Vassivière*

  • 1949, Barrage de Vassivière

    Les évènements m’ont conduit à 60 kilomètres de Limoges en pleine montagne, aux limites de la Creuse, de la Haute-Vienne et de la Corrèze. Un manœuvre espagnol que j’aimais beaucoup m’avait dit : “Viens à Treignac ou à Peyrat, les barrages embauchent des mineurs”.

     

    barrage de vassiviere 1950 2

     

    Peyrat-le-Château : petit bourg de montagne, lieu de vacances des parisiens, lieu sauvage charmant. C’est là que je devais apprendre ce qu’est un barrage, ce qu’est un mineur boiseur dans une galerie, ce qu’est une masse de 2000 hommes de dix nationalités différentes qui n’ont jamais vécu plus de cinq ans à la même place, qui n’ont lié leur destin à aucun territoire. Les sans-patrie, les déracinés, ceux dont parlent les chansons de mon enfance : “Errant sans feux ni lieux”.

    J’écris de la baraque où nous logeons. Des camarades viennent me parler en italien, en espagnol. Un français lit le journal. Un algérien vient passer sa tête dans l’embrasure de la porte, il me sourit, puis va laver son linge à la salle des lavabos. Ces pages seront sans suite, sans précision. Elles reflèteront la fatigue nerveuse qui suit les heures d’attention dans les galeries obscures. Le témoin de ces hommes est un pauvre témoin, sans valeur et sans titre, si je ne parle pas, personne d’entre eux ne parlera et le drame de ces existences n’a pas le droit de rester dans l’ombre.

     

    “… si je ne parle pas, personne d’entre eux ne parlera et le drame de ces existences n’a pas le droit de rester dans l’ombre”.

     

    Dans cette région montagneuse qui regroupe les divers pays de Peyrat, Royère, Faux la Montagne, différents chantiers distants de 2, 7, 13 et 17 kilomètres sont disséminés soit à flanc de montagne, soit au flanc de quelques vallée. Les eaux captées proviennent de différentes rivières : La Maulde, arrêtée à Vassivière, le Taurion capté près de Royère, la Vienne captée près de Faux la Montagne. Ces adductions se font sous la montagne par galeries.

     

    Le Puits n°1 et la galerie

    C’est là que je travaille. J’en connais tous les virages. Je connais le bruit de ses compresseurs à la surface, le déclenchement des chargeurs pour les batteries des tracteurs électriques, la démarche des forgerons italiens, les courbes des rails qui sinuent jusqu’à la décharge dans une vallée voisine, les tracteurs au gasoil, les monceaux de ferrailles, de tuyaux d’air, de traverses de rails, ses réservoirs d’eau, sa baraque-bureau, sa baraque à poudre et, au centre le monte-charge, où sans arrêt, 24 heures sur 24, les deux cabines montent les wagons pleins et descendent les wagons vides.

    Affecté quelques jours en surface comme conducteur de tracteur, puis graisseur de wagon, puis forgeron, je fus, après un mois, envoyé en galerie, comme conducteur de tracteur électrique.

    C’était en plein été, un soleil dur, j’ai connu le travail en galerie, la fraîcheur du tunnel, les semi-obscurités, l’eau qui tombe de la voûte avec les flaques qui cachent les rails, les trous où l’on trébuche, le vrombissement pénible de la ventilation et le bruit assourdissant des marteaux piqueurs.

    Vie mouvementée, d’attention constante où l’on essuie les gueulantes de tous : chefs mineurs, chefs de poste, pellistes, agents de monte-charge, maçons, boiseurs, etc… Il faut sans cesse du calme et de la gentillesse parce que le moindre mauvais esprit pourrait provoquer l’embouteillage complet dans la galerie. Le régime normal des hommes du barrage est celui-ci : les 3/8, trois postes de 8 heures d’un travail qui n’arrête jamais.

    Le visage un peu rude de ce travail nous est exprimé par cette montagne qui est illuminée toute la nuit de ses projecteurs. A 5 km de Peyrat, la route qui descend laisse entrevoir les montagnes. Les feux des camions balaient les cimes rocheuses. Il est 10 heures du soir. Au loin, les machines tournent, la dynamite saute, les algériens chantent dans les camions ; la vie de nuit commence par-delà ces villages qui s’endorment ; enfouis au sein des galeries, jusqu’à 6 heures du matin, engourdis de froid et de fatigue, les hommes s’accrocheront à l’œuvre. Ils travailleront toute la nuit et dormiront le jour, le sommeil agité par le bruit de la baraque, le froid qui envahit, le maigre soleil qui rappelle à chaque instant qu’on ne peut pas dormir pour de bon et que les hommes ont inventé ce rythme qui ne respecte pas le rythme biologique du soleil et de la nuit, du repos nocturne avec son immense calme, et l’indispensable lumière diurne pour la réfection du tissu humain.

    J’ai connu des jours où je ne savais plus où j’en étais, matin ou soir ! L’estomac lui-même se révolte. La machine humaine grince. Elle est moins docile que les mécaniques ou les engins de la mine.

     

    Les baraques

    Je les ai vues l’été. Je les ai vues aussi l’hiver. Sous le soleil et sous la neige et sous la pluie, avec leur abord poussiéreux ou boueux, dans un site splendide, à flanc de montagne, à quelques centaines de mètres du pays de Peyrat. C’était toujours dans un climat bruyant, aux accents de plusieurs postes de radio diffusant chants et nouvelles en langues diverses, avec des cris, des odeurs diverses d’oignons frits et d’urine, des casseroles qui se brandissaient à l’embrasure d’une porte pour jeter au sol leur contenu dans le couloir central. Des épluchures qui volent en travers du passage et tombent deux mètres avant la poubelle destinée à les recevoir. Enfin, tout le drame quotidien du désordre de l’homme seul, multiplié par 80 par baraque, avec l’inconscience, la crasse, le bruit avec les rentrées tardives des uns et des autres ; ces lumières qui ne marchent pas quand on en a besoin et qui ne peuvent pas s’éteindre quand on a sommeil. Avec les chants des Nord-Africains ou la radio d’Andorre en passant par les déclamations italiennes et l’odeur d’essence de quelques vélomoteurs égarés entre deux plumards.

    Bien que les baraques soient divisées en petites chambres de 6 ou 7, le climat à la longue pèse. Il est des scènes quotidiennes qui sont fatigantes ; vous travaillez de 2 heures à 10 heures. Vous rentrez à 11h30 en réveillant le copain qui, pour se lever à 4h30, s’est couché à 9h. A minuit vous êtes dans le lit, la lumière s’éteint. Il fait trop chaud l’été et froid l’hiver. Le sommeil est pénible, les lits durs et grinçants. 4h30 : réveil, bruit, lumière ; les copains se relèvent. A 5h30, ils sont partis. Lumière qui s’éteint. Mais à 7h30, les autres rentrent de leur nuit et cassent la croûte bruyamment ; ils se couchent en mettant la TSF. On cherche le sommeil jusqu’à 9h. Là, on se lève en faisant du bruit et en empêchant de dormir ceux qui ont travaillé la nuit et essaient de dormir. Je vous garantis, après six mois de ce manège, ou d’être tombé fou, ou de vous endormir n’importe où et dans n’importe quelle circonstance. Mais je vous mets au défi de conserver une quelconque vie de l’intelligence, de lire ou d’écrire.

    Et cependant, nostalgie de cette concentration qui rendait si vrais nos rapports, où les lettres se passent, où le moindre sentiment devient collectif, où le fromage se partage, et le vin et le savon et le carbure des lampes.

     

    A quoi penses-tu mon frère italien, et toi, nord-africain, et toi, polonais, espagnol, français, portugais ? Aux clartés éblouissantes de la ville, aux fééries lumineuses des bars, des places, des cinémas ; mon frère mineur, oublie cela qui n’est pas pour toi, pas plus que n’est pour toi ta famille, ou ton amie, ou ton pays, ou ton passé, ou tes espérances…

    Pour toi, c’est la grille de la cage de l’ascenseur qui se ferme avec le carbure, avec les bottes glissantes, avec tes 8 heures tirées dans le trou.

     

    Ce témoignage est extrait du journal écrit en 1949 par Francis Vico, à l’époque prêtre ouvrier de 28 ans, décédé en 1990.
  • Alain Carof, un maître es-humanité

    alain carof portrait 2Nous avons eu la grande tristesse de perdre un ami très cher. Alain Carof comptait dans notre Montagne-Plateau, et bien au-delà. Il était un des fondateurs d’IPNS, où ses écrits étaient appréciés et faisaient autorité. On peut les retrouver sur notre site internet, ainsi que son visage et sa voix sur le documentaire réalisé par Télé Millevaches1.

     

    Un esprit d’équipe remarquable

    Pour nous, Alain Carof était beaucoup plus qu’un auteur fidèle et régulier. Ses avis étaient recherchés, ses propositions écoutées. Il est venu à nos réunions mensuelles jusqu’au bout, apportant comme toujours un regard amical et pertinent, dans le plus grand respect des autres. Et il nous présentait souvent des trouvailles : un bouquin, un sujet, un auteur. Je souhaite ici mettre en avant trois aspects de son œuvre, un mot qu’il n’aurait pas aimé, et pourtant œuvre il y a. Avec un esprit d’équipe sans faille, il était partant pour toutes les aventures intellectuelles, presque toujours dans le cadre d’associations qui lui doivent énormément. Celles, nombreuses, où il œuvra, celles où il sut s’intégrer à des recherches collectives : Les Maçons de la Creuse, Rencontre des Historiens Limousins (RHL), Société des Sciences Naturelles Archéologiques et Historiques de la Creuse (SSNAH)… et IPNS évidemment. 

     

    Livre Carof inventaire au pays de VassiviereUn fin connaisseur de notre espace limousin

    Vous remarquerez que tout ceci tourne beaucoup autour de la Creuse, dont il avait fait sa terre d’élection – au sens de terre d’accueil. Mais en réalité, Alain était un citoyen du monde, et ses horizons étaient vastes, des horizons sans frontières, un « no-border » avant la lettre. Parcourez ses nombreux articles publiés dans IPNS, et vous en aurez un aperçu. Parmi ses travaux remarquables, il en est un qui restera une référence : Inventaires au pays de Vassivière, 2012 (SSNAHC)2. Dans ce livre de 76 pages, on peut prendre toute la mesure des centres d’intérêt et des compétences de l’auteur. Il s’agit d’une version développée de « Vassivière, l’invention d’un paysage » (PULIM, 2010)3. Ce volume des « Études creusoises » n’a aucune prétention à être la mémoire de Vassivière, il ne visait pas plus à l’exhaustivité. Et pourtant, pour connaître l’avant du barrage, sa chronologie, l’organisation collective autour du lac, ses panoramas naturels et humains, les enjeux d’aujourd’hui, personne n’a fait plus et mieux. Y a-t-il un lien entre les maçons migrants et le château de l’île ? Noms de lieux et de personnes se recoupent-ils ? Quel est cet étrange village à la renommée désormais internationale ? Du village au château, puis au lac donc à l’île, tout est dit.

     

    Un maître es-humanité

    En Limousin depuis des décennies, Alain Carof a été un sociologue de référence, enseignant universitaire, grand historien, féru de sciences politiques, ethnologue, observateur de l’aménagement. Parmi ces grands penseurs qui avaient toutes les compétences, il me fait penser à un de ses maîtres à l’EHESS, Claude Lévi-Strauss. Alain était de ceux qui croisent les différentes sciences humaines et naturelles, qui étudient l’être humain sous toutes ses facettes. L’humanité : voilà son sujet essentiel. C’est pourquoi, bien que né en Bretagne, il connaissait tout ce que notre pays doit à la mémoire des fameux maçons de la Creuse (et un peu au-delà). Il nous a ainsi livré des pages remarquables sur un compagnon de Martin Nadaud, Antoine Cohadon4. Au contraire de nombreux néos, d’hier comme d’aujourd’hui, il a su comprendre et souligner tout ce qu’il y avait d’important avant lui et avait montré son goût à parler des autres, des Turcs par exemple, nombreux en Creuse dès les années 1970 (revue Hommes et migrations, 1994), aussi dans les nombreuses notes de lectures offertes à la revue Études Rurales ou à la Revue Française de Sociologie, et bien sûr à son cher IPNS.

     

    Un historien des techniques 

    Alain n’était pas omniscient, mais presque. Cette remarque le ferait bondir, mais sa curiosité, la variété et la richesse de ses travaux en témoignent. À titre plus personnel, nous nous rejoignions dans le goût pour l’histoire. Certes, l’histoire sociale, les mœurs et les mentalités, le passionnaient. Mais le plus remarquable à mes yeux est cette attirance pour l’histoire des techniques industrielles. On lui doit, entre autres, une histoire de la taille du diamant à Felletin (IPNS, 2009), son apport à une histoire de l’école des métiers du bâtiment du même lieu [5], la conception d’une exposition « Énergie et bâtisseurs » des moulins sur la Creuse au barrage des Combes, et encore plus récemment, en 2015, « Les rives de la Creuse, couloir d’innovation et de mobilité dans les métiers du tapis et de la tapisserie »6. Si je n’ai jamais bien compris l’origine de cette attirance, je crois avoir une petite idée. De l’énergie aux plus nobles productions, il me semble que c’est le trait d’union étroit entre homme et nature qui est valorisé. Le premier respectueux de la seconde, en somme une harmonie, qu’Alain aimait, et qui n’existe plus tout à fait. 

    Voici terminé ce rapide panorama, pour moi très émouvant. Alain nous manquera énormément, mais il aura laissé des traces indélébiles. Au revoir vieux frère.

     

    Michel Patinaud

    1 https://www.journal-ipns.org: taper articles, puis auteurs et « présentation » pour le film (: https://www.dailymotion.com/video/xbd0uu
    2 Inventaires au pays de Vassivière, collection « Études creusoises », SSNAHC, 2012.
    3 « Vassivière : l’invention d’un paysage », est paru dans Paysages et environnement en Limousin : De l’Antiquité à nos jours, Rencontres des historiens du Limousin, éditions PULIM, 2010.
    4 « Antoine Cohadon (1823-1910), militant coopérateur », SSNAH, 2011 et IPNS n° 36 (2011).
    5 « Écoles de bâtisseurs : Felletin 1911-2011», collectif, Les Maçons de la Creuse, 2011.
    6 Dans Une histoire des circulations en Limousin : Hommes, idées et marchandises en mouvement de la Préhistoire à nos jours, collectif, RHL, 2015.
  • Brève n°76 - 09/2021

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  • Brève n°89 - 12/2024

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  • Carte blanche à Loren Gautier : Fantasmagories à Vassivière

    fantasmagorie carree 3Vous avez peut-être remarqué ces curieuses cartes postales qui détonnent tant dans les présentoirs autour de Vassivière... Leur créatrice, l’artiste photographe Loren Gautier, qui a exposé cet été à Royère-de-Vassivière, nous raconte ici comment elle a conçu ce travail qui donne tant envie d’envoyer à nouveau des cartes.

     

    Les cartes postales sont apparues dans la foulée de l’invention de la photographie. Une collection de cartes postales d’un village, c’est plus d’un siècle d’images de l’endroit ! M. Couegnat, de Vauveix, a consacré la sienne à Royère-de-Vassivière. Cette archive est le terrain de jeu visuel de ma rencontre avec le territoire où je vis depuis six ans. L’idée de faire des images spécifiquement pour cartes postales m’est venue très rapidement. En tant que photographe, le tourisme m’intéresse beaucoup : l’image est un support majeur de l’affaire ! J’ai apprécié l’idée de recycler des cartes déjà existantes. Ca permet de montrer la profondeur temporelle des lieux plutôt que de refaire sans cesse les mêmes vues.
    Comment c’était, avant que Vassivière soit « la mer à la montagne » ? Et la mer, c’est le lac, et la montagne, les résineux ? La collection témoigne des temps où ni les uns ni les autres n’existaient.
    D’ailleurs, Vassivière ce n’est pas un pays, c’est surtout une construction... Comme la modernité a généré des ruptures dans le paysage, j’ai eu envie de construire un paysage local où différentes époques se regardent. Le photomontage me permet de créer des constructions surréalistes, mais la force de l’archive persiste : Il y a quelque chose du territoire qui passe.
    J’aime imaginer des rencontres anachroniques. Que penseraient tous ces gens du passé, ramenés à la vie pendant la saison touristique ? Assez vite le mot « fantasmagorie » m’est venu à l’esprit. Au XVIIIe siècle, ça désigne « l’art de faire parler les fantômes en public ». C’est un jeu de projection sur des écrans mobiles. Les séances de « fantasmagories » étaient parfois l’occasion de rencontrer les morts, une idée qui m’anime quand je détoure un visage. Les fantasmagories relèvent du fantasme dont procède également l’imagerie touristique.
    J’ai le plaisir de diffuser localement mes cartes postales à Royère-de-Vassivière (restaurant l’Atelier), Faux-la-Montagne (épicerie Morel), Saint-Martin-Château (Auberge de la cascade), au CIAP sur l’île de Vassivière et à Tarnac (au Magasin Général), été comme hiver. N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez diffuser ces cartes postales dans votre boutique ou pour me partager vos cartes postales anciennes des alentours de Vassivière.

     

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    Loren Gautier
    06 60 51 53 69
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  • Hydravion à Vassivière ça décolle et ça déconne

    hydravionTourisme doux, responsable et écologique... Nature préservée et reposante... Venez-donc faire un tour en hydravion sur le lac de Vassivière ! Les préfets de Creuse et de Haute-Vienne ont signé le 21 août 2020 un arrêté « portant dérogation temporaire sur la réglementation particulière de police de la navigation sur la retenue du barrage de Vassivière sur la rivière “La Maulde“ dans les départements de la Creuse et de la Haute -Vienne à l’occasion de la création d’une zone d’hydrosurface du 12/13 septembre 2020 pouvant être reporté au  20/21 septembre 2020. » Il s’agit de faire amerrir des hydravions et de proposer ainsi une attraction originale à Vassivière... Si c’est ainsi qu’on luttera contre le changement climatique, on est mal parti et on va vraiment finir par exploser en plein vol !

  • L’aristo et le coco

    Chateau de vassiviereLa curieuse rencontre qui va vous être narrée se situe au printemps 1944, du côté de l’île de Vassivière – qui n’était pas encore une île d’ailleurs. La famille Vassivière – sans particule – était propriétaire de nombreuses terres situées entre le bourg de Beaumont et la Maulde. Il y avait là le hameau de Vassivière même, aujourd’hui sous les eaux du lac, en contrebas du village de vacances de Pierrefitte. Plus loin dominant la rivière, et son moulin, à une altitude de 711m, se trouvait un château, siège aujourd’hui du Syndicat du lac. On peut se faire une idée de son histoire dans le petit film réalisé par la Région Nouvelle Aquitaine : https://www.youtube.com/watch?v=Eo5nFIuIRPc. Outre l’évolution des lieux, on y découvrira le visage de Jeanne Pascale-Vassivière, la châtelaine de l’époque, au nom fait de l’alliance de deux familles, personnage dont je vais reparler. Châtelaine n’était pas un titre, cela signifiait simplement la propriétaire du château. Dans ce petit documentaire, pas un mot sur ce qui va suivre.

     

    Le 4 avril 1944, un groupe de résistants communistes, au chef bien connu, Georges Guingouin, surnommé « Lo Grand », quittait la forêt de Châteauneuf, pour rejoindre les confins de la Haute-Vienne et de la Creuse. Il était urgent pour eux de s’éloigner des routes suivies par la terrifiante division Brehmer, qui allait laisser derrière elle un long sillage de morts, de rafles et de désolation (lire: Jeudi Saint, de Jean-Marie Borzeix, 2008, éditions Stock). La « compagnie de choc » commandée par Guingouin lui-même (IPNS n° 8, 29, 51, 65) était formée de 150 hommes, suivant dans des camions les 3 mules qui transportaient armes et bagages, mules gentiment prénommées la Marie, la Margot et la Jolie. Direction la forêt de La Feuillade. La population creusoise qui vit passer le défilé ne connaissait pas l’existence de ce groupe. Une rumeur commença à circuler – témoignages véridiques – parlant d’un repli du « grand maquis de Savoie ». On était en effet 10 jours seulement après la réduction tragique du maquis des Glières. Arrivés dans la dite forêt, les maquisards eurent besoin de faire ferrer les mules à Faux-la-Montagne, ce qui attira un peu plus l’attention sur leur groupe. Informée, la division Brehmer commença à le suivre à la trace, il fallait donc trouver un endroit plus sûr. Guingouin choisit le secteur de Vassivière, plus précisément le château pour le QG et l’intendance, et les bois de Chassagnas tout proches pour les hommes. 

    Mais il y avait là celle que les maquis surnommaient « la baronne » : Jeanne Pascale-Vassivière. 

    Jeanne Pascale de VassivereComme à l’évidence cette dame renâclait à accueillir tous ces « terroristes », le « Grand Georges » dut la menacer de représailles pour obtenir son silence, ce qui fonctionna à merveille. D’autant que le garde-chasse du château sonnait du cor chaque fois qu’une colonne ennemie approchait. Une perquisition allemande eut lieu au château, évacué peu avant par les FTP. Et personne ne viola le secret. Ce ne fut pourtant pas une partie de plaisir, ce mois d’avril 1944 étant exceptionnellement froid. Cantonnement rustique, voire à la belle étoile, sous les sapins de Chassagnas. Du ravitaillement presque luxueux provenant du château, on passa à des réserves plus spartiates faites de quelques tourtes, une caisse de biscuits secs, un seul jambon, coupé en « feuilles de papier à cigarettes » ! Le tout arrosé d’eau claire, fini le pinard, plus de tabac, pas de feux. Tout ceci est raconté avec beaucoup de détails dans les ouvrages Quatre ans de lutte sur le sol limousin  (G.Guingouin, 1974, éd.Hachette) et Une légende du maquis (F.Grenard, 2014, éd. Vendémiaire, IPNS n° 50). 

    colonel gingouinCe séjour fut finalement court, la division Brehmer étant dissoute après le 19 avril 1944, à Paris. Elle avait malheureusement fait 347 victimes en 3 semaines, sans compter les centaines d’arrestations et déportations. Le 16 avril, les maquisards purent regagner les environs du Mont Gargan, traversant bruyamment les villages. Ainsi à Neuvialle (commune de Nedde), où le jour de la Quasimodo, le convoi perturba le rituel d’une procession. Arborant le drapeau tricolore, les voitures du détachement klaxonnaient la bonne nouvelle : « le maquis est de retour ». Et on n’a plus eu de nouvelles des mules. Cet épisode presque amusant, au regard de tant d’autres drames, dut laisser un curieux souvenir fait de sueurs froides, aux protagonistes. « La baronne » retrouva sa douce quiétude champêtre. Décédée en 1957, elle repose au cimetière de Beaumont, devenu depuis… du Lac. Le colonel communiste, Georges Guingouin, libéra Limoges 4 mois plus tard, il en devint maire de 1945 à 1947.

     

    Emile Vache
  • La charte paysagère de Vassivière : "Boire l'eau du lac"

    Gilles Clément travaille actuellement à la réalisation d'une charte paysagère de Vassivière qui sera soumise aux élus responsables de l'aménagement du site, et plus globalement de l'ensemble du territoire autour du lac. Il nous fait part des grands principes de cette charte qu'il a intitulée "Boire l'eau du lac". Un défi rendu encore plus difficile après les interdictions de baignade dans le lac pour cause de pollution bactérienne tout au long de l'été...

     

    Enjeu majeur : l'eau

    Proche du Plateau de Millevaches, château d'eau de la France, le site de Vassivière se dessine et se lit à partir du système hydrologique : sources, rivières, tourbières, lacs. La diversité biologique présente se trouve directement liée à ce système, comme la diversité des paysages et celle des usages. Pour cette raison, et parce que la résolution heureuse du paysage dépend de l'eau dans sa forme et dans son aptitude à dispenser la vie, nous avons intitulé l'étude pour la charte paysagère de Vassivière : Boire l'eau du lac.

    Cet impératif à lui seul détermine le paysage : sa fabrication, sa gestion et son aspect. Il donne immédiatement les indications nécessaires au juste emplacement des aménagements, à leur nature, à l'entretien des éléments existants, au choix des techniques d'exploitation agricoles et forestières environnantes, à la transformation des équipements actuels dont le fonctionnement porte atteinte à la qualité de l'eau (assainissement) et à l'usage général de l'espace livré au public et, par voie de conséquence, à un nouveau tourisme.

     

    Un espace domestiqué

    La région de Vassivière ne possède pas les atouts ordinaires des stations touristiques : mer, soleil, neige, monuments historiques... La nature, ici, s'exprime discrètement quoique de façon remarquable : balance des lumières, douceur et force du relief, diversité des perspectives, des milieux et des êtres. Le lac, source d'attraction, doit permettre d'initier les touristes à cette multiple nature. Transformer le plan d'eau en marina serait condamner le site à sa propre destruction. Révéler l'état de nature propre au site de Vassivière, le donner à comprendre, le valoriser en préservant son mécanisme, instituer un tourisme - ou un mode de résidence - compatible avec cette approche, inviter la population active à participer à cette entreprise : voilà un projet sans équivalent réel sur le territoire français.

    Fragment érodé d'un massif ancien, longuement travaillé, occupé dans ses moindres reliefs, le Limousin résulte d'un artifice où la part du territoire humanisé se combine à l'expression de nature pour se présenter à nos yeux comme un espace à la fois sauvage et serein. C'est un paysage domestique.

    Que vient-on visiter dans un paysage domestique si ce n'est l'art de la mise en ordre - la domestication - et tout ce qui, en contrepoint, l'anime : le foisonnement, l'imprévisible, la diversité ? Ordonnancement et richesse, deux composantes fondatrices de l'espace dans lequel l'homme prolonge son habitat : le jardin.

     

    Les jardiniers de Vassivière

    Avec quelques autres secteurs heureux du Massif Central, le Limousin partage le privilège d'être regardé par l'étranger - notamment les anglais - comme un jardin. Parfois aussi comme un parc.

    L'intention de paysage sur laquelle s'appuie la charte paysagère se réfère donc au jardin, terme incluant d'emblée l'acteur sans lequel un jardin ne saurait exister : le jardinier. Il est tout d'abord nécessaire d'évacuer l'image selon laquelle l'exploitant de nos campagnes deviendrait le jardinier des parisiens en vacances. Les exploitants, majoritairement esclaves des lobbies, n'ont pas l'intention d'être pris en otage, en plus, par une population oisive. Ils ont raison.

    Il convient donc de revoir la notion de jardinier en l'adaptant aux nouvelles définitions du jardin. L'avènement écologique désigne la diversité - en nombre et en santé - comme le baromètre des écosystèmes. Il n'est plus concevable d'envisager une réflexion sur le "jardin" sans intégrer l'approche écologique qui, toujours, débouche sur un mode gestionnaire. Le jardinage d'aujourd'hui n'est plus celui d'autrefois, il ne concerne plus seulement l'homme affairé au fleurissement, à la bonne venue des légumes et des fruits, au nettoyage des allées, il concerne celui qui gère sans dégrader, celui qui permet à la diversité de résister, à la vie d'inventer, celui qui perçoit la richesse dans le foisonnement, celui aussi qui ne fait rien, par décision, pour éviter le pire ; celui enfin à qui revient les mesures permettant au "jardin" d'exprimer sa richesse : le gestionnaire, le politique.

    Toute région voit ainsi son territoire partagé entre trois "jardiniers" de terrain : l'exploitant, l'aménageur et, de façon plus ou moins expressive, la nature en liberté. Chaque partie est soumise à l'évolution gestionnaire du territoire. C'est pourquoi en dernier ressort le politique a tant d'importance et son choix gestionnaire (s'il n'est pas orienté par les lobbies) apparaît si décisif : l'aspect du jardin en dépend.

    Cependant, une région distinctement nommée "jardin", par opposition à d'autres qui ne le sont pas, désigne la masse de ses habitants comme jardiniers et invite quiconque viendrait y séjourner à se comporter comme tel.

     

    Ce n'est pas le jardinier qui fait le jardin mais le jardin qui fait le jardinier

    A la liste des jardiniers de terrain il faut alors ajouter l'habitant mais aussi le visiteur.

    La charte paysagère ne s'adresse pas exclusivement au gestionnaire soucieux de valoriser sa région pour mieux la vendre, mais à la somme des acteurs en place pour comprendre leur région et mieux y vivre. Elle s'adresse aux humains responsables, chacun dans leur secteur, de tel ou tel aspect du territoire et, par voie de conséquence de la qualité générale des espaces. Son respect ou son non-respect détermine directement le pouvoir attractif de l'ensemble paysager, donc de sa capacité à générer un tourisme durable et son économie générale.

     

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    L'atout de la diversité

    Sur le territoire du Limousin la part laissée à la nature seule, en dépit de la forte "expression de nature" qui caractérise cette région, est réduite à des espaces fragmentés de petites dimensions : déprises agricoles, territoires accidentés, délaissés de toutes origines, landes, tourbières, bords de route, lisières, etc. Cependant l'étroitesse de ces lieux, la relative rareté de leur présence au milieu des champs et des forêts exploitées, n'atténue pas - du moins pas encore - la grande valeur paysagère de leurs différents composants et, surtout, la grande richesse biologique des êtres en présence.

    Dans l'optique d'un accroissement de la fréquentation de l'arrière-pays de Vassivière il paraît évident que cette diversité est l'atout principal du site, une raison pour s'y rendre tout au long de l'année. Le lac, constamment grandiose, demeure un spectacle douze mois sur douze. Il n'est utilisable, selon les critères du tourisme balnéaire que deux mois par an. Il convient donc de l'intégrer comme atout du paysage, avec, en plus, la possibilité d'en user en période estivale.

    Enfin, s'il l'on veut respecter le principe d'un aménagement en accord avec le "développement durable" (concept-valise, ouvert et mystérieux). il convient d'écarter l'habitat du territoire sensible, qui est aussi le fond théâtral permanent du site. Ceci afin de réduire les sources de pollutions visuelles, mécaniques et chimiques, de conserver l'impact attractif du site par son état naturel, fait extrêmement rare autour des lacs européens.

    Sur les bords du lac, il faut regarder le renforcement possible des deux pôles d'Auphelle et de Broussa comme une réponse - encore une fois progressive et prudente - à la demande d'accès au lac, avec résidence, sur la base d'une charte paysagère et architecturale concertée. Les propositions visant à établir des lotissements d'un bloc pour atteindre le nombre de lits estimés nécessaire à l'économie touristique de loisirs traditionnels, s'orientent automatiquement contre le projet touristique durable, le seul à notre avis défendable en Europe aujourd'hui.

     

    Gilles Clément
  • Lorsque l'auberge de Saint-Martin-Château était reprise... en 1974

    Nicole et Michel Bernard, venus de Lorraine, s'installent en 1974 à Saint-Martin-Château pour y reprendre l'auberge de la commune fermée depuis dix ans. Leur installation s'inscrit dans une dynamique locale encouragée par le créateur du village vacances de Pierrefitte, Pierre Belleville. C'est la grande époque de la « deuxième gauche » et du PSU de Michel Rocard, de l'utopie d'un tourisme à destination de toutes les catégories sociales en lien avec le pays. Michel Bernard nous raconte cette reprise pionnière.

     

    auberge

     

    « Pourquoi n’iriez-vous pas dans le Limousin ? » nous dit un jour Pierre Belleville... Membre actif du PSU (Parti socialiste unifié), Pierre Belleville est plus un intellectuel lié au courant politique de la « deuxième gauche » qu'un homme politique à proprement parler. En 1961, il publie un ouvrage intitulé Vérité sur la viande qui développe une vision anti-centralisatrice de l'agriculture. Mais, c'est surtout Une Nouvelle Classe ouvrière, publié trois ans plus tard dans la collection « Les Temps modernes » dirigée par Jean-Paul Sartre et Francis Jeanson, qui marquera les esprits. En 1968, il publie Laminage continu, consacré à la sidérurgie, notamment en Lorraine. Il participe aux discussions entre le CCO (Centre de culture ouvrière) et le Mouvement de libération ouvrière qui aboutissent en 1972 à la création effective de Culture et Liberté, dont il devient le président national, mandat qu'il exercera jusqu'en 1979. Dans les années 1970, Il fonde une structure de tourisme « Vacances nouvelles » sous le couvert de la structure de tourisme associatif de Lorraine « Lorraine Vacances ». Cette structure lance, avec le financement du Symiva (Syndicat mixte de Vassivière) un ensemble touristique de 600 lits : le village vacances de Pierrefitte. En lien étroit avec les « patrons » du lac de Vassivière, Pierre Ferrand (maire PS de Royère-de-Vassivière) et André Leycure (maire PC de Nedde), Pierre Belleville participe à la mise en place du tourisme social à Vassivière. En même temps, a lieu la construction du village vacances de Masgrangeas géré par le Touring Club de France.

     

    Contre un tourisme-verrue

    C’est dans ce cadre qu’il nous incite à aller dans le Limousin. Résidant à Nancy et ayant un parcours professionnel post-1968 chaotique (syndicalisme, procès aux prud’hommes, etc.), nous nous posions souvent la question de rester dans le monde urbain et de continuer à en subir les méfaits. Avec ma formation aux Beaux-Arts et le métier d’animatrice socio-culturelle de Nicole, nous avions peu d’atouts pour vivre dans le monde rural. N’ayant aucune formation artisanale ou agricole, nous avons recherché un endroit où nous pourrions monter un lieu d’accueil type bar-restaurant, puisque c’est une des rares professions que l’on peut exercer légalement sans aucune formation. Entre l’hôtel Bouteille à Faux-la-Montagne et l’ancien hôtel-restaurant de Saint Martin-Château, nous avons sillonné le secteur en finissant par nous fixer sur Saint Martin. Avec l’aide financière du Symiva, la commune rénove en partie le bâtiment de l'ancien hôtel-restaurant de neuf chambres fermé depuis 1965. À nous de finir les peintures, revêtements de sol et le reste…
    L’idée de Pierre Belleville était qu’une structure de tourisme ne doit pas être une « verrue » dans le paysage, mais un centre d’animation locale en lien avec les activités du territoire. Il souhaitait intégrer le centre de vacances de Pierrefitte qu'il dirigeait dans un réseau local dense. Il imaginait même que les gens en pension complète dans le centre puissent utiliser les services d’un restaurateur partenaire dans le cadre de sa prestation. Pourquoi pas ?

     

    auberge 77

    (1977) Messieurs Debord,Chenaud,Bertrand, Barlet, Beaugiraud et Bessette,
    le traditionnel apéro à l’auberge après la tenue du conseil municipal

     

    auberge 1977

    (1976) Pascal Thué, Yvon Allys, Lucette Lagoeyte, Nadine Thué, Jacques Aucomte, Martine d’Astier, Henri et Gabrielle Cros, etc.
    Soirée débat un peu enfumée.

     

    affiche st martin 76Confrontation avec les politiques

    Parallèlement à la réfection du restaurant, il nous fallait bien vivre. Nous avons effectué des petits boulots locaux : Nicole a fait le recensement à Peyrat-le-Château et moi à Saint-Martin-Château, une bonne façon de connaître le pays, mais aussi la coupe des sapins de Noël, les patates chez Henri et Gabrielle Cros à Beaumont-du-Lac, ou encore l’assistance aux géologues pour le relevé du tunnel d’alimentation de Lavaud-Gelade à Vassivière (4,5 km) et le dynamitage pour déterminer la nature du sol. Nous avons également tenu la buvette installée à Pierrefitte durant l’exposition sur Vassivière présentée en 1974 à la fin des travaux de construction du village vacances. Pierre Ferrand et André Leycure y organisaient aussi des débats ouverts au public sur le développement de la station touristique de Vassivière. Ce furent nos premières confrontations avec ces personnages politiques, notamment avec Pierre Ferrand. Nous avions dès le début constaté qu’il y avait un dysfonctionnement flagrant entre le discours prônant le développement du territoire par le Symiva et le délaissement complet de la population sur l’accès aux services publics ou aux déplacements sur le territoire. De magnifiques domaines inhabités tombaient en ruine, comme le château de la Feuillade à Faux-la-Montagne ou celui d’Hivernaud à Beaumont-du-Lac, alors que des sommes colossales étaient investies au bord du lac pour le tourisme.
    Notre intervention en débat public n’a évidemment pas plu à Ferrand... Nous nous sommes aperçus par la suite que le refus de nous attribuer la vente de tabac au comptoir venait d’une intervention « amicale » de sa part. En face du restaurant il existait un bar tabac rudimentaire qui fut également autrefois un hôtel-restaurant, chez Mme Bournazel. Sa fermeture coïncidait avec l’ouverture de notre restaurant.

     

    Débrouille et solidarité

    Nous avons alors fait le choix de ne travailler qu’avec les locaux, nous coupant ainsi de Vassivière. Pour démarrer l’auberge (nous avions retrouvé une plaque de tôle dans le terrain qui allait parfaitement dans la structure d’enseigne de la façade, que nous avons repeinte en baptisant le lieu Auberge de la cascade), il nous fallait du matériel pour la restauration, le bar, les chambres et le tout sans trop de sous !
    Les copains prêtres ouvriers de Peyrat-le-Château (Pierre de Messemacker et André Mas-de-Feix) nous ont aider à récupérer des tables, des chaises, des bancs ainsi qu’une ancienne chambre froide provenant de l’abbaye de Solignac. Du mobilier de récupération de-ci de-là, des anciens lits de chez Juillet qui faisait brocante à Royère (devenue aujourd’hui l’Atelier). Un vieux bahut en guise de comptoir, une cuisinière à bois dans la cuisine avec une gazinière, une ancienne pierre tombale pour faire la base du foyer de la cheminée et nous avons commencé notre activité.
    Il se posait également le problème de notre statut en tant que gestionnaire de cette auberge communale. Nous avons d’abord pensé fonctionner comme une ferme-auberge et parallèlement à la création d’un jardin et d’un poulailler nous nous sommes lancés dans un élevage de lapins avec 30 mères lapines. Mais l’expérience ne fut pas concluante. Pour équilibrer une gestion de ce type il faut faire peu de cas de nos reproductrices. Nous avons donc adopté le simple statut de commerçant. Second problème, un peu plus compliqué à l’époque, la licence IV était propriété de la commune, ce qui n’existait pas dans les textes... Il fallut toute la sagacité du receveur des impôts de Royère-de-Vassivière pour pouvoir débloquer cette situation et utiliser cette licence.
    Étant restés néanmoins en contact avec Pierrefitte, nous communiquions avec son premier directeur, Jean-Pierre Delannoy, originaire du Nord. Ce dernier a fait venir sur le coin un couple, Christian et Chantale De Plasse, que nous avons hébergés à l’auberge. Tout en travaillant avec nous, ils prospectaient le territoire. Nous avons également accueilli Philippe et Thérèse Betton. Ces deux couples se sont ensuite installés dans l’ancienne école du Massoubrot (Saint Martin-Château) et ont monté des exploitations agricoles qu'ils ont fait vivre jusqu'à leurs retraites.

     

    michelnicole

     

    L'ère du papier-crayon et de la faux

    Il y a 50 ans, l’ordinateur n’existait pas ; pas de mail, de Google, de GPS, ni de smartphone collé à l’oreille... C’était encore l’ère du papier-crayon ! Et pourtant les réseaux communiquaient bien (il est vrai aussi que nous nous déplacions beaucoup). Entre La Lézioux à Gentioux, chez Jacques Faure, correspondant Lemaire-Boucher (pain et farine bio), les Peyrissaguet à Mercier-Ferrier, à Faux-la-Montagne, les fêtes chez les uns et les autres, les rencontres étaient toujours l’occasion de faire quelque chose de nouveau.
    Avec quelques-uns nous avons organisé une rencontre nationale Nature et Progrès à l'auberge. Le temps passait entre les soirées (un peu enfumées) de discussions où nous refaisions le monde, les chanteurs qui venaient faire leur tour de chant en faisant passer le chapeau, les séances de cinéma épiques qui nécessitaient de trouver un projecteur qui fonctionne, de récupérer les films et de les projeter sur un drap tendu dans la salle du bistro, sans manquer les inévitables coupures de bobines qu'il fallait arrêter, recoller avant de relancer la projection…
    C'était l’époque de l’apartheid en Afrique du Sud (nous affichions et faisions campagne pour le boycott de l’orange Outspan) et des premières manifestations contre l’enrésinement (maintenant, c’est les coupes rases) comme celle des Bordes en 1977. Avec les « nouveaux » installés à Saint Martin, nous avons relancé la fête du village cette même année. Jean-Claude Forest, dessinateur de BD, père de Barbarella, qui avait une maison sur la place, nous a fait l’affiche.

     

    reunion salle

    Réunion dans la salle communale

     

    affiche st martin 76Dans ces années-là, l’épareuse n’existait pas, cet outil « moderne » qui massacre les bords de route. Le cantonnier de l’époque, Pierre Prévost, coupait les bords de route à la faux : 54 km de bordures ! Quand il avait fini, il pouvait recommencer. Difficile aussi pour lui, comme pour les autres, d’admettre le jour de fermeture hebdomadaire de l'auberge : « Pas moyen de prendre son canon de rouge ! » Dans les bistros ou restaurants du pays, il y avait en général deux générations, parents et grands-parents qui cohabitaient, donc pratiquement jamais de fermeture.
    Nous ne faisions pas l’unanimité au sein du conseil municipal, cela va sans dire !
    Ces « jeunes de la ville » qui ne parlent même pas comme nous ! En effet, l’usage de l’occitan était fréquent et lorsque les conseillers venaient « arroser » l’après-conseil à l’auberge, il fallait que je leur demande gentiment de traduire pour que je puisse comprendre leurs propos. Nous n’étions pas non plus une réussite sociale au sens où les habitants locaux l’entendaient : pas de file de voitures devant l’auberge attendant une place pour déjeuner.
    Je passais pas mal de temps à rafistoler nos vieilles voitures, 2 CV, Simca Aronde, etc. Et c’était quand j’avais les mains dans le cambouis qu’un client venait boire un canon ! Habitant toujours dans les chambres de l’hôtel, de guerre lasse face au mutisme du conseil, nous nous sommes décidés à squatter une partie annexe du bâtiment. Évidemment, ça n’a pas manqué, le maire est passé, il n’a pas pu rentrer dans les locaux... puis gendarmerie, constat d’huissier, procès (notre avocate, Josette Réjou, rencontrée au PSU de Limoges, a pris en charge notre dossier et nous n’avons jamais plus entendu parler de l’auberge…).

     

    Face à cette attitude nous avons pensé que nous n’avions plus rien à construire ici. Fin 1979, avec l’appui de Jean-Pierre Delannoy qui avait aussi quitté Pierrefitte et était devenu permanent de Loisirs Vacances Tourisme à Metz, en Moselle, nous sommes partis dans les Vosges pour prendre la direction d’une maison familiale de vacances. Ce fut le départ d’une nouvelle aventure. Mais à l'heure de la retraite nos pas nous ont ramenés à Saint-Martin-Château !

     

    Michel Bernard
  • Pour un autre tourisme

    "S'il est vrai que ce qui attire c'est la nature et le calme, il ne faut peut-être pas construire les pieds dans l'eau"

     

    village pierrefitteVassivière serait un paradis du tourisme vert qu'il reste à mettre en valeur. Il est vrai que nous avons là un des derniers grands lacs d'Europe occidentale ayant (presque) échappé à l'urbanisation. Pour profiter de cette situation exceptionnelle faut-il construire au cœur même du paradis des ensembles de logements et des équipements touristiques ?

    Répondre oui c'est d'abord céder à l'illusion selon laquelle la nature est un bien tombé du ciel que le tourisme n'a plus qu'à cueillir. En fait cette nature, il faut apprendre à la lire, à en discerner les éléments qui intéressent les touristes, à les gérer (préserver et mettre en valeur) et à communiquer à leur propos, bref à organiser une offre de nature. Cela ne faisait pas partie du cahier des charges de l'étude DETENTE. Les collectivités locales et les services de l'Etat se sont rendus compte du manque et ont lancé des réflexions sur ces dimensions (étude paysagère confiée à un grand nom de la profession, etc.). C'est certes positif, mais un supplément d'âme architectural ou paysager et l'utilisation d'énergies renouvelables ne sont pas suffisants pour lever les inquiétudes que suscite le projet DETENTE.

    Miser sur un tourisme marchand avec un habitat groupé en bord de lac (résidences de tourisme... ) c'est rentrer dans un jeu de la concurrence où toutes les destinations se battent pour capter une clientèle volatile et versatile, où les investissements les plus récents rendent obsolètes ceux d'hier, obligeant à une fuite en avant dans l'investissement.

    Une stratégie de développement du tourisme sur Vassivière et les plateaux devrait d'abord partir de deux constatations simples.

    Depuis plus d'une décennie, la fréquentation de l'hexagone par les Français décline : on perd des nuitées. De plus, les Français se refusent obstinément à voir leurs vacances organisées par des marchands de tourisme : presque les deux tiers des nuitées se prennent dans les résidences secondaires, chez les parents ou chez les amis.

    C'est la fréquentation étrangère qui sauve la mise, et plus précisément à la campagne celle des pays voisins. Pendant que l'étude DETENTE se focalise sur la création de 2000 lits touristiques en dix ans, moyennant une mobilisation de fonds publics de 25 ou 30 millions d'euros, il a été vendu, pour la seule année dernière, aux étrangers sur les trois départements de l'ordre de 1500 résidences secondaires (soit environ 7500 lits). Même si les hautes terres ne sont pas l'ensemble du Limousin, on est dans un autre ordre de grandeur .

    Il ne faut pas tirer de ces constatations l'idée qu'il suffit de laisser faire : le tourisme non marchand en particulier celui des résidences secondaires a besoin d'être accompagné et encadré.

    Il faudrait d'abord que nos actions soient en phase avec les désirs de ces clientèles françaises et étrangères que l'on n'a même pas besoin d'aller chercher. S'il est vrai que ce qui attire c'est la nature et le calme, il ne faut peut-être pas construire les pieds dans l'eau mais en retrait dans les bourgs (là où il y a des services).

    Il faut aussi gérer l'arrivée de ces clientèles de résidents secondaires. On sait bien ici, depuis les années soixante dix, combien les nouveaux arrivants revitalisent le territoire. On sait aussi que les achats de résidences secondaires font monter les prix et rendent difficile le logement des jeunes du pays (voir l'expérience de l'Alsace ou du Périgord). Une vigoureuse politique du logement doit donc accompagner le développement touristique (lotissements et architectures de qualité en bordure des bourgs) à la fois pour les résidents permanents et secondaires si l'on veut continuer à en accueillir quelques uns quand la dernière ruine aura été réhabilitée.

     

    Jean-Paul Ceron

    (Centre de recherches interdisciplinaires en droit de l'environnement, de l'aménagement et de l'urbanisme)

     

    Éphéméride de Vassivière

    1946 : Premiers coups de pioches
    1951 : Premiers kilowatts turbinés
    1952 : Installation du Touring club de France à Auphelle
    1954 : Première fête de l'eau organisée par le TCF
    1957 : Esquisse d'un projet de SITALAC (Syndicat intercommunal pour l'expansion du tourisme et de l'agriculture aux abords des lacs limousins).
    1960 : Constitution du Groupement d'Urbanisme du lac de Vassivière entre les communes de Faux la Montagne, Royère et St Martin Château en Creuse, Beaumont et Peyrat le Château en Haute Vienne, pour la protection du site et la maîtrise du foncier. Première vidange du lac.
    1962 : La commune de Beaumont avait sollicité en 1960 l'appellation : Beaumont-Vassivière. Un décret ministériel lui accordera le nom de Beaumont du lac, et bien que le village de Vassivière soit sur la commune de Beaumont, c'est Royère, six ans plus tard en février 1968, qui deviendra Royère de Vassivière
    1966 : Naissance du Symiva = Syndicat mixte interdépartemental de Vassivière
    1968 : Adhésion de la commune de Gentioux au Symiva
    1971 : Deuxième vidange du lac
    1972 : Lotissement de Nergout
    1974 : Convention entre l'EDF et le Symiva pour la gestion touristique du lac
    1975 : Construction des villages de vacances de Pierrefitte (gestion concédée à LorraineVacances) et de Masgrangeas (Touring club de France)
    1977 : Adhésion de la commune de Nedde. Etablissement d'un POS pour tout le territoire du Symiva. Création de la route circum-lacustre. Avec l'intervention du Conservatoire National du Littoral achat de l'île de Vassivière
    1979 : Lotissement d'Auphelle
    1980 : Installation du Symiva dans l'île de Vassivière
    1982 : Visite du Président de la République sur l'île de Vassivière
    1984 : Création de Radio Vassivière
    1985 : Adhésion de la Région au Symiva et modification des statuts. Etape contre la montre du tour de France.
    1987 : Adhésion de la commune de Feniers. Lancement de la réflexion sur Vassivière 2000.
    1990 : Construction de la tour du Centre d'Art contemporain. Etape contre la montre du tour de France
    1995 : Etape du tour de France. 3ème Vidange du lac. Création du festival du conte
    1996 : Réaménagement des plages et des pontons pour la surélévation du lac d'un mètre. 30ème anniversaire de la création du Symiva, lancement de la Gazette de Vassivière
    2001 : Fermeture du village vacances de Masgrangeas
    2002 : Parution de la Lettre de Vassivière
    2003 : Sous l'effet de la chaleur et de la sécheresse l'EDF rompt son contrat avec le Symiva en baissant le niveau du lac pendant la saison estivale pour assurer le refroidissement des eaux de la Vienne au niveau de la centrale nucléaire de Civaux

  • Projet touristique à Vassivière, entre dialogue et autisme !

    “Les humain-e-s doivent cesser de considérer la politique comme un domaine séparé et spécialisé…”

    Cornélius Castoriadis (1922-1997)

     

    revue territoiresVassivière, un mot qui va avec lac et tourisme. En effet depuis sa création au début des années 50, le lac devait être un des phares du tourisme de la région du plateau des Millevaches. Le démarrage fut assez lent mais assez vite certains crurent avoir trouvé avec lui une prolifique poule aux œufs d'or. Or, au fil des années, ce fut plutôt la désillusion qui se trouva au rendez-vous avec des situations budgétaires qui ne firent qu'empirer. On chercha alors des responsables : un climat qui n'en faisait qu'à sa tête avec une nette tendance à devenir un peu trop humide au goût de nombre de touristes, une administration bien souvent désinvolte qui n'avait pas l'air de trop se soucier des comptes qu'elle aurait à rendre, des municipalités prises dans les arcanes d'un jeu politicien  qui parfois les dépassait, des commerçants qui n'étaient pas toujours au sommet de leurs compétences (d'ailleurs cela déclencha une vive polémique l'année dernière dans certaines communes) … Mais n'aurait-on pas les coupables que l'on mérite ?

    De solutions bancales en solutions trompe l'oeil, les habitants de la région virent passer les années, mécontents puis indifférents et pour finir affligés par ce gâchis annoncé. Avant que cela ne devienne irréversible, il fallait sauver le tourisme local. Alors se prépara un énième "réaménagement touristique de Vassivière" par le Syndicat mixte interdépartemental et régional de Vassivière (Symiva). A l'occasion du changement des responsables, un certain espoir sembla renaître parmi les habitants et les associations qui s'intéressaient au problème et qui espéraient en avoir fini avec une certaine forme "d'autocratisme" provincial. Beaucoup avaient cru déceler les premiers signes, les premiers frémissements d'un retour aux sources d'une timide démocratie "directe".

    Vassivière allait-il être le premier exemple d'une "démocratie participative" si attendue et si courtisée (du moins en apparence) par les politiques-citoyens ? IPNS avait consacré dans son numéro 8 un dossier à cet épineux problème qu'est le tourisme à Vassivière et avait alors évoqué l'inquiétant projet d'aménagement touristique concocté par le "fameux" cabinet Détente, plus connu pour ses honoraires (il semblerait qu'ils se soient montés à 150 000 euros environ !) que pour, semble-t-il, d'après certains, sa compétence en matière de réflexions et de propositions sur le développement touristique ! Les vives réactions qu'engendrèrent la publication de ce dossier, incitèrent les organisateurs du Forum Social Limousin (FSL) à consacrer un atelier à l'avenir touristique de Vassivière en présence de membres du Symiva dont sa nouvelle présidente.

    Dans les propos que les élus du Symiva présents ont pu tenir lors de ce débat (octobre 2004), certains crurent déceler quelques velléités de "participatisme". IPNS s'en fit l'écho dans son numéro 9 par l'intermédiaire d'un petit article dans lequel on pouvait lire : "les élus du Symiva présents ce jour là ont eu une oreille (plus) attentive. Ils ont indiqué que le projet Détente n'était qu'une proposition, que d'ores et déjà certaines de ses préconisations étaient écartées (…) et que rien n'était encore définitif. Renée Nicoux (présidente du Symiva) a également annoncé que cet automne des réunions auraient lieu (à l'échelle communale…) pour présenter le débat et l'enrichir des propositions de tous".

    Face à de tels propos, c'est vrai que l'espoir d'un dialogue entre responsables politiques et acteurs divers dont les simples habitants pouvait paraître tout ce qu'il y a de plus réaliste. D'ailleurs, certains rêvaient et voyaient déjà " le Symiva (prêt à ) reprendre le dossier touristique de Vassivière à zéro pour définir avec tous les acteurs locaux, un vrai projet touristique porté par tous les habitants du territoire".

     

    Le réveil dut être assez douloureux, tant pour ceux qui avaient caressé un vain espoir que pour les quelques habitants encore pétris d'illusions. L'arrivée dans les foyers de "La lettre de Vassivière" n°5 eut vite fait de remettre les pendules à l'heure ! "L'éditorial de la présidente" est édifiant. Derrière quelques affirmations gratuites ("être à l'écoute des habitants, […] prendre le temps de la réflexion,…"), il est facile de pointer la philosophie "politique" qui ressort de cet éditorial. Le cabinet Détente, tant décrié (il est indiqué dans un doux euphémisme que l'étude Détente "n'a pas fait l'unanimité dans l'opinion"), est mis à l'honneur et contredisant en partie ce qui avait pu être annoncé lors du FSL d'octobre (voir ci-dessus), il est clair que cette étude reste "essentielle" et devrait fournir (a déjà fourni ! Voir un peu plus loin) les grandes lignes du projet prévu pour l'aménagement touristique de Vassivière et même, n'ayons pas peur des mots, s'inscrire dans une "logique de développement durable".

    On croit rêver ! De qui se moque-t-on ? La construction du fameux centre aqua-récréatif d'Auphelle, une de ces "pistes" qui a germé dans la bouillonnante imagination du cabinet Détente, est plus que d'actualité. Fortement contesté, ce projet apparaît comme une véritable aberration à de nombreuses personnes tant sur le plan économique que sur le plan touristique. C'est dans  ce genre de choix que l'on voit que différentes conceptions du tourisme s'affrontent souvent entre les habitants, certains acteurs économiques et quelques politiques ou technocrates élitistes. Aujourd'hui ce n'est plus à proprement parler un projet car la réalisation de ce centre aqua-récréatif est déjà retenu dans le plan de développement du tourisme à Vassivière. Ce n'est pas tout, on apprend, de plus, que cela a été entériné "conformément aux décisions prises par le précédent comité syndical". Tout (ou le principal) avait été déjà décidé !

    Où sont passés "l'enrichissement des propositions de tous, l'écoute des habitants, le temps de la réflexion,…"? Ne nous prendrait-on pas pour des gogos ? Et rien ne semble pouvoir arrêter notre entreprenante présidente dans sa démarche démocratique car elle continue d'affirmer qu'il faut "aller à la rencontre des habitants du territoire, de récolter leur avis,…". Ce n'est pas la dernière réunion (le 17 juin 2005 à Peyrat le château) organisée par l'association "Le canton d'Eymoutiers Espace d'espoir" avec des membres du Symiva sur le thème : "Vassivière : quel avenir ?" qui nous encouragera à croire à toutes ces belles paroles. On a pu y constater que le projet était complètement verrouillé dans ses grandes lignes. Les seules possibilités d'interventions (mineures) restent à la marge. Et il est clair que les choix arrêtés le furent sur la base des conclusions du cabinet Détente malgré toutes les vives réactions qu'elles avaient déclenchées et des possibilités de discussions qui avaient été évoquées voire annoncées. On a pu aussi appréhender le poids des investisseurs privés dans ces choix : ils ont posé de véritables préalables (par exemple, un centre aqua-récréatif) avant engagement de tout fonds. En faisant bref, des privés "dictent" en quelque sorte le type de réaménagement qu'ils souhaitent pour pouvoir rentabiliser le mieux possible leurs investissements, et les pouvoirs publics (Symiva) s'exécutent. Que feront-ils aux prochaines difficultés budgétaires ? Quelle belle leçon de démocratie ! Je ne ferai qu'évoquer l'idée de "comités de pilotage" qui a été proposée par la présidente du Symiva. Qu'y a-t-il à piloter ? Le ridicule ne tuerait-il plus ? Nous ne devons pas avoir, sans doute, la même approche de certains concepts politiques. Et que l'on ne vienne pas nous ressortir cet "insultant" populisme mis à toutes les sauces, ni nous faire des leçons de morale politique !

    Un nombre conséquent d'habitants originaires de la région, de personnes "revenues au pays", de "néo-ruraux",… n'ont pas attendu la "bonne" parole du Symiva pour rendre vivante une région qui se mourrait peu à peu. Contrairement aux touristes, eux sont là toute l'année affrontant le froid, la neige, la pluie, la chaleur… et tout cela ne les a pas empêchés de construire des réseaux d'entraide, de créer des lieux conviviaux, d'initier de nombreuses soirées culturelles ou artistiques et encore beaucoup d'autres choses sans des budgets colossaux. Le projet touristique à Vassivière se fera sûrement sans eux, il faut espérer qu'il ne se fasse pas contre eux. Plus vraisemblablement cela se fera à côté. Dommage ! Mais dans un sens, ne vaut-il pas mieux que cela se passe ainsi, les acteurs sociaux formant deux mondes tellement différents ?

     

    Francis Laveix
    (simple habitant de la commune de Royère-de-Vassivière)
  • Rétropédalage à Vassivière

    devise shadokS’il fallait compter sur des visionnaires du tourisme pour définir une nouvelle stratégie de développement touristique à Vassivière, c’est chose faite ! 

     

    Sandrine Derville, conseillère municipale à Anglet (Pyrénées-Atlantiques... c’est pas tout près), vice présidente de la région et présidente du Lac de Vassivière, avec Yves Buisson, directeur du Lac de Vassivière (il a auparavant occupé des postes de directeur de station, de Pornichet à Vassivière en passant par la vallée de la Dordogne et les Gorges du Verdon) nous ont concocté un redéploiement du pôle touristique. 

    À partir du 1er avril, fini l’accueil à Auphelle, trop facile, fini les permanences dans les communes, comme à Royère-de-Vassivière : on recentre tout sur l’île de Vassivière ! Est-ce un effet Covid ? Seuls les clients en bonne forme physique arriveront dans l’île pour récupérer les dépliants touristiques...

    En se référant au texte mentionné sur le site du lac (« Mettre à votre disposition un espace d’accueil et d’information facilement accessible ») on se demande si le petit train ne va pas devoir être gratuit pour transporter la clientèle. De plus, les pêcheurs payant un emplacement dans un des ports du lac devront retirer leur embarcation fin octobre. Terminé la pêche en automne et en hiver avec son bateau sur le lac. Après les présidences successives où nous avons tout eu, des études plus savantes les unes que les autres, des investissements les plus fous à la Cambou, on revient à la situation des années 1970 où tout était concentré sur l’île de Vassivière. Un bond en avant !

     

    Michel Bernard
  • Une charte paysagère pour Vassivière "Boire l'eau du lac"

    lac vassiviereGilles Clément dans le numéro 9 d'IPNS, septembre 2004, nous avait brossé le contenu de sa charte paysagère pour le Pays de Vassivière. C'est chose faite, sa proposition de charte a été livrée à son commanditaire (le SYMIVA) courant juin 2005. Nous en proposons ici quelques extraits. Gilles Clément , à travers cette étude remarquable par sa clarté, donne enfin au pays une réelle vision politique, en termes d'aménagement, de vie quotidienne, de relations humaines et de conception enfin globale de l'espace. Il traite donc les divers secteurs fondamentaux :

    • La gestion agricole et forestière déterminant la trame du paysage. (rapport ombre/lumière)
    • Les espaces libres d'activité et d'aménagement disséminés sur le site. (Le Tiers paysage)
    • Les accès, le système routier, les stationnements, les chemins de pénétration desservant le territoire. (Les réseaux de communication)
    • Les bourgs et villages, les équipements touristiques et sportifs implantés sur le terrain. (Les espaces bâtis)
    • Les accès à l'eau et les déclinaisons de sa présence naturelle et artificielle au fil de son cours. (L'eau)
    • Le maintien et l'amélioration de la qualité biologique des substrats fondateurs des milieux naturels. (L'usage de l'espace)
    • La signalétique, le mode de désignation et d'explication des lieux. (La pédagogie du site) 

     

    "Le caractère de Vassivière apparaît sous trois aspects. Le premier est lié à la perception visuelle du site ; il concerne le paysage dans son registre plastique et émotionnel. Le second est lié á l'environnement; il concerne le sentiment de qualité immédiatement perceptible du site et sa mise en péril éventuelle. Le troisième, issu de la combinaison, des deux, se présente dans un ensemble dispersé, désigné par les Jardins de Vassivière"

     

    IPNS : L'image illustrant cette méthode a été communiquée sous la forme de "boucles", terme à revoir car trop proche des circuits de randonnée existants, aujourd'hui remplacé par "jardin" ce qui indique un espace et non nécessairement un parcours, même si l'accès au jardin justifie un chemin. Compte tenu du nombre de "jardins" périphériques au lac de Vassivière, l'image se présente comme un éventail déployé autour du plan d'eau de façon irrégulière, s'enfonçant plus ou moins profondément dans l'arrière-pays, avec, parfois, des secteurs complètement séparés des rives (Tourbières de Faux, Roches du Diable, Cascade des Jarrauds.) Enfin, le dispositif des jardins répertoriés (espaces attenants au lac et espaces séparés du lac) rencontre les circuits de randonnée avec lesquels il s'organise. Exemple : Le jardin de la Goutte d'eau, lande de la presqu'île de Chassagnas, couplé avec le jardin des Apothécies (D.34 au droit de Masgrangeas) s'organise avec le circuit de randonnée dit "des Tourbières" Masgrangeas, Orladeix, Auzoux.

     

    "La charte paysagère du pays de Vassivière se définit par rapport a une intention de paysage et non comme un seul cahier des charges esthétiques. L'intention de paysage se fonde sur la permanence qualitative des éléments donnant au paysage limousin son équilibre et sa dynamique biologique :

    • Qualité de l'eau,
    • Qualité de l'air,
    • Qualité des sols,

    Atouts essentiels, rares et recherchés, devenus aujourd'hui arguments économiques. L'intention, c'est à dire le projet de charte, consiste à maintenir ou améliorer les composants de l'équilibre biologique, seuls capables de régler de façon harmonieuse et économique les composants esthétiques. Dans cette approche "paysage" et "environnement" sont intimement liés.

    Tout aménagement susceptible d'altérer qualitativement l'un des composants biologiques sera écarté du projet et rangé au titre des préconisations comme attitude à proscrire."

    "Cela donne immédiatement les indications nécessaires :

    • au juste emplacement des aménagements
    • à la nature des aménagements
    • à l'entretien des éléments existants.
    • au choix des techniques d'exploitation agricoles et forestières environnantes
    • à la transformation de certains équipements dont le fonctionnement porte atteinte á la qualité de l'eau (assainissement)
    • à l'usage général de l'espace livré au public et, par voie de conséquence, à un nouveau tourisme."

     

    "La région de Vassivière ne possède pas les atouts ordinaires des stations touristiques : mer, soleil, neige, monuments historiques… La nature, ici, s'exprime discrètement quoique de façon remarquable : balance des lumières, douceur et force du relief, diversité des perspectives, des milieux et des êtres. Le lac, source d'attraction, doit permettre d'initier les touristes à cette multiple nature. Transformer le plan d'eau en marina serait condamner le site à sa propre destruction.

    Révéler l'état de nature propre au site de Vassivière, le donner à comprendre, le valoriser en préservant son mécanisme, instituer un tourisme - ou un mode de résidence - compatible avec cette approche, inviter la population active à participer à cette entreprise : projet sans équivalent réel sur le territoire français."

    "… Avec quelques autres secteurs heureux du Massif Central, le Limousin partage le privilège d'être regardé par l'étranger, notamment par les anglais, comme un jardin. Parfois aussi comme un Parc. La configuration traditionnelle des aménagements touristiques se solde 10 mois de l'année par un paysage en pleine déréliction, maisons fermées, équipements condamnés soumis aux intempéries, "espaces publics" déserts, sentiment général de désolation."

    "Un bourg constitué ne souffre pas de ces maux. Le lac de Vassivière, artifice récent, ne compte aucun véritable bourg sur ses rives (par "bourg", entendre une structure formée de repères et de permanences : église, boulanger, bistrot, hôtel, etc.). Ces bourgs existent, en position écartée des rives, dans une situation optimale par rapport à cet élément fondamental de la charte paysagère qu'est la disposition de l'habitat. Il suffit d'envisager avec les instances concernées l'accroissement légitime (sans doute progressif et prudent) du tissu urbain engagé depuis des siècles sur le territoire et non d'ajouter, de façon brutale et dommageable, des structures vouées à l'abandon et l'obsolescence."

    "Sur les rives du Rhin, à Strasbourg, sur la rivière de Batubulan à Bali, gisent des aqua-centers moribonds auxquels plus personne ne s'intéresse. Equipements disgracieux oblitérant le paysage de façon pérenne alors que leur usage n'aura pas traversé cinq saisons. Le coût global de ces opérations (faire, défaire), rarement pris en compte dans les études d'impact, dépasse de loin l'apport des touristes assujettis à la consommation.

    A Strasbourg, à Bali, le potentiel touristique existe pourtant, la population est nombreuse ; à Vassivière, toute spéculation établie sur ce genre de base est non seulement vouée à l'échec, mais en plus elle est porteuse d'une destruction assurée du paysage."

     

    "Sur les bords du lac, il faut regarder le renforcement possible des deux pôles départementaux (Auphelle, Broussas) comme une réponse - encore une fois progressive et prudente - à la demande d'accès au lac avec résidence, sur la base d'une charte paysagère et architecturale. Les propositions visant à établir des lotissements d'un bloc pour atteindre le nombre de lits estimés nécessaires à l'économie touristique de loisirs traditionnels s'orientent automatiquement contre le projet touristique durable, le seul à notre avis défendable en Europe aujourd'hui."

     

    "La maîtrise d'ouvrage constituée autour de la charte paysagère devra établir ucalendrier de réunions annuelles pour rassembler les acteurs de terrain responsables du maintien, de l'évolution et de la transformation du paysage. Les principaux acteurs - gestionnaires agricoles et forestiers - doivent pouvoir participer à cette évolution en faisant apparaître tous les problèmes que les concepteurs du projet ou les maîtres d'ouvrage n'ont pas toujours la possibilité de mesurer". Il faut espérer que ce travail, qui "colle" à notre réalité soit enfin utilisé par nos élus.

    Restera-t-elle soigneusement rangée entre l'étude de Détente et l'étude sur la pêche sur une étagère du SYMIVA ? Ou aurons- nous un savant mélange de multiples études ?

     

    IPNS : Après lecture de cette charte, on ne peut que s’étonner une fois de plus de la démarche paradoxale du SYMIVA : d’un côté expliquer à travers de multiples débats publics que la seule chance du pays est de saisir à bras le corps l’étude du cabinet Détente et d’un autre côté charger Gilles Clément d’une étude opérationnelle du paysage et de l’environnement pour le lac de Vassivière. Or, à un moment les deux approches ne sont plus compatibles !

     

    Résumé réalisé par Michel Bernard

     

    Quelques propositions glanées dans la charte paysagère

    charte paysagere 01

    charte paysagere 02

    charte paysagere 03

  • Vassivière en Limousin, paysage “rurbain”

    Paysage type de la France rurale d'après-guerre, le paysage de Vassivière en Limousin est doublement intéressant. On y trouve l'eau, la verdure, les collines et les fermes de granit aux toits d'ardoises caractéristiques de la région, mais aussi un lac artificiel de cent cinquante millions de mètres cubes, des pylônes électriques et de nombreuses infrastructures (villages de vacances, embarcadères, centre d'art contemporain, supermarchés, buvettes et aires de stationnement) qui contribuent à l'image que la région tente d'opposer à la concurrence d'autres contrées aux atouts plus connus.

     

    barrage de vassiviere 1950

    Rares sont les personnes qui, même en Limousin, sont capables de témoigner de ce qu'a été le Pays de Vassivière avant l'inondation par EDF en 1951 de deux vallées. Le paysage est un phénomène qui laisse peu de traces. Il est dans la nature de la nature d'être évolutive. Et la mémoire des hommes ne pallie que très imparfaitement la tendance de Cybèle à s'oublier... 

    Pourtant, comme nombre de régions françaises au lendemain de la Révolution industrielle, le Limousin a connu des mutations importantes qui auraient dû nous offrir matière à distinguer paysages “traditionnels” et  paysages “modernes”, voire “contemporains”. Aux paysages de landes (essentiellement de bruyères) s'étendant à perte de vue, au découpage des terres en exploitations modestes mais nombreuses dans lesquelles, avant le remembrement, se pratiquait une agriculture de subsistance (petit élevage, légumes, seigle, etc.), et au système de rigoles et de pêcheries grâce auxquelles les fermiers préservaient les prés d'un excès d'humidité, ont succédé des paysages de routes goudronnées, de bois et de lacs d'autant plus difficiles à identifier comme récents que leurs composants dominants, l'eau (celle des lacs artificiels notamment), les arbres (essentiellement des résineux exploités selon le principe de la monoculture intensive) et les hommes (souvent enfants et petits-enfants des paysans poussés naguère à l'exode par l'industrialisation et le remembrement) semblent avoir toujours été là et, par nature, ne sont pas assimilés aux mutations de l'ère industrielle.

     

    Un paysage sculpté par les ingénieurs

    C'est pourtant un des caractères du nouveau Pays de Vassivière d'avoir été “sculpté” dès l'après-guerre par des ingénieurs de l'équipement, des eaux et forêts ou de l'EDF auxquels ont succédé ensuite,  toutes sortes de professionnels au premier rang desquels les spécialistes du tourisme puis récemment de l'art contemporain. Le barrage achevé en 1951 par la société nationalisée Electricité de France constitue la première “œuvre” de ce “work in progress”. Le pont en béton permettant d'accéder à l'île artificielle sur laquelle se trouve à présent le parc de sculptures est la seconde “œuvre” remarquable de ce site. Ces deux ouvrages dévolus à l'utilité, ces deux équipements sans grâce ni laideur, peuvent être regardés aujourd'hui comme d'intéressants témoignages d'une époque, l'après-guerre, et d'un style, celui de la reconstruction. 

     

    Depuis la construction du barrage en 1951 jusqu'à celle du centre d'art contemporain en 1989, c'est la technologie, l'économie et l'administration qui, plus que le souci Ecologique ou culturel, ont préside A l'élaboration du paysage de Vassivière.

     

    Ces deux réalisations montrent en effet que la France rurale ne fut pas tenue à l'écart des grands programmes de modernisation lancés par le Général de Gaulle au lendemain de la seconde guerre mondiale. Dans ce sens, et ceci dit sans aucune ironie, l'intérêt du barrage et du pont qui mène à l'île de Vassivière est sans doute aussi grand que celui de bien des monuments historiques signalés dans la même région. Ils nous conduisent à effectuer un travail d'historicisation que la proximité de la période concernée (les Trente Glorieuses) pourrait rendre impossible (les hommes n'aiment que les lointains) si la visibilité un peu grotesque de ces deux “ouvrages d'art” ne suscitait quelques questions. Ainsi, ces deux constructions posées sur l'eau comme deux cheveux sur la soupe renvoient-elles de façon utile à l'indissociabilité de la culture urbaine (celle qui produisit les tours et les barres des grandes villes françaises) et de la culture rurale (plus sporadiquement marquée il est vrai par l'empreinte du béton armé). Autrement dit, ce barrage et ce pont attestent que ce sont des ingénieurs issus des grandes villes et formés depuis le siècle de Colbert par une puissante administration publique centralisée qui, autant sinon plus que les " paysans ", ont donné à la campagne française le visage que nous lui connaissons. 

     

    Un paysage contemporain

    En fait, le Pays de Vassivière n'a pas changé de “nature” mais d'économie, et par voie de conséquence d'économie d'échelle. On y trouve toujours de l'eau, des arbres et des hommes mais en plus grande quantité et sous des formes affinées ou polluées (selon le point de vue adopté). Du reste, le destin du Pays de Vassivière est celui de nombreuses campagnes. La mondialisation des enjeux, l'urbanisation grandissante des zones rurales, le développement des techniques (notamment en matière d'infrastructures routières et d'exploitations forestières) et les mouvements de population sont à l'origine de sa transformation. D'une certaine façon, le Pays n'a pas perdu sa spécificité, mais celle-ci est sensiblement différente de ce qu'elle fut naguère. Il demeure original, mais au prix de nombreuses et inévitables concessions aux nouvelles lois de l'économie planétaire auxquelles nulle région du monde, même au plus secret de l'archipel Polynésien, ne peut échapper désormais.

    L'économie et la politique constituent depuis l'époque moderne les principaux agents de transformation des paysages. Dans un texte sur la peinture flamande des XVIème et XVIIème siècles, Roland Barthes fait remarquer qu'il n'y a pas de représentation possible de la nature dans les anciennes Provinces-Unies hors d'une représentation même discrète des signes de l'économie capitaliste naissante. L'écrivain qui s'intéresse par ailleurs au tourisme et à son impact sur notre manière de percevoir les paysages remarque que tout objet, et indirectement nombre de paysages, renvoient dans la peinture flamande à l'usage de la nature comme marchandise. Or, cette instrumentalisation capitaliste de la nature n'est réductible ni à un pays ni à une époque. S'il y a mis un peu plus de temps que le paysan hollandais, le paysan de Vassivière n'a pas manqué de muter lui aussi en ingénieur puis en tour operator pour contribuer au “développement” de son Pays et échapper ainsi à la pauvreté. Son métier s'est diversifié, sa dépendance vis-à-vis de l'environnement se mesure désormais à l'aune d'un contexte global et non plus, comme naguère, en fonction de la seule référence aux équilibres locaux. Ses activités traditionnelles, l'agriculture et l'élevage, se sont modernisées. Il a dû se reconvertir à des activités hier encore impensables. Parmi celles-ci, on retiendra en particulier les services, le tourisme et l'exploitation des nouvelles ressources énergétiques que sont l'uranium et l'eau.

     

    Un paysage “moyen” 

    Chaque région, chaque monument, chaque événement vise un public particulier. L'île et le lac de Vassivière ne sont ni Isola Bella sur le Lac Majeur, ni l'île Saint-Pierre sur le Lac de Bienne. Les touristes ciblés par les organismes de promotion du Pays de Vassivière (essentiellement le SYMIVA qui gère les abords du lac depuis 1965) correspondent en fait aux classes moyennes, voire aux populations socialement défavorisées qui ne peuvent s'offrir de vacances dans des régions touristiquement plus dans le vent (au propre comme au figuré). Autrement dit, le Pays de Vassivière offre un profil de paysage homothétique du profil de la population à laquelle il s'adresse. Celle-ci se constitue essentiellement de citadins habitant la périphérie des grandes villes qui savent pouvoir trouver à Vassivière grâce à la présence du lac et aux efforts soutenus des organismes aménageurs, des vacances bon marché ainsi que le charme un peu bizarre d'un environnement offrant les commodités de la mer à la montagne, voire de la ville à la campagne.

    A présent, les ingénieurs spécialistes du tourisme, d’EDF, de l’Office National des Forêts ou de l’Equipement ont quasiment bouclé leurs programmes. Tant en matière d’image publicitaire que de ressources du sol, les uns et les autres sont quasiment venus à bout du potentiel local. Le Pays de Vassivière est sur le point de se constituer en un écosystème sans surprise, en une sorte de friche ni tout à fait naturelle ni tout à fait industrielle. Le lac et ses abords ont apporté ainsi leur contribution à l’invention d’un paysage “moyen”, mixte d’urbanité et de ruralité, autrement dit d’un paysage “rurbain”.

     

    La campagne urbanisée dont les nombreux signes (panneaux publicitaires, mobilier urbain, etc.) se retrouvent à présent autour du lac.

     lac vassiviere 3lac vassiviere 2lac vassiviere 3

    Guy Tortosa

    L’intégralité de ce texte écrit en 1995 a été publiée sous le titre : “Vassivière en Limousin : un paysage contemporain”, dans Le paysage : sauvegarde et création, sous la direction de Gilbert Pons, éditions Champ Vallon, Seyssel, 1999. 

     

    barrage de vassiviere 1950 4La passerelle de Mme Pascal conduisant à l’île (vers 1950) Photo : Henri Vallade

     

    barrage de vassiviere 1950 3Au Lac du Chamet (vers 1950) Photo : Henri Vallade

     

    Un centre d’art et du paysage

    Depuis 1983, année où fut organisé le premier Symposium de sculptures de Vassivière, une nouvelle forme d’activité est apparue à Vassivière. L’aventure commença grâce à quelques artistes originaires de la région qui, en 1983, lancent le principe d’un parc de sculptures auquel le granit donnera son unité. Quatre ans plus tard, suite au succès de l’opération, l’Etat s’est associé aux collectivités afin de nommer un directeur à qui il a été demandé de jeter les bases d’un centre d’art contemporain. 

    Guy Tortosa constate : “Le périmètre du parc de sculptures s’est agrandi, la nature des œuvres s’est sensiblement diversifiée, des artistes de plus en plus nombreux (probablement trop d’ailleurs dans la mesure où aucun ne s’est vu confier un chantier véritablement important) sont venus travailler et séjourner sur le site, et un bâtiment spécifique a été construit”.

    Quel regard porte le nouveau directeur sur ce travail ? “Ces objets ont à mon avis échoué en partie à témoigner des mutations des paysages et de la situation spécifique de ce lac artificiel. Peu d’éléments relèvent ici en effet à proprement parler de l’échelle paysagère. Très peu d’œuvres sont représentatives du principal mouvement de l’art ou de l’architecture du paysage que constitua au cours du XXe siècle le Land Art. Finalement les seules œuvres véritablement à l’échelle du paysage sont d’un côté le bâtiment du Centre d’Art  des architectes Aldo Rossi et Xavier Fabre, et d’un autre côté celles, les plus présentes, des ingénieurs de l’ONF, de l’équipement ou d’EDF...”.

    En cohérence avec ce jugement, Guy Tortosa a décidé d’orienter l’activité du centre d’art vers les questions du paysage et de l’environnement. La nouvelle dénomination du centre : “Centre d’Art et du Paysage”, en témoigne. “Le nouveau projet du centre d’art et du paysage a pour visée de développer la conscience paysagère de nos contemporains et de se mettre au service d’une région concernée par les déséquilibres croissants entre zones riches fortement urbanisées et zones dites rurales”.

  • Vassivière et Co... pinage

    vassiviereJe pèse mes mots à Vassivière
    Pays de l'eau et de la pierre
    Où l'amour et la compétence
    Détrônés par la connivence
    Le pouvoir et la sécurité
    Nous assurent la médiocrité

    Commune prospère à Vassivière
    Tu as connu un temps ton maire
    Haut responsable dans les instances
    Par les deniers de providence
    Embellir tes rues et tes maisons
    En détournant les subventions

    Et cet autre maire qui recrute
    Sur CV pas trop fourni
    S'assurant que votre but
    N'est pas de surpasser ainsi
    Cette employée bien installée
    Qu'elle protège et qu'elle chérit

    A tous les porteurs de projets
    On vous promet dans les médias
    De vous recevoir, vous écouter
    Mais tout ça n'est que bla bla
    Si vous n'êtes pas riche société
    Vous ne les intéressez même pas

    Pensez que nos éphémères élus
    Trop souvent avides de pouvoir
    Ne prendront de risques superflus
    Laissant vos projets, vos espoirs
    Le dynamisme tant attendu
    Rangés au fond d'un tiroir

    Et que dire de ces fonctionnaires
    Fils ou fille de, neveu ou nièce de,
    Dans les structures de Vassivière
    Grassement pistonnés par leurs aïeux
    Ont-ils la compétence nécessaire
    Ont-ils déjà touché la terre m

    Je lance un pavé dans la mare
    Cette mare de mille hectares
    Pour engendrer une vague, juste une vague

     

    Yvan Rayer

    Royère-de-Vassivière
  • Vassivière les flots !

    Beaucoup d’entre nous connaissaient la plage de l’ancien camping de Masgrangeas pour y être allé en famille profiter des eaux basses qui se réchauffent très vite. Ce n’est plus qu’un regrettable souvenir car un « aménageur fou » est passé par là ! Appelé pompeusement « Bois et nature », cette nouvelle installation « à la sauvage » dénature une fois de plus le site de Vassivière.

     

    vassiviere bois et nature 02

     

    vassiviere bois et nature 01Qui a autorisé cet archétype d’aménagement des années soixante ?

    Qui a accordé le permis de construire ?

    Car il en a bien fallu un pour raccorder ces « cabanes » à un réseau.

    Qui a osé se foutre des gens à ce point ?

    Honte aux administrations responsables : mairie de Royère-de-Vassivière, Lac de Vassivière, etc. Après avoir transformé le village de vacances de Masgrangeas en lotissement à la Sarcelles, nous voilà avec un camping en HLM horizontal ! Vassivière a toujours démontré son incapacité à gérer son environnement et à dégager une image de marque dont nous pourrions être fiers, mais alors là, nous touchons le fond !

     

    vassiviere bois et nature 03

     

    Michel Bernard

  • Vassivière, Un contre exemple de développement de pays

    En 1998, une géographe, Agnès Bonnaud, étudiait de fond en comble les politiques de développement de pays - un terme qu'elle préfère à celui de "développement local" - de quatre plateaux du Massif Central : l'Aubrac, les Monts de Lacaune, le causse du Larzac et le plateau de Millevaches. Sur ce dernier elle rencontrait Vassivière, dont elle faisait un bilan plutôt sévère. Nous publions ci-dessous un extrait de sa thèse.

     

    L'exemple de l'aménagement du site de Vassivière est une illustration exemplaire d'une part de la rupture qu'on constate sur le plateau de Millevaches entre la société civile et les élus locaux, d'autre part des limites d'un "aménagement sans développement".

     

    masgrangeas

     

    L'idée d'aménager le lac de Vassivière et ses abords à des fins touristiques est venue du commissaire à l'aménagement du Massif central, qui a convaincu le maire et le conseiller général d'alors de son intérêt. L'aménagement a été réalisé avec l'appui des maires des quelques communes du SYMIVA, des départements, de la région et de l'Etat, mais sans aucun soutien de la population locale, et sans non plus susciter d'opposition : dans l'indifférence générale.

    De plus, jamais les acteurs privés du plateau n'ont été mobilisés et associés à la gestion du site. Comme l'écrit dans sa propre thèse le géographe Jean François Mamdy : le SYMIVA s'est toujours comporté en organisateur tout-puissant prenant toutes les initiatives, y compris celle de rallier les acteurs à ses projets et d'échouer. L'exemple de la halle commerciale d 'Auphelle illustre le refus des commerçants locaux (ceux de Peyrat le Château) de s 'impliquer dans un projet que leur proposait la technostructure.

    Ainsi le SYMIVA qui 'a toujours été et continue d'être le concepteur, le coordonnateur, le contrôleur du programme Vassivière (...) est devenu en vingt-cinq ans une structure lourde et monolithique, une 'technostructure d'élus' constituée de délégués communaux et dominée par la personnalité de leaders forts' (Pierre Ferrand, maire de Royère de Vassivière d'abord, André Leycure, maire de Nedde ensuite).

    Enfin, en dépit d'un audit remettant en cause le fonctionnement du système en place (le rapport 'Vassivière 2000', en 1989), le SYMIVA ne semble pas prêt à accepter - encore moins à susciter - une évolution qui réclame son effacement. Ainsi, malgré les volontés exprimées à l'origine du projet, l'aménagement touristique du site n'a pas abouti à la constitution d'un 'pays de Vassivière', en l'absence d'acteurs autres que le SYMIVA et de projet de développement autre que l'aménagement touristique. Ceci montre à quel point, en dépit des nombreux aménagements et investissements incontestablement intéressants qui ont été réalisés, Vassivière est un contre-exemple en termes de développement de pays.

     

    Agnès Bonnaud

    Photos : Franck Gerard, le territoire, village vacances de Masgrangeas 2002

     

    brochureNe dîtes pas à ma mère que je suis en Limousin, elle me croit au Canada...

    La Maison de Vassivière vient d'éditer un dépliant, tiré à 40 000 exemplaires, à destination des visiteurs de l'été 2004. On y trouve une composition graphique inexistante, des couleurs usées, des fautes d'orthographe, des légendes introuvables, des informations erronées (dont un numéro de téléphone corrigé à la main). Comment faire tant d'erreurs sur si peu de pages ?! On y apprend en outre que l'été prochain il y aura des yacks et des lamas sur l'île de Vassivière (certains en étaient restés jusque là à la venue de Jeanne Mas sur un podium de Centre presse !) et que notre territoire, qu'on vantait naguère encore comme un équivalent rural de la Côte d'Azur, a désormais le statut de "grand lac canadien" (pourquoi ne pas y installer des lynx et des ours polaires tant qu'on y est ?). On comprend surtout que, de cette manière, et avec de telles "médiations", le territoire n'est pas près d'assumer ses caractères spécifiques. Nous sommes en Limousin, sur le Plateau de Millevaches et il ne faut pas que cela se sache...
    Nos paysages de moyenne montagne mêlent de manière tout à fait actuelle, c'est à dire en effet atypique, postmoderne, étrange, intéressante, la puissance des éléments (l 'eau, le végétal, la terre, le granit, l'air, le soleil, la pluie, les écosystèmes rares) et les signes très divers de l'entreprise humaine (vestiges des anciennes polycultures, industrie hydraulique, forêt gérée), mais on en n'est pas fier... lmagine-t-on seulement le Lubéron, la Toscane, la Bretagne ou la Côte Atlantique ne pas oser revendiquer fièrement ce qu'elles sont ? Ou encore une marque comme Louis Vuitton ou Coca-Cola baser sa stratégie publicitaire sur sa ressemblance avec ses concurrents Hermès ou Pepsi Cola !
    Si encore il y avait de l'humour !. .. Or, non seulement on n'a pas encore pris le temps de définir un lexique paysager et environnemental précis pour le pays de Vassivière, mais on communique (et mal !) sur cette confusion !. .. On observe enfin qu'on est très en deçà des documents produits dans le même temps par le PNR de Périgord Limousin ou les Lacs de Haute-Charente. Comme le confiait à IPNS un acteur local : "Il s'agit d'un document en tous points désolant et qui confirme, avec tant d'autres choses, que le temps ne fait rien quand la compétence et l'imagination font défaut".
  • Vassivière... à réinventer

    Depuis la grande fête de la célébration de son trentième anniversaire à Nedde en septembre 1996, le Symiva (Syndicat mixte pour l'aménagement du lac de Vassivière) s'est aventuré dans la communication sur sa politique d'aménagement pour l'avenir de Vassivière. A cette occasion, il publiait un premier et unique numéro de la Gazette de Vassivière. Elle ne s'est jamais renouvelée malgré l'annonce d'une périodicité trimestrielle. Une gazette pourtant riche en informations très intéressantes. Elle faisait notamment écho au projet "VASSIVIERE 2000", une étude concoctée par la SOMIVAL (Société de mise en valeur de l'Auvergne et du Limousin) qui réactualisait de précédents plans-programmes de développement datant de 1989 et 1993 : Vassivière an 1 et an 2. L'objectif est clairement affiché de faire de Vassivière le fleuron et la station touristique phare du Limousin. L'optimisme est alors au beau fixe ; la vidange du lac a connu un succès inattendu et une bonne notoriété grâce à une excellente couverture médiatique, régionale et nationale.

     

    Vassiviere 12

     

    Les études autour de ce projet Vassivière 2000 se poursuivront jusqu'en 1999-2000 toujours sous la houlette de la Somival mais aussi avec d'autres partenaires publics et privés sollicités par le Symiva. La fermentation de cette longue réflexion aboutit à l'élaboration d'une "charte de valorisation du patrimoine environnemental et paysager" et à la définition des objectifs d'un "contrat de station" à l'échéance de 2006. En prenant les rênes du Symiva en 2001, le président Denanot relance la communication avec La lettre de Vassivière. Elle sera moins éphémère ; semestrielle en 2002 et malgré une éclipse en 2003, elle prend un rythme bimestriel en 2004 tout en modernisant le look de son logo et de sa mise en page. L'avenir de Vassivière est affiché comme un enjeu régional, il se mesure concrètement par l'importance de la participation financière de la Région dans le budget du Symiva (49 %, hors investissement). Mais l'essentiel de la communication se concentre non plus sur des études mais sur la faisabilité du projet Vassivière 2000 afin de "réorienter le site de Vassivière". Cette mission est alors confiée au cabinet DETENTE, un bureau "d'ingénierie touristique culturelle et de loisirs" de Paris. Il lui est demandé dans une première étape de valider les réflexions menées depuis douze ans et de les confronter aux attentes des clientèles touristiques d'aujourd'hui.

     

    Pharaonique ou déphase ?

    DETENTE présentera son diagnostic à l'automne 2002. Il est sévère sur le passé : "Vassivière un constat d'échec et un système à bout de souffle . Néanmoins "ce territoire quasiment vierge est en phase" pour écrire une page neuve du développement touristique". Il présente alors un "projet de refondation du développement touristique de Vassivière". "Il faut créer un univers artificiel qui corresponde aux images de ce qu'ont les gens en tête. Pour le grand public, Vassivière est un tac canadien au milieu des bois ". Faisant table rase du passé et de l'inscription du lac dans son territoire intercommunal et dans l'espace du Millevaches, la "station" Vassivière s'organise à partir d'un port, d'un équipement aqua-récréatif et autour d'un "cœur de station" (voir ci-dessous) réunissant des hébergements touristiques, des équipements commerciaux, un espace agora pour séminaire ou spectacle. Les modèles référents sont ou les stations de la montagne française : Avoriaz, Val d'Isère, ou Port-Grimaud et La Grande Motte sur le littoral méditerranéen.

    Sous la pression du Symiva, les promoteurs du projet concèderont le dédoublement des équipements de la station sur les deux sites d'Auphelle et de Vauveix-Broussas. Comme ils introduiront dans leur cadre paysager l'île de Vassivière et le Centre National d'Art et du Paysage. Débats et tables rondes seront organisés tout au long de l'hiver et du printemps 2003 pour débattre du projet. Il ne soulèvera pas l'enthousiasme des locaux, pas plus d'ailleurs que des partenaires extérieurs à qui le président a donné la parole dans la lettre de Vassivière de mars 2004.

    Dans ses dernières livraisons, en septembre-octobre 2003, sur la structuration du territoire et son montage financier, DETENTE a pris en compte un certain nombre des objections et critiques entendues. Il a davantage intégré les structures territoriales et touristiques existantes, tel par exemple le Parc Naturel Régional de Millevaches. De même qu'il s'est rapproché des particularités du tourisme en espace rural - bien qu'il n'en maîtrise guère la spécificité, sinon pour la dénigrer. Vassivière sera la "station touristique nature en milieu rural" ou encore "Vassivière en Limousin, station rurale éco-touristique" pour être dans le vent du durable et de la biodiversité. Toutefois "notre projet touristique Vassivière-Detente" demeure bien fixé sinon figé sur son concept centralisateur de station exclusivement tournée vers un tourisme marchand. Et pour convaincre, il ne craint pas d'enfoncer le clou et de revenir à son modèle référent : "/a station c'est le site lacustre, comme le domaine skiable dans une station de montagne, des équipements, à l'image des pistes et engins de remontée mécaniques, une concentration d'hébergements, de commerces et d'animation".

    Voilà Vassivière lové dans son "cœur de station" avec un stock d'hébergements - permanents ou secondaires et de préférence en bois - qui s'organiserait autour du village et du lotissement d'Auphelle (celui-ci a déjà 25 ans, et tous les lots ne sont pas encore vendus !), pour investir le Chambou et s'étirer jusqu'au Puy Lenty !  Certes les promoteurs ne manquent pas de rappeler que l'offre d'hébergement relève de l'investissement privé. Néanmoins le coût d'investissement des équipements publics de ce projet à très haut risque est chiffré par DETENTE à 34 millions d'Euros pour les 10 prochaines années !

    Au moment où ce projet pharaonique est en plein débat, deux événements importants viennent heureusement modifier la donne. La signature du décret ministériel pour la reconnaissance du Parc Naturel de Millevaches et l'arrivée au Symiva d'une nouvelle présidente. Celle-ci, Renée Nicoux, est toute nouvelle élue de la Creuse au Conseil Régional, spécialement chargée de la culture et du patrimoine ; elle est déjà élue de la Montagne Limousine, comme conseillère municipale de Felletin au titre de la vie associative. Avec toutes ses compétences, elle est aussi membre du Comité Syndical chargé de la gouvernance du PNR et tout à fait en mesure de trouver les articulations nécessaires entre ces deux structures. Celles-ci ne pourraient-elles pas jeter les fondements d'un tourisme d'espace et de nature à l'échelle du Millevaches ? Tourisme de découverte et d'exploration susceptible de développer une panoplie d'activités interactives aussi diverses que les sports aquatiques et nautiques ou les randonnées multiformes, tout autant que la valorisation des ressources culturelles et patrimoniales d'un territoire vivant que ses habitants se seront appropriés. La charte du PNR et la convention cadre qui lie les deux institutions sont déjà là pour fonder ce projet aussi ambitieux que réaliste.

     

    Alain Carof

     

    Cœur de station

    La quête d'un cœur de station, c'est un peu comme le miroir aux alouettes de tous les aménageurs de Vassivière. En parcourant quelques documents d'archives, on le découvre déjà en filigrane dans le "Plan régional de développement et d'aménagement du Limousin de 1964". Pour ces planificateurs "/a mise en valeur rapide de ce remarquable pôle d'attraction touristique doit être l'un des objectifs majeurs de la politique du tourisme en Limousin". En 1972 le CONATEF (comité national pour l'aménagement du territoire) faisait de "Vassivière une station de loisirs à fa portée de tous" et il préconisait : "la création d'un centre "place du village" avec concentration des équipements collectifs, commerces, produits régionaux, artisanat... c'est à dire une zone de grande animation et de services communs". Et depuis 1987 le cœur de station se décline dans toutes les épures des plans de la SOMIVAL pour Vassivière 2000. En 1996 l'évaluation des actions menées sur le territoire de Vassivière par MP Conseils à l'initiative de l'Etat et de la Région montre qu'un "handicap important du site de Vassivière est l'absence d'un cœur de station constituant un pôle central d'animation et de services, ainsi qu'un lieu référent pour les vacanciers".
    Cette quête du Graal fait bien piètre figure au regard de "la création d'un site national à Peyrat-Vassivière''. C'était en octobre 1956. 11 aurait été "un berceau de détente et de renaissance intellectuelle, un centre récréatif, sportif et hospitalier pour les jeunes .. où l'accueil champêtre doit être respecté. Point de luxure, pas de casino ; mais un jardin de sports et de culture avec son théâtre de plein air, s'étageant jusqu'au bord du lac''. Pour freiner l'utopie des édiles peyratois. le préfet de la Haute-Vienne proposait en février 1957 au Maire de Peyrat d'assumer la présidence d'un syndicat intercommunal pour l'expansion du tourisme et de l'agriculture aux abords des lacs limousins (SITALAC). Et d'une manière très terre à terre il proposait "pour l'aménagement des abords du lac de Vassivière, notamment l'élargissement du chemin de la prise d'eau. la construction de la route des bords du lac et l'empierrement de la route d'Auphelle".
    Quand aujourd'hui encore Vassivière peine à sortir de ses insularités, ne l'enfermons pas dans son "cœur de station".