Au sein du groupe, il en est un qui avait bien conscience de l'importance de la manière de vivre au quotidien : c'était Jean-Marie Maury, le futur Jan dau Melhau. Non pas qu'il ait mis un quelconque espoir dans la révolution, à laquelle il n'avait jamais cru, puisqu'il professait plutôt un individualisme anarchiste des plus radicaux, mais parce qu'il pensait qu'il fallait d'abord se transformer soi-même. Il aurait pu faire sienne la maxime d’Élisée Reclus, qui pourtant ne fut jamais un individualiste : « Je travaille à la sculpture du héros dont je rêve et qui est mon meilleur moi ».Soixante ans, plus tard, alors que les espoirs de révolution ne paraissent pas en passe de se concrétiser, malgré la nécessité de plus en plus criante de changements radicaux, Jan dau Melhau s'est vu consacrer un film, présenté au Lido à Limoges le 27 novembre 2025 : Jan, lou darrier dau MelhauŒuvre du réalisateur, Jean-Louis Cros, le film d'une durée de 52 minutes, rend compte des trois volets de l'activité de Jan : le musicien–chanteur, l'écrivain–poète, et l’éditeur.
La musique est le premier domaine qui a fait connaître Jan dau Melhau : les chants occitans, de « Las du Roïer », les duos avec Combi, le bluesman occitan, les accompagnements musicaux avec la vieille et ou d'autres instruments anciens ont alimenté sa notoriété en Limousin, et au-delà dans tous les pays de langue occitane. L’œuvre écrite rassemble beaucoup de titres et de genres divers, contes, romans, textes polémiques, poèmes… Les textes sont la plupart du temps en occitan, avec traduction en français. Comme exemple de la production de Jan, nous citerons, pour la qualité de l'écriture et la vigueur de l'argumentation, la « Letra au darrier pagan dau Lemosin si non es desja mort » (Lettre au dernier paysan du Limousin s’il n’est pas déjà mort), imprimé sur les presses, des Éditions Plein champ, en Charente. Enfin, les éditions dau Chamin de Sent Jaume représentent un énorme travail, quantitativement et qualitativement. Les œuvres de Marcelle Delpastre y occupent une place privilégiée, mais en plus de Jan dau Melhau lui-même, de nombreux autres auteurs, figurent au catalogue : PL, Grenier, Jean-Jacques Rolet, Cécile Chadeuil, Jacques Chauvin, Jean-Marc Siméonin.
Le film est très éclairant sur les trois axes de l'activité créative de Jan dau Melhau, mais il illustre aussi ce qui est essentiel pour lui : la cohérence entre sa critique de la société techno-industrielle et sa vie de tous les jours. Qu'on le voie en train de débroussailler à la faux, d’épointer à la hache (avec une dextérité remarquable) des piquets de châtaignier, ou de soigner son jardin tiré au cordeau, on comprend que tous ces gestes ont été pensés pour éviter l'utilisation de machines énergivores et polluantes. Une séquence du film lui donne l'occasion d'exalter l'outil traditionnel (couteau, faux, hache, fourche, etc.), produit d’un savoir-faire, local et ancestral, ne nécessitant pas d'autre énergie que celle de l'humain (l’énergie métabolique dont parle Ivan Illich) et adapté au plus près des besoins de chacun.Le réalisateur, Jean-Louis Cros, a su se faire discret en mettant sa caméra au service de ce que Jan dau Melhau souhaite transmettre : « Avec mon complice de toujours à la caméra, nous avons filmé sans fioritures, sans artifices, essayant juste de capter, comprendre, immortaliser la parole de ceux du Melhau.Cela donne un film qui pourra alimenter nombre de réflexions et de débats.