Ainsi le paysage urbain a beaucoup changé. Limoges est en pleine croissance démographique et s’élargit avec la construction de grands ensembles. Dans les bourgs périphériques l’urbanisation est très rapide et « mite » les espaces ruraux. À noter également qu’en devenant une université de plein exercice et non plus dépendante de Poitiers, Limoges multiplie les établissements et tout particulièrement le CHU (centre hospitalier universitaire).
Les changements sont également importants dans les domaines économique et social. Les industries traditionnelles (porcelaine, cuir…) cèdent la première place à deux grandes entreprises, Legrand (matériel électrique) et la Saviem (matériel de transport industriel) qui atteignent près de trois mille salariés dans les années 1980. Cette nouvelle configuration favorise le développement des emplois en OS (ouvriers spécialisés) déqualifiés au détriment des ouvriers professionnels. Les conflits sociaux, particulièrement dans les deux entreprises leaders sont alors particulièrement vifs tout au long de la période. Si la CGT reste la première force syndicale, elle n’est plus seule. La CFDT, particulièrement combative à l’époque sur les thèmes du contrôle ouvrier et de l’autogestion, progresse.Ces évolutions ne sont pas spécifiques au Limousin. Elles concernent la France entière des « Trente Glorieuses ». Il en va de même de la présence des immigrés et de leurs conditions de vie et de la modernisation à marche forcée de l’agriculture. Mais elles ont des spécificités comme par exemple la forte présence communiste dans les syndicats agricoles (Comité de Guéret, FNSEA, Modef…).Sur le plan politique et électoral, la réputation d’un « Limousin, terre de gauche » n’est pas usurpée, mais elle est à nuancer et à diversifier. Au cours des années 1960-1970, la SFIO jusque là hégémonique recule d’abord au profit de la droite puis du PC. En 1978, la SFIO n’a plus qu’une circonscription contre 4 au PC et 3 à l’UDR. Ce n’est qu’à la faveur de l’élection de Mitterrand que le PS remonte à 5 tandis que le PC recule à 2 et le RPR à 1.Seule la Haute-Vienne reste constamment à gauche (PS ou PC) et donne sa réputation au Limousin. La Creuse et la Corrèze sont beaucoup plus disputées, notamment entre un ouest à gauche et un est à droite.
Pour ce qui concerne notre plateau de Millevaches, les cartes du livre n’entrent dans le détail des communes que pour le vote des législatives de 1973 et les cantonales de 1978. Elles confirment dès les années 1970 le clivage « est à droite » et « nord-ouest à gauche » que nous avons souligné ici pour les élections du XXIe siècle.