La section creusoise de l’association « Les amies et amis de la Commune de Paris 1871 » a lancé l’idée de faire tisser une tapisserie pour honorer la participation des nombreux migrants maçons creusois à cette révolution sociale. Tissée par de jeunes lissières d’Aubusson organisées en collectif, elle sera réalisée avec des teintures naturelles à base de feuilles et d’écorces de châtaigniers. Un clin d’œil à ces migrants qu’on qualifiait de « mangeurs de châtaignes » lorsqu’ils traversaient à pied le Berry pour atteindre Paris. Le tissage nécessite 175 heures de travail et l’association lance une souscription pour réunir la somme de 11 000 euros, avec le livre d’art qui accompagnera l’œuvre.
Régis est un engrangeur. Ne cherchez ni le mot ni le métier sur Wikipédia, il n’existe pas ou pas encore. Régis a peut-être 80 ans, ou plus. Il a été paysan. Sélectionneur de vaches aussi. Il est de Meilhards, en Corrèze.
Les vaches, il les a toujours aimées. Des vaches grand format, mais aussi format de poche comme celle en fer qui lui sauva la vie lors de la Guerre d’Algérie parce que la balle tirée s’est fracassée sur le jouet au lieu de lui perforer le poumon ou le cœur ! Petite vache qu’il traînait partout avec lui depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, comme un gri-gri.
Régis est un collectionneur compulsif, maladif, il le dit lui-même, de tout ce qu’il peut trouver autour de lui dans le monde paysan, surtout des outils mais aussi des jouets. Au fil de la caméra, on s’attarde doucement sur cette caverne d’Ali-bric-à-brac. Cette soif de tout garder, de tout stocker, a envahi la grange, la maison, de la cave au grenier. Des boîtes, des étagères débordantes... Plusieurs centaines de serpes, mais pas une pareille. Et Régis cherche encore l’originale, celle que le forgeron aura frappée spécifiquement pour couper l’herbe verte. Car le forgeron, ce maître artisan qui joue avec le feu, indépendant, souvent anarchiste ou anticlérical, qui vous donne le soir les 22 clous que vous lui aviez demandés le matin, quand aujourd’hui, habitant de Meilhards, vous iriez à Chamberet ou à Tulle acheter 5 kg de pointes, ce forgeron donc, est un monsieur important, celui qui rythme, avec son marteau, la vie paysanne.
Dans son univers particulier, on croise régulièrement trois autres personnages. Son fils, Thierry, qui est devenu marchand d’objets, avec qui il entretient depuis des années une forte complicité. Le père « braconnier » d’objets, le fils chasseur de gros gibier. Mais Thierry se définit d’abord comme un marchand, alors que son père est un collectionneur. Le marchand fait circuler les objets, les répare, leur donne une deuxième vie, alors que le collectionneur entretient, mais surtout conserve. Merveilleuse séquence que celle où père et fils, dans une école ou une salle avec du public, exhument quantité d’objets étranges, un tout petit fusil pour tuer la taupe dans le tunnel, une pince à anguille, un trancheur de croûte de pain vieux, ou encore une pince à tuer les poules...
Le deuxième personnage, c’est le petit-fils, Geoffrey, jeune paysan passionné d’engins agricoles mais surtout de modèles réduits. Le virus se transmet. Geoffrey ne jette rien : tout se conserve et peut servir un jour. Car un paysan, ce n’est pas très riche, ça doit savoir tout faire, se débrouiller avec n’importe quoi. Alors, on ne jette rien.
Le troisième personnage, c’est le filleul, Stephen, qui se revendique d’abord comme agriculteur, avec son petit troupeau de vaches limousines et d’Aubrac et ses moutons. Un homme heureux qui considère que son vrai métier c’est de nourrir les gens et pas n’importe comment. Stephen dit à Régis qu’il lui est redevable d’avoir appris à regarder, observer et réfléchir.
N’oublions pas les deux amis de Régis qui, au fil du film, avec notre engrangeur comme directeur artistique, réalisent une installation d’art contemporain dans le jardin avec des serpes et des pics plantés dans la terre ou suspendus à des ficelles. Un clin d’œil à l’étonnante réalisation intergénérationnelle (les arrière-petits-enfants étant associés) d’une grande maquette naturaliste montée sur un plateau de remorque agricole où les jouets, figurines animales et humaines, charrettes, tracteurs et laboureurs en modèles réduits sont mis en scène avec terre et brins d’herbe, pour les labours et les récoltes. Ne manque que le petit train électrique ! Et un petit regret peut-être : c’est un film aux personnages presque exclusivement masculins.
Régis conserve tellement, qu’au crépuscule de sa vie, quand il revisite régulièrement son petit paradis d’objets, il s’émerveille de redécouvrir toutes ces choses qu’il avait complètement oubliées. « C’est sans fin » dit-il avec les yeux qui brillent. Une caméra qui chine, certes, mais en filigrane une agriculture paysanne traditionnelle, une histoire des choses passées qui ne manque pas d’interroger en creux notre monde rural contemporain. Stephen, quant à lui, revendique clairement une autre façon d’envisager l’élevage, la gestion du territoire, et tranquillement de dire qu’il est préférable d’avoir plus de voisins que plus d’hectares... Derrière le portrait posé et attachant d’un homme original, Régis l’engrangeur, sourd donc en arrière plan un regard sur notre monde rural.
Depuis douze ans, chaque année au mois de mai, la ville d'Ussel aiguise le regard des photographes. Elle se révèle, se métamorphose et s'inscrit dans l'époque grâce aux différentes visions qu'offre la subjectivité de l'objectif. Près de cinquante participants ajoutent chaque année leur pierre à cet édifice original aujourd'hui riche de plusieurs milliers de clichés : un document sans doute unique sur la vie d'une ville au sortir du millénaire.
Chaque année, les photographies sélectionnées par Baptiste Belcour sont exposées au musée d'Ussel. Pourquoi ne pas étendre cette manifestation à d'autres lieux de Haute-Corrèze ?
Du 12 au 20 juillet 2003a eu lieu à Viam une exposition de photos qui a pu se concrétiser grâce à quelques bénévoles qui ont travaillé à mettre en valeur les quelques 400 photos prêtées par la population des villages de la commune de Viam. Les photos étaient présentées par thèmes : le barrage, l'église, la guerre de 14-18, le commerce et l'artisanat, l'agriculture, l'habitat, les fêtes et la convivialité, le tourisme, la Poste, la Résistance, l'enfance, les mariages, les écoles, les figures et les personnages. En voici, pour IPNS, quelques clichés.
Cette exposition était bien celle des gens de Viam, des hommes et des femmes qui en ont été les acteurs. Ils sont venus très nombreux revivre et commenter métiers et évènements. Ils ont ainsi ravivé la mémoire de leurs villages avec les estivants et les visiteurs des communes voisines. Ils· se sont dit partants pour poursuivre l'aventure avec la réalisation d'un livre qui reprendrait les photos et les textes qui commentent cette période 1890-1970. Avec cette volonté des habitants et des originaires de la commune de retrouver et cultiver leurs racines, nul doute que l'on reparlera très prochainement de Viam. Merci à tous ceux et toutes celles qui ont œuvré pour cette exposition et aux 800 visiteurs.
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