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Deux siècles d'histoire scolaire dans une commune du Plateau

Date
lundi 1 septembre 2025 14:01
Numéro de journal
92
Auteur(s)
Bruno Marchal
Mélanie Astié
Dany Astié
Visite(s)
6 visite(s)

En juin 2025, Faux-la-Montagne inaugurait officiellement la fin des travaux de son école. La rénovation, décidée en 2016, fut l’occasion d’explorer les deux siècles de l’histoire scolaire de la commune. Environ 8 000 documents furent exhumés : courriers, projets multiples, comptes-rendus de conseils municipaux, pétitions et contre-pétitions, polémiques et incidents divers… Des sources qui donnent à voir une micro-histoire riche et pleine d’enseignements. Ce sont quelques-uns d’entre eux que Bruno Marchal, Mélanie et Dany Astié exposent ici.

 

Classe dans la Maison d ecole V2

 

Sous l’Ancien Régime, il n’y avait pas de véritable organisation de l’éducation. Pour apprendre, les enfants allaient dans de « petites écoles » payantes et non obligatoires que peu d’enfants fréquentaient. Les enfants de l’aristocratie étaient formés par des maîtres écrivains ou des précepteurs à domicile. Lors de la Révolution on commença à réfléchir à la question. Mais il fallut attendre 1833, et la loi Guizot, pour que la situation évolue significativement. Cette loi faisait « obligation aux communes d’entretenir, soit par elles-mêmes, soit en se réunissant… une école primaire élémentaire ». Ce fut la naissance d’un véritable enseignement primaire public.

 

L’apprentissage méritoire des garçons

A Faux, l’histoire débuta en 1932 lorsque, répondant à une demande du Préfet de la Creuse pour établir un état des lieux, le maire, M. Barjaud de Lafond, déclara que si la commune n’avait « point d’école », elle avait néanmoins « obtenu un secours de 1 400 F pour aider au paiement de la maison qu’elle se propose d’acquérir pour un instituteur ».
La Commune de Faux accueillit sa première école, en 1834. Elle se situait dans un petit bâtiment de 35 m² appartenant à la commune. Les conditions d’enseignement y étaient précaires : l’édifice était insalubre, il n'y avait pas de cabinet d'aisance ni de cour ni de préau. Le mobilier scolaire se composait de 3 tables et 3 bancs. Il n’y avait pas de matériel pédagogique (cartes de géographie, tableau du système métrique, globe…). La maison était entourée d'activités bruyantes. Bref, elle ne répondait pas aux dispositions exigées par la loi. « Le mobilier est presque nul, il manque de tout. La salle de classe est trop obscure » (enquête de l’Inspecteur Primaire, 1859).
Et pourtant une indéniable soif d’apprendre marquait les familles : entre 1834 et 1869, l’effectif des garçons augmenta de 115 %. Les enfants des 28 villages de la commune parcouraient entre 1 et 18 km (aller-retour) avant de rejoindre la maison d’école dans le bourg. Près de 80% de ces chemins étaient jugés difficiles ou très mauvais, particulièrement en hiver.
Une fois arrivé, on se pressait dans une maison, « qui est dans état de délabrement et de ruine », où « il y a danger réel pour la vie du maître et des élèves avec les vents impétueux qui soufflent dans cette partie de la montagne » (Inspecteur primaire, 1860) et où le mobilier classique faisait défaut : « il manque des tables, des bancs, un poêle, des tableaux de lecture, des tableaux noirs, un bureau pour le maître, des cartes de géographie, de système métrique, etc. Si l'on avait un matériel suffisant, on pourrait installer une deuxième classe dans la cuisine [sic], qui est vaste et qui ne sert pas » (enquête de l’instituteur, 1869).
Il fallut attendre 1883 pour que l’école de garçons, qui accueillait 158 élèves en deux classes, soit dotée d’un mobilier scolaire : 7 tables d'auberge et 3 bancs, 4 cartes de géographie et 1 tableau du système métrique. Les conditions d’enseignement s’amélioraient peu à peu, mais les locaux restaient très insuffisants.

 

Plan du bourg faux la montagne Ensemble Maison ecoleLe temps des maisons d’école

Pendant longtemps, la maison d’école fut reconnue trop petite. Consciente du problème la municipalité a cherché, dès 1844, de nouveaux lieux d’enseignement. En 1853 elle demanda à l'architecte départemental de dresser des plans et devis. Trop chers, il faudra de longues années avant que le Groupe Scolaire ne voie le jour. En attendant, à partir de 1860, elle loua différents bâtiments à des particuliers. Ces locaux n’étaient pas spécialement adaptés : ancienne auberge où subsistait le comptoir, qu’il fallut partager avec un artisan (il y avait son logement et sa boutique) ou maisons individuelles isolées les unes des autres (ce qui ne facilitait pas le travail des instituteurs).
En 1873, l’instituteur demanda à l'Inspecteur d'Académie que le jour de congé des élèves concorde avec les jours de foire, en remplacement du jeudi : « Il y a en effet nécessité à fermer l'école les jours de foire. D'abord parce que les familles, gardant auprès d'elles leurs enfants ces jours-là […] ensuite la maison d'école étant située au centre du bourg, là où il se fait le plus grand rassemblement des personnes, d'animaux et de voitures, et ladite maison étant dépourvue de cour et de préau, il y aurait danger continuel à laisser circuler les enfants dans la foule à leur arrivée et à leur départ, et la récréation devrait forcément se passer dans la salle de classe. De plus les bruits du dehors troubleraient les exercices scolaires ». L'instituteur avait le soutien du Maire sur cette question, mais l'Inspecteur de l’Académie refusa cette dérogation.
Le soir et/ou le dimanche la maison d’école servait aussi pour des cours à destination des adultes (une trentaine). Indépendamment des 6h réglementaires, le maître faisait un cours supplémentaire d’1h le matin et le soir. De même, la population locale soutenait les efforts de la municipalité pour améliorer les conditions de travail des élèves. Ainsi, « le mauvais poêle qui chauffe la salle de classe a été emprunté à divers propriétaires : l'un a fourni le poêle, l'autre un pied [unité de longueur] de tuyaux, un 3e et un 4e les autres pieds de tuyaux » (Inspecteur primaire, 1869).
Malgré ces conditions d’enseignement très difficiles pour les instituteurs et les élèves, l’école de Faux était une des plus exemplaires. En 1885, l’Inspecteur primaire se félicita des excellents résultats obtenus : cinq certificats d’étude, un brevet, une bourse de lycée. L’instituteur « maintient, avec le concours de ses adjoints, son école parmi les meilleurs établissements de la circonscription… ».

 

Le long chemin vers la mixité

La loi Guizot imposa de créer une école… pour les garçons. Les filles devront attendre 1836 et la loi Pelet qui « incita » les communes de plus de 500 habitants, à se doter d’une école de filles, voire 1867 et la loi Duruy qui les y obligera. Car l’enseignement, comme le suffrage, ne fut universel qu’après un long parcours. C’est toujours avec retard que les filles purent avoir accès elles aussi aux bienfaits de l’école.
A Faux, au départ, l’école était mixte mais peu de filles la fréquentaient. Puis on organisa un enseignement spécifique, sous la pression du curé, à partir de 1867 : il fallait les préserver « des dangers qui peuvent résulter du mélange des deux sexes dans une même école ». Créer « une école distincte » était indispensable. Ainsi, en 1867, une école « libre » de filles fut mise en place et confiée à des sœurs congréganistes. Un paroissien prêta une maison pour les accueillir. Cependant, la Préfecture poussa le Conseil Municipal à organiser une école communale et publique de filles. Pour ce faire, la religieuse congréganiste de « l’école libre » fut nommée « institutrice communale », en 1869.
Ce n’est qu’en 1883 qu'une institutrice laïque prendra la direction de l'école, à la suite du départ soudain des religieuses. Il faut dire que l’enseignement y aurait été déplorable et moyennement fréquenté : « Mme Lacaze (Sœur Adélaïde) est des plus incapable et sait à peine lire » dira un Inspecteur.
Comme chez les garçons, les filles subissaient la crise du logement ce qui inquiétait les conseillers municipaux qui déploraient, en novembre 1881, « la fâcheuse situation dans laquelle se trouvent les enfants qui vont à l’école des filles » du fait de locaux trop exigus. « Le local loué est devenu insuffisant, les élèves ne sont plus condamnées seulement à rester debout loin des tables, mais encore l'institutrice est obligée de refuser l'entrée de la classe à un grand nombre d'enfants parce qu'il est matériellement impossible d'y pénétrer ». L’inspecteur primaire regrettait lui, les inégalités entre filles et garçons dans l’accès au savoir : « L'enseignement donné par ces Sœurs est routinier… pendant que l’école des garçons est une des plus prospères de la circonscription. Cette inégalité dans le développement intellectuel de l’Homme et de la Femme peut avoir de fâcheuses conséquences pour les ménages futurs ».
Ce n’est que sous la contrainte des effectifs trop bas, qu’une mixité définitive fut imposée à Faux, en 1928.

 

Grandeur (ou pas) du métier d’enseignant

Autre découverte de ces recherches historiques, ce sont les hommes et les femmes « qui ont fait » cette école.
Le premier « instituteur communal », nommé en 1834, fut M. Jean Baptiste Coursaget, d’Aubusson. C’était une personnalité très investie. Il fut Président de « la Conférence du canton de Gentioux » qui avait pour ambition de « surveiller et d’encourager l’instruction publique ». Il écrivit aussi des articles dans une revue nationale, l’Émancipation de l’enseignement primaire – journal politique, scientifique et littéraire. Avec M. Coursaget, Faux eut un enseignant dont les ambitions n’étaient pas strictement pédagogiques. Émanciper par l’école, c’était aussi façonner un autre monde pour une République sociale. « Amener à temps et pacifiquement la réforme des abus criants sous le poids desquels la majorité de la Nation gémit » écrivait celui qui se présentait comme « un ouvrier placé au sein des masses souffrantes… dont il entend et partage les plaintes ». Il restera dans la commune jusqu’à son décès en 1864.
D’autres parcours d’enseignants parmi la bonne centaine nommés à Faux furent découverts moins engagés peut-être que M. Coursaget, loin aussi des représentations traditionnelles de l’instituteur d’antan, hussard de la République, droit et dévoué : Monsieur P. par exemple, qui souffrait d’alcoolisme selon certains parents d’élèves, bien trop dur avec les enfants, et qui frisera le duel avec un commerçant du village, ou encore Mme N. qu’une pétition entendait pousser au départ : « Elle n’est pas du pays » (elle venait de Mérinchal !). Ce fut l’Inspecteur qui dévoila cette sombre histoire de concurrence que son commerçant de mari faisait à certains autres magasins du bourg et dont le départ aurait arrangé semble-t-il beaucoup de monde. Heureusement, une contre-pétition permit à Mme N. de passer une trentaine d’années dans la commune (« les plus belles années de sa vie, avec ses chères élèves » dira-t-elle au moment de la retraite).
Il y eut aussi Gaston Fanton, ancien résistant, dont une rue de la commune porte le nom et qui participa à l’interception d’un convoi de « réservistes » envoyés en Algérie, en 1956. Cette action militante lui valut d’être emprisonné et radié de l’Éducation Nationale pendant 5 ans.

 

Quelques drames aussi

Plonger dans cette micro-histoire, c’est rencontrer aussi quelques drames. Ainsi cet enseignant qui tenta de mettre fin à ses jours dans son appartement de fonction situé au-dessus des classes. On ne connaît pas les causes officielles de cet acte terrible. Mais on est juste après la Seconde Guerre Mondiale et pour cet instituteur, militant socialiste et syndicaliste réfugié à Faux depuis la débâcle de 1940 avec sa femme institutrice, la « grande histoire » a sans doute été un traumatisme (s’ajoutant peut-être à d’autres), d’autant plus durement vécu que l’administration de Vichy le surveillait de près.
Autre drame, dont les conséquences auraient pu être terribles, l’incendie du Groupe Scolaire en juillet 1942. Un fagot de genêt mit le feu au grenier. Il se propagea rapidement au 1er étage. L’alerte fut heureusement donnée rapidement par quelques lavandières depuis le lavoir tout proche. Enfants, enseignants et secrétaire de mairie furent vite mis à l’abri. Les interventions conjointes des pompiers de différentes casernes ne permirent pas d’éviter la destruction d’une grande partie des bâtiments, des archives de l’école et de la commune (ce qui gêne aujourd’hui considérablement les recherches). Il faut dire que les équipements des hommes du feu n’étaient pas à la hauteur, la pompe ne marchait pas, le téléphone était en panne. Les secours de Royère, arrivés trop tard, croyaient avoir affaire à un « feu de récolte » et n’étaient pas équipés.
Il fallut reloger les enseignants ici ou là, trouver des locaux de remplacements pour les classes dans trois auberges du village avant de réintégrer le Groupe Scolaire à la rentrée 1943. Les travaux de reconstruction ne furent achevés qu’en 1945.

 

Groupe Scolaire 1894 de Faux la montagne

 

L’école, reflet d’une démographie chaotique

Qui sait aujourd’hui que la commune de Faux, forte de ses 430 âmes, connut un temps où on y frisait les 2000 habitants ? C’était en 1881. A chaque recensement, la population se maintenait ou augmentait. Malgré la migration des maçons (très nombreux dans nos villages) et leur sédentarisation progressive dans les grandes villes (Paris et surtout Lyon), il y avait encore 1800 habitants en 1911, à la veille de la guerre !
Bien sûr, dans ces conditions, la population scolarisable (entre 6 et 13 ans) augmentait elle aussi, avant même l’obligation scolaire : s’il y avait 40 garçons et 6 filles qui fréquentaient l’école en 1839, ils étaient plus de 350 à la veille des lois Ferry (1881/1882).
Devant l’augmentation continuelle d’enfants scolarisés, la 1ére maison d’école ne put suffire aux besoins : il fallut ouvrir une 2ème, puis une 3ème classe. La commune obtint 2 postes d’adjoints et loua désormais 3 bâtiments pour les garçons et 1 pour les filles. Mais malgré les efforts de la municipalité, l’école resta en constante suroccupation.
En 1877 l’école des garçons ne devrait contenir réglementairement que 60 élèves et en accueillait près de 115. Avec les lois Ferry, l’école devint gratuite, laïque et obligatoire.

Ce fut un changement considérable, notamment dans les écoles rurales, qui entraîna rapidement une nette augmentation du nombre d’élèves et exacerba les problèmes de locaux scolaires. En 1885, l’école de garçons comptait 172 élèves, de 4 à 15 ans, pour 155 places théoriques, selon les recommandations du ministère (le taux d’occupation était donc de 110%). Les élèves étaient bien plus nombreux l’hiver que l’été. A Faux comme ailleurs à la campagne, avant l’école obligatoire, la fréquentation scolaire dépendait de la saison : plus importante l’hiver (malgré les rigueurs climatiques), beaucoup moins l’été lorsque les enfants participaient aux travaux agricoles : l’effectif était alors divisé par 3.
On peut aussi penser que cette migration saisonnière des hommes (environ 300 quittaient Faux chaque année pour rejoindre les chantiers parisiens et surtout lyonnais) a joué un rôle important dans le désir d’instruction des parents pour leurs enfants. C'est au contact des idées républicaines qu'ils prirent conscience de l'importance de l'école. Ce fut certainement un des facteurs d’accélération de la scolarisation dans nos territoires.
Devant la mauvaise qualité des chemins, les enfants des hameaux éloignés du bourg furent autorisés à fréquenter des écoles plus proches. Ceux de Broussas allèrent à Vauveix (commune de Royère). Les hameaux de Mercier-Ferrier, du Bonmartin, de Régeat et de Chatain réclamèrent, eux, la création d’une école supplémentaire dès la fin du XIXème siècle. Elle ne fut ouverte qu’en 1936, bien avant que les enfants de Loudoueineix, à l’autre bout de la commune, aient été envoyés dans le hameau voisin du Rat (situé en Corrèze).
A l’inverse, les baisses démographiques affectèrent la population scolaire. Celle provoquée par la Première Guerre Mondiale fut terrible et irrémédiable. La centaine de jeunes hommes de la commune tués entre 1914 et 1918 et les départs sans retour des maçons, sédentarisés dans les villes, ont entraîné la fermeture de classes et la fusion de l'école des garçons et celle des filles en 1928.
Il y eut bien quelques arrivées de familles au moment de la débâcle, en 1940, mais de façon éphémère. De même avec les familles juives, d’autant que l’école leur était interdite par le gouvernement de Vichy, puis les nazis. Ce n’est que dans les années 1970, sous l’effet combiné d’un désir nouveau de rester au pays d’une partie de la jeunesse de Faux (« volem viure al pais ») et de l’arrivée de nouvelles populations (les néo-ruraux) qu’à nouveau la population et le nombre d’élèves recommença à augmenter. Le rôle des équipes municipales et du jeune maire François Chatoux, y fut pour beaucoup.

 

A la recherche d’un Groupe Scolaire

On comprend que la recherche incessante de salles de classe préoccupait les édiles, depuis la première maison d’école en 1834. Dès les années 1840 est apparue l’idée de la construction d’un vrai Groupe Scolaire. Presque 50 ans furent nécessaires pour trouver un lieu dans la commune. De multiples plans furent proposés par l’architecte, quelques-uns d’une modernité étonnante, et totalement équipés (mobilier, cantine, etc…), mais bien trop chers. Il y eut des projets de financements nombreux, des discussions entre élus et architecte pour parvenir enfin, en 1894 à l’école actuelle (7éme projet étudié).
Tout au long de ces années, on note une constance des édiles successifs qui force l’admiration. Comme l’écrivit un inspecteur, il y avait à Faux « bien des amis de l’école » sur lesquels compter. Au cours de ces décennies, la question de l’école et de la construction du Groupe Scolaire fut certainement celle qui occupa le plus les élus.
Pourtant, il y eut aussi quelques mesquineries. Ainsi cet élu municipal qui avait promis la vente d’un terrain de 25 ares pour construire le Groupe Scolaire et qui amputa sa proposition initiale de 4 ares, au moment des travaux, car ils n’étaient pas, selon lui, indispensables à la construction. On arrêta le chantier, on polémiqua, on frôla le procès… avant que ne soit entérinée l’amputation.
Par la suite, l’école fut transformée à plusieurs reprises. Ainsi on profita des fermetures consécutives aux baisses démographiques de l’après-guerre pour transformer une classe en salle des fêtes. 20 ans plus tard, elle fut agrandie lorsqu’EDF entamait la construction des barrages. Il fallait distraire des travailleurs très souvent célibataires.
Bien d’autres travaux furent réalisés dont les derniers sont ceux inaugurés en juin dernier. Mais dans son architecture générale, le Groupe Scolaire a peu changé depuis 1894.

 

En conclusion

On dit parfois qu’un village sans école ne peut vivre. C’est tellement évident. Mais cette étude montre aussi qu’une école ne peut vivre sans village, en tout cas sans une volonté politique de la faire vivre. Cette recherche montre comment édiles, citoyens et enseignants ont travaillé à l’émergence d’une école ouverte aux garçons, aux filles, aux adultes aussi, à travers des cours spécifiques, et aux enfants les plus pauvres de la commune (une aide communale étaient votée pour que soit assurée leur scolarité, jusqu’à la gratuité obligatoire).
A l’heure où l’on ferme des classes en nombre, où l’on supprime des postes d’enseignants « qui coûtent un pognon de dingue », et où l’on promet, pour l’avenir, des regroupements d’école, « pour un enseignement de meilleure qualité » disent-ils, on peut voir dans cette histoire, sans l’embellir évidemment, une leçon quant à ce que peut la volonté politique quand elle existe.

 

Bruno Marchal, Mélanie et Dany Astié
  • Thème
    Histoire
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IPNS - 23340 Faux-la-Montagne - ISSN 2110-5758 - contact@journal-ipns.org
Journal d'information et de débat du plateau de Millevaches - Publication papier trimestrielle.

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