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Au château de Toulondit d’Eymoutiers, la solidarité se joue à table

Date
lundi 1 décembre 2025 15:06
Numéro de journal
93
Auteur(s)
Michel Rouault
Visite(s)
49 visite(s)

Construit au XIXe siècle sur un promontoire auquel mène le Chemin du Buchou, le château de Toulondit se distingue par sa façade de style néo-classique, le sequoïa de son parc et un panorama sur la vallée de la Vienne. Ses murs accueillent un nouveau projet multipartenarial axé sur l’alimentation, dans toutes ses composantes.

 

toulondit2

 

La mairie en soutien au projet

À la recherche d’un nouveau gérant depuis 2020, la municipalité, propriétaire des lieux, avait dessiné un profil de candidature à l’hôtel restaurant qu’il était devenu : « Nous souhaiterions pouvoir trouver des personnalités qui comprennent notre territoire et nos attentes : une authenticité, une envie de recevoir, une restauration locale, un circuit court dans la mesure du possible avec une offre d’hébergement accueillante, confortable, dans une démarche éco-responsable. »
De quoi susciter la naissance, puis l’éclosion, d’une démarche associative qui se reconnaît dans ces valeurs. C’est ainsi que l’association Toulondit a vu le jour le 4 mai 2025, sous la forme juridique d’une association déclarée selon la loi de 1901. Son domaine d’activité embrasse d’autres organisations fonctionnant par adhésion volontaire. Elle ne possédait alors pas de salariés. Son objectif, sur fond de préservation du patrimoine, est de faire revivre le site du château de Toulondit et ses abords en un lieu d’hospitalité et de partage.
Concrètement, l’ampleur de la tâche peut se mesurer à l’aune des dimensions de l’établissement. Nous avons marché dans les pas de Juliette Lapeyre pour le parcourir. Composé de quatre étages, l’édifice possède au rez-de-chaussée une salle de restaurant de 100 m², deux salles de réception et une cuisine professionnelle équipée. Le premier étage est occupé par les bureaux partagés de la Cocotière, espace de travail partagé pour sept travailleurs indépendants, s'y ajoutent une salle de réunion et une autre de pause. Quant aux deux étages supérieurs, ils sont occupés par des chambres destinées à l’hébergement de groupes.

 

L’association Toulondit redonne vie au château

« Depuis le mois de juillet, nous nous sommes attaqués à un grand chantier de déblaiement du mobilier resté jusque-là en place, ainsi qu’au nettoyage et aux travaux de peinture, précise Doriane Albert. Et on a pris nos marques… Ainsi, l’association de bureaux partagés, anciennement installée au 24 avenue de la Paix, a déjà emménagé et redonné un peu de vie à ce bâtiment resté vide si longtemps. Elle sera bientôt rejointe par La Fumaison, le laboratoire de poisson fumé de Guillaume Codet, et les Restos du Cœur y poursuivent leurs activités déjà en place. De son côté, l’équipe cuisine a affiné son projet pour une ouverture du restaurant les midis en semaine. Enfin, nous avons mijoté nos tout premiers rendez-vous publics. »
Le tout en perspective du point d’orgue, jour de l’inauguration, qui a eu lieu le 4 octobre 2025. Laissons la parole aux membres du conseil d’administration de l’association qui ont prononcé le discours inaugural, écrit par Marthe et Doriane, à raison d’un paragraphe chacune : « Ici, il y a des pages de la grande Histoire qui se sont écrites lors de la Seconde Guerre Mondiale, mais ce lieu est aussi animé par toutes les petites histoires, les souvenirs que les uns, les unes, les autres ont ici. Elles circulent, elles vont et viennent. On est dans un pays d’agriculture et nos rêves pour ce lieu sont d’y inscrire une dynamique autour des questions alimentaires, de production, de consommation, d’entraide…

Au départ, nous trouvons Guillaume, qui a besoin de refaire son atelier de fumaison et souhaite partager des projets de cuisine avec d’autres. Il rencontre Cédric qui sent tout de suite qu’il y a quelque chose à faire à Eymoutiers. Ils contactent Doriane, Azam, Jean-Baptiste qui ont aussi dans leurs valises des envies de faire de la cuisine un espace de partage.
On cherche un lieu, on veut être à Eymoutiers au centre-ville, mais on ne peut pas acheter, on ne peut pas faire de travaux. Il y a bien ce château là-haut… Azam nous en parle et reparle, on se dit quand même c’est bien trop gros ! Oui, mais c’est aux normes, ça offre une vraie possibilité de mutualisation de la cuisine. Et puis il y a cette salle… qui semble être à la bonne taille pour les concerts, les ateliers, les expos…
En outre, de fil en aiguille, la mairie nous ouvre les portes. À ce moment-là, peu à peu, les uns, les unes et les autres viennent apporter leur grain de sel. Rien ne se serait fait sans la Cocotière, avec Elise, Franck, Clément, Pierrick, Damien… Puis c’est Anita qui, avec le soutien de Pierre, jette les bases d’une cuisine du quotidien à Toulondit. Quelle aubaine ! Une cuisine de saison, de qualité, avec l’expérience d’un restaurateur et celle de l’organisme de formation Reliefs (voir IPNS n°92), qui ancre dans le réel nos fantasmes d’ateliers et de formation en cuisine, ni sans l’ADM et le Planning familial qui ont croisé notre chemin et avec lesquels on imagine qu’il sera possible… d’imaginer des choses. Ni sans les regards extérieurs ou encore l’expérience de personnes qui suivent le projet Toulondit depuis le début. Même s’ils ne bénéficient pas directement du lieu, leur regard nous est précieux : Clément qui apporte le fromage et des tableaux financiers ; Juliette qui apporte des vis, du zinc, des fiches de postes et bien plus encore ; Marthe, la peinture pour le chantier et des alertes de surmenage ; Franck et sa connaissance du domaine associatif ; sans oublier celles et ceux, une dizaine environ, qui se sont investis pour aider le lieu à faire peau neuve et sont venus souffler de leur temps et de leurs compétences. »

 

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Une véritable démocratie alimentaire

L’histoire du château de Toulondit en dit long sur le temps qui passe, un temps qui vient de s’ancrer dans une phase sociale et solidaire et se veut un socle de la Sécurité sociale de l’alimentation (SSA) : inspirée du modèle de la Sécurité sociale de 1945, elle a pour but de faire de l’alimentation un droit universel garanti par la solidarité via le financement par une cotisation sociale, à laquelle chacun contribuerait selon ses moyens. Elle donnerait à tous un budget mensuel pour s’approvisionner auprès d’acteurs agréés selon des critères qualitatifs décidés collectivement. Une véritable démocratie alimentaire.
Pour Doriane Albert, artiste culinaire, « l’association Toulondit porte une dynamique sur les questions alimentaires. Elle se veut, dans ce domaine, un laboratoire artistique et social. L’alimentation touche tout le monde et tous les sujets, y compris le politique, et c’est un marqueur social très fort. »
Afin de faciliter son envol lors des deux prochaines années, le projet Toulondit a bénéficié d’une subvention de l’Europe et de la Région à hauteur de 20 000 euros qui permet de salarier les premières personnes en attendant que l’activité soit suffisamment rentable, d’une aide et du soutien de LIESS, incubateur d’économie sociale et solidaire, d’un prêt de France Active à taux zéro d’un montant de 15 000 euros, et de prêts individuels à hauteur de 10 000 euros. Enfin, un point sera fait en janvier 2026. Sachant que le loyer versé à la mairie s’élève à 1000 euros par mois et que les charges sont estimées à 2000 euros mensuels.

 

Michel Rouault
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