pompe le site internet du parc... Comme si avoir un site en 2007 était novateur ! Tout cela crée de la frustration et de la désillusion. Du coup on régresse même sur certains dossiers. Par exemple en 2004 il y avait un consensus pour installer une maison du parc à Millevaches qui puisse incarner sur un lieu le PNR. Depuis il n’y a pas eu de décision de prise. Du coup tout le monde amène ses propositions et si ça continue vous verrez qu’on fera trois maisons du parc, une dans chaque département !
Quant à la signalétique elle ne commence qu’à peine à arriver... Comme pour trop de choses on tergiverse, quand on ne sait pas quoi faire on fait une étude, on amuse les gens et... on crée des tensions.
Aujourd’hui pour moi, c’est comme si il n’y avait pas de parc. Bien sûr il y a une structure qui porte ce nom qui coûte très cher en fonctionnement mais ce qu’elle fait se confond avec tout ce qui se fait ailleurs. C’est dramatique.
Sur le plateau on a des gens de caractère qui ne sont pas des béni-oui-oui... Et bien le parc, c’est tout le contraire, c’est une structure sans caractère qui se contente de faire de la gestion de programmes comme l’OPAH ou Leader. Sur le programme leader, je ne veux pas charger les dirigeants du parc car il faut reconnaître qu’un programme comme cela est une véritable usine à gaz ! Il y a tant de contraintes et d’obligations qu’on a plus l’effet levier qu’avaient provoqué les programmes Leader précédents. C’est devenu de la technocratie à l’état pur. Sans compter que l’essentiel du programme alimente en fait le fonctionnement du parc...
Mais enfin, prenons l’exemple du dossier de la coopération entre une région de Finlande et le plateau. On va consacrer 170 000 euros de subvention, je dis bien 170 000 € sur ce projet pour réaliser un film dans ces deux territoires. Mais qu’est-ce que ça peut bien apporter aux deux territoires ? Qui va le regarder ? Les crapauds à ventrejaune ! Ca va favoriser les échanges nous dit-on... Et pendant ce temps là on n’arrive pas à trouver les moyens de financer Télé Millevaches...

IPNS :
Votre regard désabusé sur le parc ne laisse pas entrevoir grand espoir. Comment imaginez-vous l’avenir du parc ? Que faudrait-il pour qu’une dynamique novatrice naisse ?

PB : Je vous l’ai déjà dit : je suis plutôt pessimiste. Je ne crois pas au coup d’état et donc je ne crois pas qu’il puisse se passer grand chose de positif avant les élections de 2008 où les conseils généraux et les municipalités vont être renouvelés. Après il faudrait qu’émergent quelques personnalités du territoire qui soient prêtes à s’investir sur le parc .
J’attache plus d’importance à la qualité des hommes qu’à l’assemblée dont ils sont issus.
Est-ce que les Conseils généraux et le Conseil régional peuvent comprendre cela ? Je ne sais pas, mais c’est ce qui devrait se passer. Tant qu’un groupe d’élus ne présentera pas un projet et une véritable volonté de le réaliser pour faire changer les choses et qu’il aille le négocier avec les assemblées régionale et départementales, je crois qu’on butera sur un mur.

IPNS :
Et le changement de directeur peut-il contribuer à une amélioration du fonctionnement du parc ?

PB :
J’ose encore croire que les politiques sont ceux qui dirigent vraiment. Le changement de directeur c’est comme un changement d’entraîneur dans une équipe de foot, c’est le bouc émissaire, ce n’est pas lui qui est sur le terrain et qui décide des actions de jeu ! On peut me dire que la précédente directrice n’était pas parfaite et que le suivant sera meilleur, mais je ne pense pas que cela changera grand chose tant que l’équipe dirigeante actuelle ne redonne l’envie de participer au parc aux élus dégoûtés qui, comme moi, n’assistent même plus aux comités syndicaux. Je n’y vais plus, ça ne sert à rien... Croire qu’un nouveau directeur changera le parc est illusoire. C’est avec ce genre de raisonnement que la politique est discréditée.

Propos recueillis par Michel Lulek






 
 
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