IMPRIME PAR NOS SOINS


Journal d'information et de débat du plateau de Millevaches
publication papier trimestrielle

IPNS décline différemment ses initiales dans chaque numéro :

INDISPENSABLE POUR NOTRE SANTE (MENTALE)
 
 
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Vasi jeunes a dix ans Version imprimable Suggérer par email
Pertinent, impertinent ? Vasi jeunes a dix ans !

Aujourd'hui des jeunes, ou d'autres moins jeunes, d'ici ou d'ailleurs, souhaitent vivre et s'inscrire sur notre territoire. Mais comment ? Quelles conditions sont nécessaires pour leur permettre de découvrir le territoire (qui peut être le leur depuis toujours), de créer leur activité, de vivre avec d'autres, de s'engager localement.

Créée il y a tout juste 10 ans VASI Jeunes (Valorisation, Appui, Soutien des Initiatives de Jeunes) participe avec d'autres à construire une réponse à cette problématique. L'association gère une ancienne ferme situé à la Forêt-Belleville à Vidaillat, sur les bords du Plateau de Millevaches. Un lieu ouvert, vivant, comme le souhaitait sa légataire Simone Chaminadas. Un lieu de rencontres, au croisement des générations, des nationalités et des projets de vie. Un lieu où l'action et la réflexion se croisent pour donner du sens.
A l'occasion de l'anniversaire des 10 ans, fêté les 25 et 26 Août derniers, des témoignages relatant ce que certains ont vécus sur le lieu, ont été lus.

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En voici quelques extraits.
"Y a-t-il du feu ?"(Yvonne - 2007, tiré d'un conte)
"C'est ainsi qu'on s'interpellait volontiers dans ce coin des Monts d'Arrée, en Bretagne, d'un seuil à l'autre, quand on s'arrêtait pour une causette. Là-bas en effet, le sabot -un sabot déjà bien usé- avait servi, autrefois, à transporter… des braises ! C'était du temps où n'existait pas encore les allumettes. A tour de rôle, chaque foyer était chargé, après la veillée, de conserver le feu pour tout le hameau. Une
fois les veilleurs partis, on rassemblait les dernières braises et on les recouvrait de cendres. Le lendemain,
tout le voisinage venait chercher sa précieuse braise pour ranimer la flamme de chaque foyer."
La braise était enfouie depuis bien longtemps sous la cendre de la cheminée du foyer Chaminadas !…Mais un jour,
Simone entend dire que des jeunes sont en recherche d'un lieu pour un pressoir !! Elle murmure : "il y a bien
chez nous à la Forêt !.." Ce fût comme un souffle sur la braise refroidie et Simone se mit à rêver de braise, de feu de cheminée, à rêver de vie !!!
Et depuis nous sommes nombreux à conserver le feu… pour que d'autres puissent ranimer la flamme… en emportant dans leur sabot et dans leur coeur, la précieuse braise !… avec confiance et conviction.

"Vivre au Pays des chevreuils" (David - 2004)
"[…] Je cherche à être à la fois acteur et contemplatif. Je consacre l'essentiel de mon temps à la culture du jardin et
à des promenades curieuses qui s'accompagnent souvent de cueillettes de plantes qui entreront dans la composition
de bouquets, de recettes ou de remèdes. Mais l'apprentissage n'est pas toujours très aisé. A côté des découvertes qui jalonnent mes journées, je suis régulièrement confronté à des situations qui ne me sont pas familières et qui engendrent parfois des pénibilités, des inquiétudes, voire des frayeurs : quels rôles jouent donc les tiques et les yins-yins dans l'écosystème ? les chevreuils et les pucerons verts me laisseront-ils quelques petits pois à savourer? Va-t-il pleuvoir demain ? Qui se cache dans le fourré ? Me veut-il du mal ? Toutes ces interrogations sont fertiles ; elles amènent leurs réponses. Et je me rends compte que chaque erreur corrigée, chaque problème résolu, chaque peur dépassée passe par un plus grand respect de moi-même et des autres parties du Tout.
Bref, il y a de la vie à la Forêt Belleville et elle m'aide à mieux comprendre la mienne."

(Antonin - 2004)
"[…] Pour ma part, il [le lieu] a commencé à m'ouvrir les yeux sur le monde qui m'entourait. Puis j'ai commencé à
construire des cabanes, mettre des ruches, déboiser. Et du coup, le fait d'agir sur ce lieu m'a permis de me l'approprier. Mais ce qui était génial et ce qui changeait de d'habitude, c'est que les choses je les faisais avec d'autres. Toutes ces choses m'ont permises d'apprendre l'Homme. […]"

"Il était une fois de là, et d'là-bas, c'est ici… " (Léna - 2001)
"[…] Pas le temps de s'ennuyer n'est-ce pas ? Et souvent, le matin après un bon petit déjeuner, les conteurs, les jardiniers, les collecteurs de p'tites feuilles, les Land Artistes et les durs du chantier tourbière se retrouvaient pour construire, échanger un bout d'idée, de force, de pensée, de chant ou de rire, échanger un bout de puzzle !
Premiers dessins, premières lignes contées, petites graines et petits plants, premiers rondins, feuilles qui sèchent, puis très vite, nous pouvons découvrir l'art dans l'bois, des mots-des paroles de conteurs, un jardin devenu Le jardin, feuilles fleurs dessins… dans l'herbier et "le petit pont de bois"…
Voilà de jour en jour, le puzzle se consolide, se soude, Yassine apprend à tagger à maman, et Alexandre découvre
le camping…"

Quand on pose la question à Jean-Christophe Labails, qui est intervenu lors de la fête des 10 ans, si un lieu comme
celui-ci est pertinent dans la société actuelle, il répond franchement : "non !"
Non, ce lieu est impertinent au vu de ce que propose la société dans laquelle on est. Parce qu'il est à contre-courant. Pour plusieurs raisons : d'abord, la notion de temps n'est pas la même ; dans notre société, face à un problème, on se doit de trouver une solution rapidement. Nos dirigeants doivent avoir une réponse à tout, être partout.
D'ailleurs peu importe les moyens que l'on emploie. Cette soi-disant efficacité est un leurre si la société impose l'urgence ; pour VASI jeunes la démarche de réalisation d'un projet est plus importante que l'urgence du résultat. Le temps de l'appropriation collective, d'être en connivence avec des partenaires, de réaliser un chantier sont autant de choses à vivre ensemble, qui permettent à des hommes de se confronter aux autres, aux différentes phases d'un projet. Ce n'est pas du temps perdu car cela est du temps pour l'homme.
La deuxième notion serait celle de la réflexion. VASI jeunes serait un lieu où l'action s'accompagne de réflexion collective qui cherche à donner du sens à ce que l'on vit, ce que l'on fait. Dans notre société, un certain discours qui tend à se généraliser considère que la réflexion est l'ennemi de l'action. On se méfierait des gens qui pensent. Ils sont improductifs, inutiles voire encombrants. Ce discours est dangereux pour la démocratie. A VASI jeunes, nous prenons le temps de réfléchir, de formuler, de discuter, d'évaluer. S'arrêter, regarder ce que l'on a accompli, échanger, partager, ce n'est pas perdre son temps mais construire. Si nous sommes à contre-courant nous ne souhaitons pas être en dehors ou à coté mais bien présent sur notre territoire avec les personnes qui souhaitent y vivre. Car c'est bien de cela qu'il s'agit aujourd'hui. Comment les projets qui vont naître sur ce lieu vont permettre à des personnes de vivre ici ; par le biais du lieu-test (espace disponible pour tester une activité), par de nouvelles propositions (d'activités, d'habitat…).
En terme de chantier pour les années à venir comme le dit Loumy :"Pour un catalogue de travaux, j'ai tout sous le
béret… La seule préoccupation que nous devons avoir : avons-nous bien accueilli ? Etaient-ils contents de leur séjour ? Se ressourcer, affiner un projet, se reposer ou simplement s'éclater !".
Le débat lors des 10 ans a aussi fait ressortir la question de l'accompagnement de personnes qui sont accueillies
individuellement sur la durée. En effet, certaines d'entre elles expriment que ce lieu est un espace de liberté où tout semble possible : c'est une chance, mais cela peut donner le vertige ! Il existe peu de lieu comme celui-ci, où on apprend à gérer sa Liberté. Il suffit d'avoir une envie et à VASI jeunes tu peux passer à l'action. Mais le fait de rendre cela possible peut déstabiliser. Comme le dit Raphaëlle il n'y a pas de risque à essayer et personne ne le fera à ta place. Pas toujours facile. L'association a encore du travail pour formuler ce type d'apprentissage qu'il propose mais aussi pour l'améliorer. Comment rendre pleinement fertile cet espace de liberté ?
Alors VASI jeunes n'a pas fini d'être un lieu de réflexion. Et nous remercions tous ceux qui nous ont fait l'effort de
témoigner, de participer à cet anniversaire.

A.O. - C.P.
NB : VASI Jeunes est aussi présent dans le magazine de Télé-Millevaches du mois de Septembre 07.
 
 
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