Dans des numéros précédents d’IPNS, nous avions salué des aménagements réussis de sites, tels que le sentier de rives du lac de Vassivière, le site d’Augerolles ou le sentier d’interprétation du Puy de la Croix. Mais l’aménagement du site de la cascade des Jarrauds laisse plus d’une personne déçue. 

 

entree cascadeAprès des décennies de complète indifférence de la commune de St Martin-Château face au 21 000 visiteurs par an fréquentant le site de la cascade des Jarrauds (chiffre de la communauté de communes lors d’une enquête en 2006), parking non aménagé, aucun entretien du chemin d’accès, absence de signalétique, aucune information pour le public, la commune a fini par se débarrasser de ce site en 2005. Comme d’habitude à chaque difficulté on transfère les compétences à la communauté de communes, comme le pont de Verrières, par exemple.
“La Communauté de communes a engagé depuis 2005 une démarche auprès des propriétaires privés et autres partenaires du projet pour améliorer l’accueil du public et la valorisation du site. (…) Les travaux prévus consistent en la réorganisation de l’espace de stationnement, d’accueil du public et de pique-nique, la restauration du cheminement, la réalisation de petits aménagements paysagers, le nettoyage sélectif de la végétation, le remplacement et la création de passerelles et d’emmarchements, l’aménagement de deux petits belvédères et enfin à la réactualisation de la signalétique. Ces aménagements visent à offrir au public un accueil structuré, intégré dans le paysage, un accès facilité et sécurisé ainsi qu’une information sur l’intérêt patrimonial du site.“
C’est beau sur le papier, mais raté dans la réalité ! 125 000 € pour gâcher un paysage c’est fort ! Et ça commence mal, le panneau du parking indique la cascade des Jarrauds à l’envers… De quoi perdre quelques touristes ! Puis la surface du parking a été réduite de moitié ! (“S’il y a moins de place, il y aura moins de monde“ dixit un élu de la com-com !). Sans oublier ces inévitables poubelles exhibées comme symbole d’un aménagement réussi. Mais le désastre ne s’arrête pas là. La suite prend l’allure d’un camp retranché. Pourquoi grillager un site qui n’a jamais posé problème ? Ou s’il fallait vraiment une protection pourquoi ne pas utiliser le bois ? Quand à l’argument “site industriel – structure industrielle“, c’est un peu léger pour justifier une dégradation du paysage ! Même si quelques personnes sont satisfaites de l’aménagement (quelques touristes ne connaissant pas le site) on peut dégager deux tendances claires : ceux qui connaissent le site et qui trouvent lamentable la sécurisation à outrance et la réduction du site, et ceux tout nouveaux qui sont très étonnés que ce site se visite en 10 minutes.
Alors qu’elles sont les raisons des différences de traitement entre le site des cascades d’Augerolles et la cascade des Jarrauds ?
 
Michel Bernard

 

La cascade des Jarrauds est inscrite depuis 1939 au titre de la loi de 1930 pour sa beauté paysagère. 
Pour remplacer les lampes à “huile de roche“, Bourganeuf a fait appel à l’ingénieur électricien Ernest Lamy pour installer l’éclairage public en 1886. Pour ce faire, il a installé une dynamo sur l’usine de la Grand’Eau afin de créer de l’électricité à partir de la force hydraulique du ruisseau du Verger, mais ce cours d’eau ne permettait pas une alimentation continue en électricité. C’est alors que L’ingénieur Deprez a proposé d’utiliser la cascade des Jarrauds pour alimenter en électricité Bourganeuf. Il dirigea les travaux entre juillet 1888 et avril 1889. Bourganeuf devint alors une des premières villes d’Europe à recevoir l’électricité en courant continu à partir d’un lieu de production éloigné. Pour couronner cette prouesse technique, le premier téléphone de la région reliait les installations de la cascade à Bourganeuf.

cascade avantcascade apres


Souvenez-vous de la passerelle de Vassivière !
Les barrières métalliques sécurisant l’accès à la cascade des Jarrauds rappellent une autre passerelle “sécurisée“ : celle qui mène à l’île de Vassivière (Voir IPNS n° 5 et 6). La “cage à Denanot“, du nom du président du Lac de Vassivière de l’époque, visait à éviter des incidents, nombreux au dire du président... dont pourtant aucun n’était parvenu à notre connaissance ! L’encagement de la passerelle, outre qu’il répondait surtout à un risque fantasmé, n’avait par ailleurs rien d’esthétique. Devant la réaction négative d’un habitant de Peyrat-le-Château qui lui avait écrit, Jean-Paul Denanot avait d’ailleurs reconnu lui-même que le résultat n’était guère brillant, mais qu’il n’était que provisoire : “Sachez toutefois que cet état de fait n’est que temporaire, puisque nous avons proposé à la Commission des sites, et en partenariat avec le Centre d’art et du paysage de Vassivière (intervenant comme conseil) de mandater un architecte de renom afin de proposer une solution durable et esthétique à la mise aux normes de la passerelle d’accès à l’île.“ Voilà donc du “provisoire“ qui dure et un “architecte de renom“ fantomatique, car ces lignes datent de... 2003 !