Parfois avec une caravane aménagée en librairie, parfois avec quelques tables sous un barnum rouge, elle est présente plusieurs fois par semaine sur le plateau de Millevaches et régulièrement sur le reste de la Creuse et du Limousin. Depuis le mois de novembre 2021, elle est présente tous les quinze jours au marché de Gentioux et toutes les semaines (sauf mauvais temps) sur le marché de Felletin. La caravane, qui peut accueillir quelques personnes en son sein, fut entièrement réaménagée par nos soins pour coller au mieux à notre vision de la librairie. Des banquettes permettent de s’installer confortablement pour y lire (ou parfois faire la sieste) et de nombreuses étagères et tablettes permettent de présenter les différents ouvrages en stock. Sa sélection est composée en grande majorité d’éditions indépendantes et, quand c’est possible, d’éditions locales. Parmi ses rayons, on trouve des sciences humaines (éditions Anamosa de Corrèze, éditions Dehors de Gentioux, mais aussi Libertalia, L’Échappée, La Découverte, Cambourakis), des textes de luttes (Premier matin de novembre, La Fabrique, Divergences…), de la bande dessinée (éditions Rackham de Tarnac, éditions Lapin, La Boîte à bulle…), de la jeunesse (La Poule qui pond de Clermont-Ferrand, les éditions Utopiques de Corrèze…), des romans (Les éditions du Typhon, Blast, Le diable Vauvert…), mais aussi des ouvrages sur la Creuse ou le Limousin (Les éditions des Ardents, Lucien Souny…). Avec la Limou’Zine, nous avons voulu sortir les livres des espaces institutionnalisés et parfois quelques peu intimidants dans lesquels ils se trouvent souvent (bibliothèque, école, musée…). Proposer du livre sur les places de village, sur les marchés, dans des salles de concerts, des lieux associatifs… Aller à la rencontre de nouveaux publics et ne plus attendre leurs hypothétiques venues. L’idée de l’itinérance s’est très vite imposée à nous car elle permet ainsi de toucher un public plus large et plus hétérogène et sur un territoire bien plus important. Cependant, bien que très attachés à cette liberté de déplacement, nous nous imaginons parfois aménager un lieu pouvant accueillir des événements et du public et proposer des ouvertures sur des amplitudes horaires plus larges. Un lieu fixe serait pour nous l’occasion de diversifier encore nos activités et une amélioration notable au niveau logistique et stockage.
La Limou’Zine est associative. C’est un choix qui a été fait d’une part afin de marquer la volonté collective du projet, pour permettre à chaque nouvelle rencontre de s’investir si ils le souhaitent, et d’autre part pour rappeler la fonction sociale et politique de la lecture. En effet, nous souhaitons dépasser la dimension purement pécuniaire du livre comme objet commercialisable et le voir aussi (et surtout) comme objet de lien social, pouvant être donné/prêté/échangé, et dont la lecture ou les discussions qui en découlent façonnent notre pensée. Tout naturellement, nous nous sommes glissés dans ce réseau dense et dynamique qui relie le territoire creusois et la Montagne limousine, composé en immense majorité d’associations et/ou de collectifs informels. Bien que construit sur des envies anticapitalistes, nous n’avons pour l’instant pas d’autres sources de financement que la vente des livres. La marge en librairie est très faible, une fois déduits les frais de livraison, de transport et toutes les menues dépenses liées au fonctionnement quotidien. Nous aimerions réussir à créer un emploi d’ici quelques mois, au regard de l’important travail nécessaire au bon déroulement de la vie de l’association, mais notre situation financière reste encore précaire. La Limou’Zine est devenue bien vite une structure très active, sur le Plateau et ailleurs en Creuse. Pour autant son collectif, relativement peu nombreux, ne s’est pas élargi. Bien que la volonté de pouvoir accueillir de nouveaux ou nouvelles bénévoles soit au cœur de notre projet, nous nous heurtons à des problèmes de méthode. Comment intégrer de nouvelles personnes au sein d’un collectif se connaissant bien et avec une logistique déjà rodée ? Logistique qui, de plus, est contraignante, car elle nécessite d’être véhiculé et peut être relativement physique. Nous ne pouvons cependant que vous inciter, pour celles et ceux qui seraient susceptibles de vouloir nous rejoindre, à venir en discuter avec nous, car c’est ensemble que nous trouverons des solutions à ces questionnements !Cette ouverture est aussi pour nous une nécessité car, au-delà de l’envie de plus de collectif, elle nous permet aussi de consolider notre base bénévole et d’éviter que l’épuisement ne finisse par nous mettre en difficulté.
La Montagne limousine est une région riche en alternatives sociales et écologiques. Ces alternatives et les personnes qui les font vivre brassent souvent successivement pratiques concrètes et apports théoriques et sont pour la plupart du temps connectées aux autres luttes proches nationalement voire internationalement. En proposant des livres dont les valeurs et les thématiques nous sont proches, nous espérons contribuer au maintien de ces alternatives et aider, par la diffusion d’idées émancipatrices, les luttes se déroulant sur la Montagne et plus largement en Limousin. À travers les essais, mais aussi la bande dessinée, le roman ou la littérature jeunesse, nous cherchons à propager des pensées écologiques, féministes, décoloniales et anticapitalistes. En organisant des rencontres avec des auteur·ices et en proposant des tables de presse lors d’événements publics, nous souhaitons créer des espaces de discussion destinés à questionner le monde contemporain et certaines de ses dérives et, par nos sélections, proposer certains outils, certaines idées ou pratiques susceptibles d’aider à la création de futurs enviables.Bien que dynamique, notre association est toujours à la recherche de tout soutien et de toute idée d’animation. Nous avons d’ailleurs prévu pour 2023 de développer de nouvelles propositions telles que la création d’un important rayon jeux de société ou l’animation de temps autour du livre et de l’écrit auprès des enfants et adolescents. Nous avons aussi mis en place depuis quelques mois un système de commande, ce qui nous permet de pouvoir proposer l’ensemble de l’offre éditoriale française. N’hésitez donc pas à faire appel à nous si vous cherchez des références particulières : nous avons besoin de vos énergies pour faire vivre notre petite librairie et apporter encore plus de livres de qualité sur la Montagne limousine... et ailleurs !
Rattachée à la Villedieu, la ferme des Bordes est rachetée en 1966 par une société appartenant à un riche maçon creusois émigré à Lyon, Pierre-Eugène Pitance, dans le but d’être plantée en résineux. Peu à peu, des forêts résineuses s’emparent du paysage et enferment la vieille ferme. Dix années plus tard, durant l’hiver 1976-1977, se monte le groupement « Vivre dans la Montagne limousine » (VDLML). L’association regroupe la plupart des néoruraux de la région, en majorité soixante-huitards, ainsi que « des agriculteurs du cru ». Pierre Desroziers, enseignant à Gentioux originaire de Dordogne, qui deviendra maire de Gentioux-Pigerolles au début des années 1980, est l’organisateur de la manifestation des Bordes. Il l’est au titre de militant occitaniste du groupe « Volèm viure al país », groupe peu à peu dissous dans la plateforme VDLML dont Jean-Jacques Peyrissaguet, naturaliste et ornithologue originaire du Nord de la Creuse, qui s’installe en 1973 sur le Plateau pour se reconvertir dans l’agriculture, en est le président.
C’est dans un café de la Villedieu, le café La Maria, un lieu réputé dans la région pour son lien avec la Résistance durant la guerre d’Algérie, que l’association projette de manifester à la ferme des Bordes.
Ainsi le 15 mai 1977, ce sont près de cinq cents personnes qui se mobilisent aux Bordes, afin de marcher sur la ferme à l’abandon qui menace d’être recouverte de sapins. Les participants sont pour la plupart des néoruraux soixante-huitards pleins de « la vigueur de la jeunesse » selon la presse locale. Jean-Jacques Peyrissaguet rapporte également la présence de militants communistes, maoïstes ou encore libertaires venus de Felletin ou de Limoges, tandis que la presse de l’époque notera la présence de figures politiques locales aux côtés de « la jeunesse », de « ceux qui ont le cœur occitan et écologique » ou de « ceux qui aiment le pays ». Quant à la présence des agriculteurs locaux, si elle est anecdotique, certains participent à la lutte contre l’enrésinement par le biais de pétitions ou d’adhésion aux associations.
Les revendications brandies par le mouvement mêlent des perspectives sociales, politiques et écologiques. Ainsi sont dénoncés le « bradage » et le « cumul des terres » au profit de propriétaires non résidents, car cela implique l’absence de création d’emploi et de richesse au niveau local ainsi que l’accaparement des meilleures terres. En effet, « il faut rendre aux agriculteurs les terres détournées », déclare Pierre Desroziers dans Le Populaire du Centre au lendemain de la marche. De même, la dégradation de la qualité des sols est au centre des arguments des manifestants qui plaident en faveur du développement économique du Plateau et du soutien à l’agriculture-élevage. Aussi la pétition exige-t-elle que « les pouvoirs publics mettent tout en œuvre pour que cessent les plantations de résineux, [et] que celles-ci soient déplantées pour que les fermes telles que celles des Bordes puissent être remises en culture ». En demandant de déplanter les résineux, les manifestants expriment une volonté de retour à un système rural autrefois prédominant sur le Plateau. À ce titre, le fait que la manifestation contre l’enrésinement se tienne devant une ancienne ferme est symboliquement fort : on manifeste pour que l’agriculture, les traditions, les paysages ouverts ne soient pas, eux-aussi, une histoire ancienne.
Finalement, avec la marche des Bordes, agriculteurs du cru et néo-ruraux se découvrent un point de convergence autour de la question de la valorisation de l’activité agricole, nourricière et locale ; celle-ci permet de porter une critique environnementale du productivisme forestier, opposant l’agriculture à la culture de résineux comme deux scénarios divergents pour l’avenir du territoire.
Ailleurs sur le Plateau, d’autres manifestations prennent naissance contre l’enrésinement. Par exemple, en novembre 1979, une mobilisation a lieu pour empêcher la destruction d’un hameau et ainsi enrayer le processus d’enrésinement impulsé par une société civile parisienne. Pourquoi détruire ces maisons et qui en sont les commanditaires ?
Cette histoire commence en 1967 lorsque la Société civile immobilière foncière et forestière de Chanteloube (SCIFFC), basée à Fontenay-aux-Roses, ville de proche banlieue parisienne, achète une soixantaine d’hectares, au milieu desquels se trouve le hameau de Chanteloube, dans le but d’enrésiner toute cette surface. « À l’époque, selon la SAFER, ladite société civile n’a […] aucun mal à acquérir ces terres car il n’y [a] pas […] d’autres demandeurs. » Une déclaration qui fait écho aux inégalités sociales présentes sur le Plateau.
Afin d’enrésiner complètement ces terres, la dirigeante de la SCIFFC, Jeanne Lavirotte, résidant dans le 16ème arrondissement de Paris, sollicite au mois de mars 1979 l’autorisation de démolir les bâtiments du hameau de Chanteloube. Elle obtient le 27 mars 1979 l’aval du directeur départemental de l’équipement dans la mesure où « la démolition des bâtiments en cause n’[est] pas soumise à une autorisation administrative ». Mais ce projet de destruction soulève « l’indignation dans tout le pays » selon Limousin Magazine. En réaction à cette annonce, deux néoruraux de l’époque commencent à habiter les bâtiments de Chanteloube de manière illégale, et une pétition circule dans tout le village.
Puis, informés que la société fixe au 5 novembre 1979 l’envoi de bulldozers sur place, des habitants lancent aussitôt un appel à la mobilisation. Parmi les quarante à cinquante personnes qui répondent à l’appel, « le maire de Soubrebost et une partie de son conseil municipal, des jeunes ayant tenté le retour à la terre dans la région, quelques paysans du cru et deux squatters qui habit[ent] depuis peu les maisons abandonnées » sont présents.
Mais le 5 novembre, les bulldozers ne viennent pas. Peut-être le bruit de ces manifestations est-il parvenu à importuner un haut représentant de l’État. En effet, une semaine après la mobilisation, le préfet demande des informations à ses services à propos de la SCIFFC. Il est informé que le prêt obtenu par la société est garanti par une hypothèque portant sur l’ensemble de ces terrains. Par conséquent, les bâtiments de Chanteloube ne peuvent pas être démolis sans que cette hypothèque fasse l’objet d’une procédure de main levée. C’est une petite victoire pour Soubrebost.
Finalement, les contestations qui ont lieu sur le plateau de Millevaches contribuent à faire de l’enrésinement un problème public majeur poussant à l’intervention de l’État. Ce dernier décide en effet de mettre en place le zonage agriculture/forêt. Cet outil participatif, visant à distinguer les terres à vocation agricole des terres à vocation forestière et à les réglementer, est relativement bien accepté par les forestiers et les agriculteurs de la région. Les opposants entrent ainsi dans une phase descendante du cycle des mobilisations : la « débridée » décennie 1970 est révolue, la crise agricole rappelle les agriculteurs à leur profession et la gauche arrive au pouvoir.
Pourtant un nouveau cycle de protestations émerge au cours des dix dernières années, ouvrant ainsi un nouveau chapitre au livre des mobilisations du plateau de Millevaches. En effet, l’annonce du projet d’usine à pellets CIBV (Carbon Ingen’R Bugeat Viam) à Bugeat agit comme un « détonateur» qui éveille la population locale et réveille une lutte vieille d’un demi-siècle. Dans le but de produire 45 000 tonnes de pellets torréfiés par an, cette usine prévoit de transformer 113 000 tonnes de rémanents par an dans un rayon de 80 km autour du site, ignorant les effets dévastateurs sur la fertilisation naturelle des sols et repoussant encore et toujours le seuil d’exploitabilité du vivant. Outre ses effets néfastes sur la qualité du sol, c’est la finalité du projet qui est critiquée : les pellets sont destinés à remplacer le charbon des centrales thermiques de la Compagnie parisienne de chauffage. Ils serviraient ainsi à alimenter la ville de Saint-Ouen, à 600 kilomètres du Plateau. Pourtant, là où les militants dénoncent une absurdité écologique, les industriels et l’État préfèrent y voir une transition énergétique.
À l’instar de l’association VDLML créée à l’occasion de la marche des Bordes, une nouvelle association environnementale est montée en réaction au mégaprojet de Bugeat : l’association « Non à la montagne pellet », aux côtés de Corrèze environnement, de Sources et rivières du Limousin et du collectif Biomasse critique. Les mobilisations sont alors plurielles et prennent diverses formes : des défilés funèbres, l’occupation des lieux, la création d’une page facebook et d’un site internet, des recours au tribunal administratif, la mise en place du plan « Vigie-pellet » ou encore les « Rencontres de la forêt », sont autant de formes de mobilisations pour lutter contre la « prédation forestière ».
Dans la continuité des revendications cinquantenaires, les préoccupations sont à la fois sociales et environnementales. Cependant, ici on ne lutte plus contre la forêt mais contre la « forêt industrielle », ces monocultures de résineux destinées à s’agrandir pour alimenter l’usine.
« Non à la montagne pellet » dénonce également « le prélèvement des souches et rémanents ou le défrichement de parcelles à l’abandon » car ils sont « une menace pour les sols et pour la diversité du vivant, ainsi que pour tous les emplois qui sont liés à la préservation de ceux-ci ». De plus, après avoir épluché l’étude d’impact du projet, les associations dénoncent une étude aveugle au territoire compris dans les 80 km de rayons autour de l’usine ; seules sont prises en compte les communes de Bugeat et de Viam. Elles démontent également l’argument de la transition énergétique écologique promouvant le remplacement du charbon par la biomasse : « Les émissions de CO2 liées à la production industrielle de la biomasse […] ajoutées à celles de sa combustion ne changent rien aux émissions globales de carbone. » Si transition il y a, elle n’est certainement pas écologique.
En dépit de ces contre-arguments, en 2018, la préfecture valide le projet d’usine à pellets en déclarant que les idées qui opposent l’industriel et certains habitants d’une part, et les associations environnementales d’autre part peuvent et doivent réussir à « cohabiter ». Une subtile notion qui n’est pas sans rappeler le zonage agriculture/forêt. L’histoire se répète : la démocratie est le remède à tous les maux. Mais dans « cohabitation », il y a aussi l’idée de division. D’aucuns diront que le territoire est partagé entre les pro-pellets et les anti-projet d’usine. En effet, les médias, les élus et les porteurs du projet contribuent à diviser la population de Haute-Corrèze en deux camps, et ce faisant, déplacent la controverse (ne parlait-on pas de dégradation durable de l’environnement ?). En outre, après avoir caricaturé les propos et revendications des associations environnementales, ils lui opposent l’éternel argument d’une industrie « génératrice d’emploi », alors qu’elle mettrait en péril une vingtaine d’emplois au moins dans le voisinage ou au sein de la filière bois.
Enfin, en décembre 2019, on assiste à un nouveau retentissement dans l’affaire CIBV : les principaux promoteurs se retirent. Pour le collectif, le retrait des promoteurs est symptomatique d’un projet « mort-né ». Un argument majeur que les associations mobilisent dans un ultime recours devant le tribunal administratif de Limoges afin d’obtenir « un coup d’arrêt définitif » au projet.
Cette histoire est un pan de l’histoire contestataire de la Montagne limousine. Une Montagne qui bien qu’elle soit prétendument éloignée de tout, n’est pas épargnée par les desseins productivistes des gros propriétaires et sociétés à la course au profit. Si ces derniers méprisent ou ignorent l’écologie sociale et environnementale et le fragile équilibre dont elle dépend, les manifestants des années 1970 tout comme les militants d’aujourd’hui sont là pour le leur rappeler. Le contexte de 1970 était sans doute moins favorable à une inflexion du processus d’enrésinement, le Plateau étant déjà bien boisé. En revanche, ces dernières années, les contestations émergent alors que l’usine n’est qu’en phase de projet. L’usine n’existe pas, alors tout est possible. C’est ce que nous montrent les associations environnementales mobilisées : en protestant contre le projet CIBV dès son annonce, elles cherchent un dénouement heureux et sans dégradation des sols.
Mauricette était une femme exceptionnelle, intelligente, déterminée, puissante. Menant un travail sur le traumatisme de sa jeunesse, elle s’est pourtant ouverte aux autres, leur apportant un soutien considérable ; elle était capable d’un attachement indéfectible poussé jusqu’à la limite du possible.
Originaire des Vosges, les épisodes de sa vie et sa profession d’enseignante l’ont conduite à Paris puis à Bordeaux. De retour à Paris, pendant quatorze ans, elle enseigna le FLE (Français langue étrangère) pour des jeunes migrants. À la retraite, dans cette période heureuse de sa vie, elle vient vivre à Limoges avec son mari. Le hasard lui fit acquérir une maison sur le Plateau, en Creuse, à Lavaud sur la commune de la Nouaille, où elle venait le plus souvent possible avec un plaisir extrême. Cette maison était le lieu où elle réunissait son petit monde, son fils et ses nombreux petits-enfants.
Elle se rapprocha des personnes du Centre d’accueil de demandeurs d’asile d’Eymoutiers. Avec elles, elle poursuivit son travail d’enseignante. Ce fut le cas pour celles qui sont devenues ses amies albanaises. Elle leur apprenait la langue française avec un plaisir tel qu’elle s’engagea à accueillir leurs enfants en cours d’études dans son appartement de Limoges. Elle les accompagnait également dans la rédaction de leurs dossiers de demande de titre de séjour. Partout où elle pouvait, souvent sur la route, elle apporta auprès d’hommes et de femmes une aide efficace et attentive.
Son militantisme auprès des migrants est à l’origine des liens qui nous unissaient. Une amitié forte en découla au-delà des idéaux communs de solidarité et d’engagement. Avec les personnes que nous défendions, nous constituions une sorte de famille sans frontière avec qui nous avons partagé des fêtes pour l’obtention de cartes de séjour, pour des anniversaires ou les fêtes de fin d’année, des moments joyeux l’été au lac de Vassivière. La plupart aujourd’hui, après des années d’attente angoissée et d’endurance, sont régularisés et ont un emploi et un logement à Limoges.
Mauricette allait toujours jusqu’au bout de ce qu’elle entreprenait. C’est ainsi que sur la trace de son jeune oncle Maurice, responsable résistant mort six mois après sa libération du camp d’Ebensee en Autriche, elle fit la connaissance d’Henri Ledroit, rescapé du camp de Mauthausen. Celui-ci consacrait ses dernières années à témoigner auprès des jeunes collégiens et lycéens. Souvent les forces lui manquaient et Mauricette, partageant ses larmes, lui tenait la main pour l’accompagner dans cette difficile mission. Avec la même opiniâtreté, elle l’aida à rédiger son livre de mémoire La graisse pas les os (ce livre est disponible auprès de l’Amicale de Mauthausen dont le président a écrit : « Mauricette a toujours suscité mon admiration et, oui peut-être, mon incrédulité, tant elle empruntait des chemins improbables, avec une incroyable assurance … elle m’apparaissait stupéfiante … »).
Des amitiés, Mauricette en a eu beaucoup, tout au long de sa vie qu’elle a consacrée aux autres. Son courage, sa force, ses ressources, son empathie ont créé autour d’elle de nombreux liens. Mère attentionnée, dans toutes les étapes de sa vie, elle a été proche de son fils et, au fur et à mesure, de ses petits-enfants. L’éclat de son regard, son sourire bienveillant, son goût pour la vie témoignent de son rayonnement. La maladie l’avait considérablement affaiblie mais la pertinence de ses propos et son humour étaient intacts. Nous qui avons eu la chance de bien la connaître, nous pouvons lui reconnaître le qualificatif de « juste ».
La deuxième édition du Forum Social Limousin s'est déroulée le 25 octobre 2003 au Villard de Royère-de-Vassivière pour la seconde année consécutive. 400 personnes, des trois départements, étaient venues participer aux sept ateliers du matin et à la plénière de l'après-midi. Beaucoup de militants déjà croisés ici ou là dans la région à l'occasion d'une manif, d'une soirée débat ou d'un colloque. Mais pas que ! A côté des "vieilles barbes" du militantisme limougeaud (amical clin d'œil aux vétérans du cercle Gramsci !) on découvrait aussi quelques nouveaux visages : ces lycéens par exemple qui, après le mouvement du printemps, ont décidé de se constituer en coordination et de poursuivre ensemble la réflexion et l'action. Ou ces étudiants de la fac de Limoges qui projettent la création d'un "ATTAC Campus".
Le vin de ce forum limousin conjuguait ainsi vénérables cuvées et vin nouveau, dans un mélange qui caractérise également la composition hétéroclite de la manifestation - à l'image de ses homologues européens ou mondiaux, comme j'ai pu le constater il y a deux ans à Porto Alegre ou cette année à St Denis.
L'opposition unanime à la "mondialisation néo-libérale" ne recouvre pas une nouvelle "pensée unique" de la contestation, mais bien plutôt une diversité de points de vue et d'opinions.
L'atelier sur les nouveaux rapports dans le travail le montrait bien. S'y côtoyaient militants d'AC (Agir contre le chômage) aux harangues quasiment anarchistes contre le travail, tenants plus sages de l'économie solidaire et expérimentateurs associatifs ou économiques d'autres manières de produire ou d'échanger. Sur le terrain du Villard, qu'un soleil inespéré inondait - deux jours plus tôt la première neige était tombée sur le plateau, et les organisateurs durent en pleine nuit abattre les chapiteaux montés dans la journée pour ne pas les voir s'écraser sous le poids de la neige ! - se croisaient des militants de la Confédération Paysanne et de nombreux acteurs associatifs locaux, les jeunes socialistes et la LCR, des syndicalistes d'EDF et des anti-nucléaires, et même quelques candidats aux prochaines Régionales. Jean Paul Denanot, tête de liste du PS et maire de Feytiat, est ainsi passé faire un petit tour, le temps de se montrer et d'écouter les compte-rendu des ateliers. Mais il s'était déjà envolé lorsque Philippe Babaudou de la Confédération Paysanne l'interpellait sur le méga projet d'hypermarché en projet sur sa commune... Les plus sévères y virent une concession démagogique à la société civile de la part du candidat, les plus optimistes se réjouirent que le FSL soit ainsi devenu un lieu incontournable1.
Cette diversité est bien sûr la grande richesse de ce lieu de rencontre et de débat. Mais, pour qu'il y ait vraiment rencontre et débat, une journée c'est un peu court. Dans certains ateliers, une fois les présentations faites et les interventions programmées écoutées, il ne restait bien souvent que peu de temps pour le débat et certains le regrettèrent. L'idée a donc été lancée de poursuivre les ateliers tout au long de l'année de façon à faire du forum social Limousin une véritable "université populaire" permanente.
Contrairement à l'image un peu réductrice que proposent souvent les médias, les forums sociaux, à l'image de la société, sont traversés de clivages et de questions. Qu'ils puissent être capables de les affronter est le grand défi auxquels ils sont confrontés.
Il en est ainsi de la question qui oppose, pour faire vite, les écologistes et les tenants des forces traditionnelles de la gauche, autour de la question de la croissance. Le mot, tout neuf, mais conquérant dans ce genre d'assemblée, de "décroissance" est sorti plusieurs fois aux cours des débats. On ne coupera pas à repenser nos modes de vie et de consommation si on ne veut pas aller à la catastrophe disait en substance Freddy Le Saux de l'ALDER (Association Limousine pour le développement des énergies renouvelables), appelant nos sociétés occidentales à la décroissance. On lui rétorquait sur l'air de : "On n'est pas si privilégiés que ça, et un peu de (bonne) croissance ne ferait quand même pas de mal"... Ce qu'un intervenant africain relativisait grandement lorsqu'il condamnait les subventions agricoles dont bénéficient nos agriculteurs et dont les producteurs de son continent sont les premières victimes. D'où la réaction immédiate d'un agriculteur qui demandait qu'on n'amalgame pas sous la même cri tique toutes les aides, dont certaines sont indispensables au maintien d'une activité agricole dans une région comme la nôtre. On le voit, de vraies questions ont été abordées qui méritent d'être reprises pour que chacun puisse affiner sa vision des choses.
Autre débat : comment toucher plus de monde et dynamiser davantage une prise de conscience citoyenne ? "Nous sommes entre convaincus" regrettait une jeune femme. "Convaincus de quoi ?" nuançait aussitôt une autre personne qui rappelait que tous les participants ne partageaient pas forcément les mêmes points de vue. N'empêche que la question de l'élargissement du mouvement en turlupine plus d'un. Un intervenant insistait : "On ne peut couper à la question des actions que nous devons développer si nous ne voulons pas que nos forums s'essoufflent au bout de quelques années".
Et d'appeler à prendre la parole en tous lieux et en tous temps, par exemple au sein d'une presse régionale bien silencieuse pour montrer la richesse des actions concrètes qui existent en Limousin. Problème de visibilité ? Problème de communication ? Ou, plus profondément, problème d'une société en grande majorité passive et docile ? Là encore les acteurs du FSL ont un sujet de réflexion fondamental.
Reste cependant, à l'issue de cette journée bien pleine, la réconfortante impression qu'un énorme potentiel existe. Alors que, globalement, les choses ne vont pas forcément de mieux en mieux, du forum du 25 octobre ressortait un optimisme mesuré, mâtiné d'une forte volonté de résistance. Dans son genre, le FSL est un lieu unique où peuvent être débattus avec une large palette de militants, des sujets d'une très grande variété puisqu'ils recouvrent la quasi totalité du spectre social. Loin de baisser les bras et de céder aux sirènes de la démobilisation, le FSL s'engageait davantage dans un combat qu'il sait ne pas mener seul : à l'heure où les débats allaient céder la place au méchoui et à la musique, circulaient les informations pour organiser le départ en bloc des limousins qui iraient participer au prochain forum européen. Quant à celui de Bombay (4ème forum mondial), on devrait y voir partir quatre régionaux.
En 1975, après de longs mois de recherches, Guy Valente quitte Paris et l’engagement politique au sein de la Gauche prolétarienne1 pour s’installer à Beaubier (commune de Royère de Vassivière) sur quelques hectares enfrichés qu’il a pu obtenir de la SAFER. La remise en état des parcelles et de leurs chemins d’accès lui prend beaucoup de temps et d’énergie et il démarre rapidement l’élevage, ovin d’abord, puis, en plus, de chevaux de race Mérens.
Peu après, il complète son activité par la culture et la commercialisation des framboises. Il est le premier à s’y adonner dans ce territoire de la Montagne limousine. Il adhère à la Coopérative d’utilisation de matériel en commun (CUMA) des jeunes agriculteurs de Gentioux, Royère et Faux-la-Montagne au sein de laquelle il rencontre d’autres néo-ruraux.
Avec les militants occitanistes et écologistes, il participe aux luttes contre l’enrésinement, dont un des moments emblématiques a été la marche aux Bordes de la Villedieu du 15 mai 1977 (voir IPNS n°71). Peu après, au tout début des années 1980, il commence la culture des myrtilles avec l’aide de ses voisins du Massoubrot de Saint-Martin-Château, Chantal et Christian Deplasse. Avec Jean-Jacques Peyrissaguet, du Mas, à Faux-la-Montagne, ils ont été les premiers à se lancer en lien avec l’INRA d’Angers dans cette culture qui avait alors un caractère expérimental.
Toujours avec Chantal et Christian, ils créent le syndicat des petits fruits, puis une CUMA qui leur permet d’équiper leur atelier (de la culture à la préparation des confitures) et un second à Chavanat autour d’un autre producteur, Alain Arlettaz. Très rapidement cette culture essaime sur toute la Montagne, en Creuse et en Corrèze. Des associations comme les CIVAM relaient l’information et ceux qui étaient considérés au départ comme des marginaux inefficaces ou utopistes sont montrés en exemple par la Somival (Société de mise en valeur du Massif central), le comité (d’expansion économique) Millevaches et d’autres institutions qui prônent la diversification en agriculture.
Pendant ces années-là, Guy prenait un certain plaisir à rappeler qu’il avait été regardé avec mépris, condescendance et suspicion lors de son installation, et que, quelques années après il recevait à Beaubier des visites nombreuses de représentants d’administrations ou d’institutions diverses, d’enseignants, d’étudiants et d’agriculteurs. Désormais il avait l’impression de faire partie du paysage local... Il fera partie de ces quelques-uns qui, selon un ethnologue venu travailler sur le Plateau, « ont réussi à créer et à imposer de nouvelles formes de production rurale : l’un d’eux [il s’agit de Guy] a fondé une petite entreprise de confitures qui lui permet de vivre correctement et de satisfaire sa passion pour les grandes randonnées. Jonglant habilement avec les contraintes et les opportunités, il commercialise ses produits en vente directe tout en bénéficiant du statut d’agriculteur, évitant ainsi la tenue fastidieuse d’une comptabilité. »
Les personnes migrantes et étrangères en France sont bien plus nombreuses dans les grandes villes qu’ailleurs. Il ne faudrait pas le voir comme un choix de leur part. La migration des pays du Sud vers la France (puisque c’est de celle-ci que l’on discute) a historiquement servi à nourrir les usines et le secteur des services des grandes centres urbains européens. Pour la plupart déracinées et confrontées aux violences systémiques de l’État, la ville est pour les personnes migrantes le lieu où il est possible de trouver du travail, de retrouver des personnes de sa communauté pour s’entraider, de circuler avec moins de difficultés qu’ailleurs, de se fondre dans un certain anonymat permettant d’être moins exposé à un racisme quotidien. Pour beaucoup de personnes migrantes, il est quasiment inimaginable d’aller tenter sa chance à la campagne. Pourtant, beaucoup de migrant.es ont un rapport sensible à la terre. Parmi les personnes qui s’exilent en France, on retrouve des familles paysannes qui ont donc directement vécu de la terre, parfois pendant des générations. Les phénomènes climatiques poussent de plus en plus d’habitant.es des pays du Sud à quitter leurs lieux de vie, quand ce n’est pas l’accaparement des terres communes par les impérialismes européens, étatsunien, chinois ou indien qui y œuvrent1. Le capitalisme, après avoir vidé les campagnes en Europe, continue sa course dans le sud global, accompagné cette fois du dérèglement climatique. Comment faire du lien entre la ville et la campagne pour des personnes qui, pour des contraintes de papiers, ne trouvent d’autres boulots que dans le ménage, le bâtiment ou la sécurité ? Les entreprises en ville profitent d’une main d’œuvre vulnérabilisée, sans droit, qu’elles exploitent à merci. Dans ce genre de travail, il n’est nullement question de savoir-faire, de transmission, de soin. Ce n’est pourtant pas l’envie ou les capacités qui manquent à aller travailler la terre, mais l’accessibilité de ces métiers pour ces personnes sans lien avec les organisations paysannes françaises.
L’association A4 est née d’une rencontre entre des personnes exilées ayant vécu pendant plusieurs années dans le bocage nantais à Notre-Dame-des-Landes, et des personnes mobilisées autour de Paris et Saint-Denis dans des luttes liées à la régularisation et au logement. Elle est donc essentiellement composée de personnes exilées mais est ouverte à toutes et tous. Pour beaucoup de ceux et celles qui luttaient en ville, il était évident que la campagne ne leur était pas destinée. À l’été 2021, le mouvement Reprises de Terres a organisé des rencontres visant à s’organiser collectivement contre l’accaparement des terres et leur saccage par l’agro-industrie et l’urbanisation. C’est au sein de ces rencontres que des personnes de Saint-Denis ont été invitées, pendant que des exilées ayant vécu en milieu rural ont raconté leurs trajectoires depuis leur arrivée en Europe. L’idée de former une association qui ouvrirait des opportunités pour des personnes exilées en milieu rural est né à ce moment-là. L’association a vocation à ne pas laisser des personnes partir seules. On le sait, des personnes migrantes isolées sont parfois considérées de façon indigne et se retrouvent ostracisées. Les expériences rurales des personnes sans papiers, surtout dans le Sud de l’Europe, sont essentiellement associés à du travail dans de la monoculture intensive où les cas d’abus et de maltraitance sont légion. En plus de cela, les personnes sans papiers pourraient être à la merci de contrôles de police, sans avoir la possibilité d’être soutenues et défendues. L’objectif de l’association A4 est en quelque sorte de préparer le terrain. Pour l’instant, A4 organise des voyages enquêtes, où il s’agit de constituer un réseau de fermes accueillantes. Des liens humains se nouent à chaque voyage et permettent d’envisager concrètement à quoi ressemblerait un accueil dans telle ou telle ferme. L’association A4 permet d’assurer un accès à des espaces paysans de bonne volonté, qui seront moins enclins à abuser de la vulnérabilité des personnes migrantes. L’hypothèse de A4 est aussi de montrer que la rencontre efface la crainte de l’étranger et des fantasmes construits autour des migrants, au profit d’une confiance et d’amitiés liées à de l’interconnaissance.
En février 2022, des membres de l’association A4 sont venus dans le Limousin pour leur premier voyage enquête. À la fête de la Montagne, l’association nous a présenté son film, D’égal à égal qui retrace leur semaine passée ici. Commencer à filmer ces voyages, c’était aussi une façon de montrer aux personnes migrantes coincées en ville que la campagne n’est pas réservée aux blancs et aux Français, et qu’il y existe des possibilités pour elles aussi. Le voyage a permis de voir qu’il existait déjà des initiatives proches d’A4, par exemple du Wwoofing France ou du JRS (Jesuit Refugee Service) qui proposent à des habitants de CADA des courts séjours dans des fermes en Limousin ou des possibilités de stages ou de travail pour se régulariser et intégrer des fermes. À la suite de ce premier voyage-enquête, un membre de l’association A4 est venu pendant trois semaines à Tarnac, pour participer à des cantines, faire du pain et du maraîchage. Après le Limousin, A4 s’est rendu à Lannion en Bretagne. Là-bas, l’association a rencontré les résidents d’un CADA. Cette rencontre a donné lieu à la constitution d’un groupe local pour s’organiser en mobilisant paysans et artisans de la région pour accueillir à la fois les personnes du CADA et des personnes venues d’ailleurs désireuses de (re)nouer avec la terre. Ces voyages permettent de définir ce que serait un territoire accueillant. Au-delà de l’activité paysanne et artisanale, un territoire accueillant serait aussi un territoire dense en associations et collectifs à même de fournir de l’aide administrative. Des personnes en difficultés administratives auront besoin d’aller à la préfecture, de faire des démarches pénibles et fastidieuses. Il faudrait aussi que toute cette charge ne pèse pas sur les paysans qui accueilleraient des personnes exilées, mais que soit mobilisé le tissu associatif qui habite ces mêmes territoires.
Le monde paysan est lui aussi en difficulté. L’association A4 œuvre à cerner ces difficultés et réfléchir aux bases depuis lesquels l’association et les paysans pourraient travailler ensemble. L’idée n’est pas simplement de venir « en aide à » mais de se tenir ensemble. La réalité est pourtant bien difficile à admettre : les structures paysannes peinent déjà à sortir un SMIC complet de leur exploitation. Faire le lien avec des organisations paysannes et ouvrir les fermes est aussi un moyen de les dynamiser et ne pas se laisser grappiller par l’agro-industrie et la monoculture intensive. La moitié du monde agricole va partir à la retraite dans les 10 prochaines années. Les terres existent, et si elles finissent par profiter à l’agro-industrie, les sols ne cesseront de s’épuiser et mettre en péril notre subsistance à long terme. Il se trouve aussi que des personnes qui viennent des pays du Sud ont des savoir-faire spécifiques, par exemple quand les sols s’assèchent et que l’eau devient moins abondante. La richesse du projet est ici : il n’y a pas des sachants et des non-sachants. Il y a des personnes qui ont différentes expériences et pratiques de l’agriculture.
Finalement, il s’agit de défaire le non-sens qui consiste à obliger les personnes sans papiers à ne rien faire du fait de leur « irrégularité ». Assignés à la ville ou confinés en CADA en milieu rural sans autre possibilité que celle d’attendre que l’État décide de leur sort, A4 offre des possibilités pour des personnes migrantes de se saisir de leurs existences sans attendre que les institutions décident ! Il ne faudrait pas oublier que les campagnes des pays du Sud sont dévitalisés du fait que des communautés sont dépossédés de leurs moyens de production par l’appropriation de leurs terres et par les effets de la dévastation écologique. Les flux migratoires alimentent ensuite l’économie des grandes villes européennes en profitant d’une main d’œuvre très bon marché. Il y a un véritable enjeu que les personnes soumises à ces dynamiques désertent, acquièrent de vrais savoir-faire, ou utilisent ceux qu’ils ont déjà, investissent les terres agricoles en France et puissent se préparer ou soutenir ceux et celles qui lutteront dans le Sud pour reprendre leurs terres.
Samedi 23 mai 2020, Antoine Gatet a reçu la visite de la gendarmerie chez lui. Elle voulait avoir son numéro de téléphone afin qu’un gendarme d’Égletons puisse l’appeler ! Parce que faire « Antoine Gatet, Sources et rivières » sur Google pour trouver en deux secondes son numéro était apparemment un peu difficile... Et qu’il était bien mieux de consacrer une heure un week-end pour se déplacer à son domicile personnel avec gilet pare-balle et fourgonnette, pour demander à ses voisins « où habite Monsieur Gatet ? » et récupérer son numéro de téléphone directement de sa bouche... Sans être capable de lui dire par ailleurs de quoi il s’agissait.
Deux jours plus tard, un gendarme d’Égletons l’appelle donc et l’informe du fait qu’une enquête préliminaire est en cours suite à un reportage de France 3 datant de janvier 2020 concernant les serres à tomates d’Égletons, reportage dans lequel Antoine Gatet dénonçait les conséquences environnementales du projet1. L’enquête est directement dirigée contre lui pour avoir pénétré sur une propriété privée sans autorisation ! Comme six mois auparavant, en juin 2019, des engins avaient brûlé sur le site2, il semble que les gendarmes aient fait un peu de zèle : après visionnage du reportage, la gendarmerie d’Égletons a produit une note à la procureure de Tulle, Madame Auboin, mentionnant la présence d’un écolo, les deux pieds sur le site, à la télé. Et la procureure a semble t-il considéré cela comme une information suffisamment grave pour prendre le temps de creuser la chose et a demandé une enquête préliminaire. Le gendarme a auditionné les propriétaires de la serre qui ne souhaitent pas porter plainte (même si on leur a bien dit qu’ils pouvaient le faire...) et ne « souhaitent pas de poursuites. » Il manquerait plus que ça, que ce soit les industriels de la tomate qui décident des poursuites contre les écolos qui dénoncent leur business destructeur des zones humides...
Antoine Gatet doit maintenant être auditionné pour ces faits. Comme il ne compte pas se déplacer à Égletons, ce qu’il a bien confirmé aux gendarmes, c’est la gendarmerie de chez lui, Nexon, qui va le convoquer. Il a réagi assez vivement à la fois à la présence de deux gendarmes chez lui un samedi, et au fait que la justice passe du temps sur ce genre de faits. Il a expliqué gentiment (mais fermement) au gendarme d’Égletons que ce genre de pratiques se multipliaient à l’encontre des militants pour la protection de l’environnement et que cela constituait une pression insupportable en même temps qu’inadmissible. « Nous souhaiterions, lui a-t-il dit, que la justice mette autant d’énergie à poursuivre les multiples infractions environnementales relevées tous les ans pour les atteintes à l’environnement. »
Sur le fond, tout cela n’ira pas loin. Même la gendarmerie en convient puisqu’elle ne demande l’audition de l’écologiste que comme témoin et non « mis en cause ». En effet, l’équipe de France 3 était sur le site avec l’autorisation des industriels propriétaires de la serre et l’interview s’est déroulée en dehors de l’espace clôturé. Même si elle a eu lieu sur un terrain privé, celui-ci était en lien et sans clôture avec des champs et la zone humide restante, et aucune mention « propriété privée défense d’entrée » n’était visible. Reste qu’il est inadmissible pour Antoine Gatet de se retrouver à devoir aller répondre à des questions auprès de ces gendarmes locaux qui risquent de ne retenir de cet épisode qu’une chose : « Gatet, c’est l’écolo de Saint-Priest qui a été mis en cause sur un dossier d’incendie volontaire en Corrèze, en lien avec les activistes du Plateau... » Que la procureure de Tulle mette la pression sur le porte-parole d’une association pour être apparu exactement 30 secondes sur un remblai de zone humide reste absolument inacceptable, mais révélateur de la manière dont toute contestation est aujourd’hui suspecte et contrecarrée.
Roger Bichard est né à Hérisson (Allier) en 1937, où ses parents se sont mariés en 1935. Son père, Octave Bichard, est né à Saint-Aubin-le-Monéal en 1896 dans une famille d'agriculteurs et il est puisatier. Son épouse, Louise Cognet, naît à Hérisson en 1908. Son père est entrepreneur de maçonnerie, elle est couturière.
C'est à Louroux-Bourbonnais, une petite commune rurale du Bourbonnais (aujourd'hui 230 habitants), que le couple s'établit, dans le hameau des Moullières où Octave acquiert une carrière créée en 1900 qu'il exploite comme artisan carrier-puisatier. Au pied de cette carrière, il construit au fil des ans une demeure atypique et hors du commun. Comme d'autres habitants de la commune et des environs, il est membre du parti communiste et sûrement militant, comme il le manifeste jusque dans la construction de sa maison. Celle-ci est entourée d'un muret en pierre qu'il surmonte d'une frise où il sculpte les emblèmes du marxisme-léninisme : la faucille et le marteau et l'étoile à cinq branches. Pour les habitants du village et pour ses clients, c'est le « petit Kremlin » ou « radio Moscou ». On est au cœur du Bourbonnais, ce territoire rural que le parti communiste a investi depuis 1925 jusqu'à aujourd'hui.
C'est dans ce cadre singulier que grandit Roger, entouré de l'affection de ses parents, diligence d'autant plus pressante qu'à sa naissance Roger est frappé par un grave handicap. Un bec-de-lièvre et un trou dans le palais le privent de moyen d'élocution et d'échange. L'attention prévenante et permanente de sa mère lui permet de cependant de prendre sa place dans la vie sociale du village. Il fréquentera un peu l'école mais, comme il est de constitution robuste, son père l'engage avec lui dans les travaux de sa carrière, dans ses activités de puisatier et sur divers chantiers sollicitant les engins mécaniques de la carrière.
Avec sa mère, Bibiche, tel était son surnom, fréquente aussi les très nombreuses manifestations communales : les innombrables fêtes, les meetings du parti, les voyages organisés par l'amicale laïque, etc. Lorsque son père prend sa retraite, il a le souci d'assurer la sécurité de Robert et fait toutes les démarches pour obtenir sa reconnaissance, en 1965, comme entrepreneur individuel et propriétaire du patrimoine de sa carrière de pierres ornementales pour la construction. Malgré son handicap, après la mort de son père, il sera fréquemment sollicité par les uns ou les autres pour divers dépannages avec les moyens de traction et de transport de son entreprise, des engins mécaniques qui le fascinent et qu'il manie avec compétence. En 1992, sa mère âgée est contrainte de trouver refuge à l'EHPAD de Cosne-d'Allier. Tributaire des dépendances de son infirmité, Roger est contraint de l'y rejoindre. Il bénéficie dans cet établissement d'un statut particulier, y contribue aux tâches quotidiennes et consacre le reste de son temps à ses talents de dessinateur. La directrice de l'établissement a su reconnaître cette aptitude artistique et l'incite à la développer en décorant le hall de la maison de retraite. C'est la seule reconnaissance publique de son exceptionnel talent.
L'année précédant son décès en 2006, François et Elisabeth Boissière, artistes parisiens, prennent possession de sa maison qu'ils lui ont achetée en 2005 sur un coup de cœur pour cette bâtisse hors du commun. Dans le désordre d'une propriété inhabitée depuis quinze ans, ils font la découverte exceptionnelle d'un nombre inimaginable de dessins rassemblés dans des « carnets de dessins Lavis » ou dans des cahiers ordinaires, voire sur des feuilles volantes, le tout entassé dans des coffres. Bon nombre d'entre eux sont datés et titrés, relatant quelque événement marquant de sa vie et de ses relations à partir d'un événement de la sociabilité villageoise à laquelle il a participé. Par l'étonnante qualité et précision de son dessin, il compense son infirmité et développe une stupéfiante capacité d'observation et de mémoire. Il y a les découvertes faites au cours des voyages organisés où, par exemple, il recopie des œuvres d'art d'un musée visité. Mais les plus intéressants relatent les différentes phases de l'exercice de son métier d'exploitant de carrière et ceux qui se rapportent à tel ou tel chantier pour lequel on sollicite ses moyens de traction et de transport, notamment chez ses voisins agriculteurs. Tant et si bien que l'on peut suivre à travers ses dessins les étapes de la mécanisation des travaux agricoles pendant les trente glorieuses.
L'engagement militant d'Octave et de sa famille au parti communiste se retrouve dans de nombreux dessins attestant du rôle prépondérant du parti communiste dans la sociabilité bourbonnaise. Cette trace aujourd'hui oubliée nous est rappelée dans un numéro des études Rurales paru en 2006 où Rose-Marie Lagrave, directrice d'études à l'école des hautes études en sciences sociales, avec une cohorte d'historiens, sociologues et économistes, a présenté ce qu'étaient « les petites Russies dans les campagnes françaises » durant le XXe siècle. Le département de l'Allier y tient une place importante en raison du croisement de courants socialistes, tant chez les paysans que dans le monde ouvrier, dès les dernières décennies du XIXe siècle. C'est émile Guillaumin, le paysan écrivain, qui apporta son talent et son expérience à la révolte des petits métayers contre les grands propriétaires fonciers. En 1923, à la naissance du parti socialiste départemental, les trois-quarts des militants étaient des paysans. Pour la classe ouvrière en 1880, la ville de Commentry est la première ville européenne gérée par les socialistes. En 1885, Jean Dormoy le maire de Montluçon, la seconde ville industrielle du Bourbonnais, crée la fête chômée du premier mai pour célébrer le travail ouvrier. Pour autant, la revue présente aussi les nombreuses formes de ce communisme rural dans de nombreux cantons des trois départements du Limousin, en Dordogne et dans quelques départements de l'arrière pays méditerranéen.
Un journal féministe et libertaire à prix libre » : c’est ainsi que se définit Casse-rôles, trimestriel né en 2017, qui veut faire bouger les codes. Dans les livres de lecture des enfants, les attributs du féminin et du masculin sont toujours les mêmes, aux femmes le tablier et la poussette, aux hommes l’attaché-case quand ils rentrent du travail, puis le fauteuil et les lunettes pour lire le journal…
« Papa lit et maman coud. » Contraception, IVG, violence, viol, mutilations sexuelles, harcèlement, parité, inégalités salariales, travail domestique, etc. : Casse-rôles se propose de dresser un état des lieux, de recenser ce qui se publie sur ces questions et de donner la parole à des femmes et des hommes anonymes qui résistent aux stéréotypes sexistes.
Objectif : rendre visibles les luttes des femmes, notamment les plus vulnérables ou marginalisées, mais aussi celles que nous pourrions qualifier de « remarquables » par leurs actions menant à améliorer la situation des femmes et des hommes. Casse-rôles se veut un journal de large diffusion et pour tout public.
L’équipe de départ se compose d’une dizaine de personnes, femmes et hommes, mais elle compte sur ses lectrices et lecteurs pour envoyer articles, idées et critiques, et aider à la diffusion – essentielle – pour que « Casse-rôles » ait un avenir…
IPNS : Pourquoi avoir ouvert ce squat sur le plateau Millevaches ?Notre démarche est de créer un réseau d’affiliations politiques au travers de la France entre militants libertaires et écologistes. Dans le cas précis de cette ouverture de squat, notre volonté était de créer un ancrage sur le plateau de Millevaches qui représente pour nous un terreau intéressant pour notre démarche politique tirée de notre expérience dans des ZAD (Zone à défendre) et que nous concevons en 3 pôles : un « pôle médiation » qui accompagne la transition des populations n’ayant pas eu l’opportunité d’être confrontées à cette culture militante, en visibilisant la finalité des deux suivants ; un « pôle insurrectionnel » objectant par les faits l’emprise des capitalismes sur l’espace et les ressources disponibles, visibilisant les vulnérabilités du système en vigueur pour laisser la place… au « pôle alternatif » se voulant innovateur, expérimental, à la recherche d’un modèle plus consciencieux de l’équilibre social et du vivant et selon nous particulièrement vigoureux sur le plateau (avec ses zones forestières et agricoles préservées, altitude, terreau militant, sauvegarde des traditions paysannes etc).
Pourquoi être passés par l’ouverture d’un nouveau squat alors que le plateau de Millevaches regorge de lieux d’accueil, d’alternatives et d’organisation ? Le fait d’être accueilli nous place dans un rapport délicat, on attend de nous une certaine conduite adaptée au lieu alors que nous cherchons une liberté, celle d’expérimenter nos propres règles de vie pour innover. Par ce fait, nous nous exposons à des échecs pouvant compromettre la relation et les attentes de la personne accueillante. En bref, l’accueil place dans un rapport de domination. Au-delà de l’accueil, nous pensons que le fait d’être propriétaire n’est pas souhaitable. La propriété crée une dépendance à la sécurité qu’elle procure et fait glisser vers un conservatisme. Nous ne voulons pas être bridés par ces contraintes pour expérimenter des mouvements révolutionnaires dont nous nous inspirons (notamment le mouvement libertaire durant la guerre civile espagnole, la commune de Paris) et qui prônent notamment la propriété d’usage, l’abolition de l’argent et la redistribution des ressources collectivisées en fonction des besoins des membres, et non en fonction de leur contribution.
Vous avez rendu public l’occupation de ce bâtiment au même moment que la fête de la Montagne limousine qui se déroulait dans la commune voisine de Felletin. Pouvez-vous éclaircir le lien entre l’ouverture de ce squat et la fête de la Montagne ?Cet été a été marqué par l’expulsion des dernières ZAD restantes en France, et s’inscrit dans un contexte d’amplification de la répression anti-squat. Beaucoup sont les militants jusqu’alors investis à plein temps dans ces lieux qui se retrouvent sans repères après l’expulsion. Dispersés, précaires, ils se retrouvent souvent isolés par manque de solutions de repli. Sur le plateau, malgré des perspectives intéressantes nous n’avons pas répertorié de lieu favorable à l’accueil inconditionnel, un cadre où la lutte pourrait proliférer selon nos convictions. Pour répondre à ce besoin nous avons décidé de créer ces conditions. La fête de la Montagne était un prétexte intéressant pour que ces gens venus de différents horizons puissent rencontrer les locaux et cerner le pouls politique de cette région et inversement. Nous n’avions aucun lien avec les organisateurs.Le choix d’occuper cette maison a été aussi vivement discuté : d’une part, on vous a reproché d’occuper une maison décrite par ses propriétaires, comme leur maison secondaire qu’ils occupaient régulièrement et donc non vacante. De l’autre, on vous a reproché un choix de cible manquant de finesse, sans prise en compte du contexte de la commune et de l’identité des propriétaires, incluant un ancien élu local.Cette personne a choisi de signifier que la maison était régulièrement occupée, ce qui est faux au vu des témoignages du voisinage n’ayant jamais vu une quelconque trace de passage au moins depuis 2006. De plus, d’autres éléments comme l’entretien de la maison (toiles d’araignées occultants les passages entres les portes, cadavres d’abeilles accumulées dans la cheminée indiquant sa non-utilisation etc) et des mesures anti-squats (volets condamnés, barbelés au fenêtre) nous permettent d’affirmer que les propriétaires ne résidaient plus régulièrement dans ce bâtiment. L’objectif sous-jacent à nos besoins de logement, c’est celui de s’attaquer à une élite méprisante qui n’hésite pas à orienter l’information pour se positionner en victime. Ils sont prêts à mentir éhontément à la population, aux forces de l’ordre et à la justice pour conserver un patrimoine dont ils n’ont nullement l’utilité, tandis que ce même patrimoine pourrait permettre de créer des dynamiques politiques et de loger des sans-abris. Nous ne venons pas réclamer la réquisition du logement, nous l’organisons.
Comprenez-vous le fait que certaines personnes aient été en désaccord avec votre méthode ? Certaines personnes ont regretté l’absence de concertation avec d’autres habitants pour la recherche d’un lieu adéquat, comme cela a été fait pour d’autres squats auparavant, et déplorent la fragilisation des relations tissées depuis plusieurs années avec des élus et d’autres habitants choqués par cette occupation ?Nous n’avons pas le même constat de l’urgence que ces personnes. Nous pensons que l’heure n’est plus à la sensibilisation des plus frileux, mais qu’il est temps de se montrer offensif contre ceux qui saccagent la planète. Notre combat n’est pas local, nous nous battons contre des institutions et des dynamiques sociales. On ne s’attaque pas à ce propriétaire, mais à ce qu’il représente : nous faisons de lui un exemple. Ses pairs sauront alors que l’impunité n’est plus, que la justice sociale peut sévir. Il y aura forcément des intérêts locaux et personnels qui iront à l’encontre de nos initiatives. Nous pensons qu’il est impossible d’obtenir le consentement général. La tendance c’est de critiquer les initiatives, qui comportent leurs lots d’erreur ; mais que fait-on de la censure, l’inaction et la demi-mesure, qui cause à mon gout bien plus de problématiques.
A la suite de votre avis d’expulsion et à votre départ, avez-vous commis des dégradations dans le bâtiment comme décrit dans certains médias ?Des fresques ont effectivement été peintes, par souci d’esthétisme, et sur un papier peint attaqué par la moisissure. Nous avons commencé à arracher les endroits critiques pour éviter la propagation. Par ailleurs on insiste beaucoup sur les dégradations superficielles mais rien n’a été signalé par rapport aux rénovations effectuées, le ménage, le rangement, l’entretien, les réparations, le débroussaillage… Concernant les dégradations, nous l’assumons comme une menace qui doit planer sur tous les propriétaires indignes qui laissent des logements vacants, favorisant alors la précarisation du logement et laissant alors mourir de froid les personnes de la rue. Les forces de l’ordre et leur drôle de transparence et les médias mainstream qui orientent l’information au profit de leurs propres propriétaires, manquent de crédibilité et cette affaire le démontre une fois encore. Nous tenons à rappeler que les dommages collatéraux occasionnés, restent anecdotiques face aux déboires du capitalisme que l’on cherche à endiguer.