On leur avait dit, moi le premier, que ce serait difficile de mobiliser du soutien pour sauver une plantation d'épicéas. C'est vrai que ces dernières années, les luttes locales se sont concentrées sur la sauvegarde des forêts de feuillus, probablement pour être mieux entendues par le grand public, les institutions et la filière, mais surtout parce que les forêts diversifiées se font de plus en plus rares et qu'on ne voudrait pas, un matin, se réveiller dans une sapinière géante.Mais après tout, la gestion par coupe rase n'est pas délétère qu'au moment de la destruction des feuillus : raser à blanc une vieille plantation d'épicéas ou de douglas génère également de l'érosion et un changement de milieu brutal dont le terrain mettra de longues années à se reconstituer.Quand l'abatteuse est arrivée aux abords de l'ancien centre de vacances EDF du Chammet, les ami.e.s fréquentant les lieux n'ont pu se résoudre à notre défaitisme. « On est pour les éclaircies ! » a-t-on pu entendre dans leur appel à la mobilisation, la veille de la coupe. C'est vrai qu'elle est belle cette parcelle, couverte d'épais tapis de mousse, bordée de pins sylvestre ; finalement la vie y a fait son chemin, dans ce bois, et il n'en tient qu'à ses gestionnaires d'en diversifier les arbres et les étages.
On ne saura jamais combien auront été sensibles à la cause de ces épicéas puisque les gendarmes en surnombre, ont bloqué toute arrivée des soutiens le matin. Une petite dizaine de personnes déjà présentes ou arrivées la veille étaient cependant là et ont décidé d'aller sur le chantier pour dialoguer et empêcher la coupe rase.Et le dialogue a eu lieu : l'entreprise s'est révélée ne pas plébisciter les coupes à blanc et s'est avérée nostalgique des boîtes forestières familiales qui respectent les forêts. La famille des bûcherons et bûcheronnes a également exprimé ses angoisses des incendies d'abatteuses qui mettent la filière sous pression.Au terme de ce dialogue avec l'entreprise, le propriétaire a accepté de renoncer à la coupe rase et de réaliser des éclaircies. Depuis, l'abatteuse travaille mais le carnage n'a pas eu lieu. La lumière traverse désormais la frondaison et la forêt va entrer dans un nouveau cycle de vie grâce aux trouées qui permettront à de jeunes arbres de pousser. Entre persévérance et coup de bol, cette fois, ça valait le coup.