La nouvelle de la mort, à 64 ans, de François Chatoux, figure incontournable du Plateau, maire de Faux-la-Montagne de 1977 à 2008, a vite fait le tour des boîtes mail du Plateau. Les premières réactions sont à la mesure du personnage : “MERDE ! MERDE ! Ça fait un coup. Un pan de notre histoire qui s’envole. On lui doit la survie du Plateau.“ “Pffiou, c’est bouleversant ! Je n’arrête pas d’y penser depuis ce matin... Mes rencontres avec lui m’ont marqué.“ “C’était un solide gaillard, un bon-vivant qui semblait indestructible...“

 

chatouxAu-delà du choc de la nouvelle et de la rapidité de sa maladie (trois semaines auparavant, il tenait encore son stand sur le marché de Faux-la-Montagne), avec la mort de François Chatoux c’est une voix qui s’éteint, celle d’un homme profondément attaché au plateau de Millevaches, dont il s’était fait le porte-parole et le défenseur. Les journalistes adoraient son franc-parler et ses analyses fulgurantes ; on envoyait à la ferme des Nautas, à Pigerolles, les étudiants ou les nouveaux arrivants qui voulaient mieux connaître le territoire : “Vas voir Chatoux, il t’expliquera tout ça, c’est lui qui connaît le mieux le sujet !“

 

Une vision du Plateau

Et c’est vrai que François Chatoux savait de quoi il parlait. Le Plateau il était revenu s’y installer dans les années 1970 après des études d’agronomie et un premier poste comme technicien agricole. Son âme d’entrepreneur le conduit à quitter ce poste, il s’installe à Pigerolles et monte sa ferme à Faux-la-Montagne, son berceau familial, dont il devient maire en 1977 : “Sur les 11 membres du conseil municipal, nous étions 4 à avoir à peine 30 ans“ témoignait-il récemment. Son programme: “sortir de la spirale de l’échec“. Son credo : le développement local. Sa botte secrète : l’accueil de nouvelles populations. Aussitôt, il met en œuvre une politique volontariste qui correspond à une vision anticipatrice des défis que doit relever le territoire. L’accueil de nouveaux habitants, le soutien à tous types de projets, la priorité aux services et à une vie locale enrichie plutôt qu’aux routes et aux trottoirs... tout cela il le proclame et le met en pratique. Il rachète l’auberge de Faux et en fait une auberge communale, il accueille bras ouverts les projets les plus divers (d’Ambiance Bois à Télé Millevaches dans les années 1980, de la crèche Tom Pousse au festival Folie ! Les mots, etc.). Quelques-unes de ses formules resteront dans les mémoires comme leçons pour un développement local réussi : “Ici, on ne peut pas se payer le luxe de choisir qui on accueille. Alors on accueille tous les projets et même si la moitié se casse la gueule, ça veut dire que l’autre moitié marchera !“ “Ici, les trottoirs, on ne les a jamais refaits. Mais on a du monde qui marche dessus.“

“Nous avons axé notre action sur les services qui font que des gens allaient venir vivre ici. On se disait que si l’on voulait faire venir des gens, il fallait nous adapter à leur manière de vivre.“ Ou encore, accueillant il y a vingt ans une assemblée générale d’Accueil Paysan dans une salle des fêtes vétuste et vieillotte : “Vous voyez, elle est moche cette salle, mais il s’y passe tous les jours quelque chose!“ - ce qui ne l’a pas empêché lors de son dernier mandat de la rénover complètement pour en faire une des plus belles et des plus accueillantes du Plateau (toujours autant utilisée au demeurant).

 

Dix pas d’avance

Il est à l’origine des premières démarches intercommunales avec ses acolytes Pierre Desrozier, maire de Gentioux, et Bernard Coutaud, maire de Peyrelevade. Le sociologue Pierre Maclouf qui les observe alors (nous sommes en 1986) commente : ils “mettent en œuvre certaines des idées formulées pendant les années 1970. Celles-ci avaient constitué la figure utopique de la recherche d’alternatives à la crise des outils de régulation macro-économique et macro-sociale. À l’épreuve du réel, il s’avère qu’une partie des solutions à cette crise passe par des voies locales.“ François a tout compris. Il cite Marx pour le contredire (“Ce n’est pas en jouant sur les infrastructures (usines, ZAC) qu’on fait du développement local, mais sur les “superstructures“ : services au public, loisirs etc.“) ou Mao, en clin d’oeil à son passé maoïste qu’il ne renie pas, ou encore Deng Xiaoping: “Peu importe qu’un chat soit blanc ou noir, s’il attrape la souris, c’est un bon chat.“ Et de défendre le soutien à une vie associative indépendante et inventive autant que l’intervention publique communale puis intercommunale pour initier des projets économiques. Il est aux premiers rangs dans les structures qui préfigureront le futur Parc naturel régional (Le Bureau d’accueil de la Montagne limousine dans les années 1980, la Fédération Millevaches ou le Syndicat mixte Millevaches en Limousin ensuite). Il affiche ses convictions et semble avoir toujours dix pas d’avance sur les autres. Quand, il y a quelques années les maires de Creuse votent presque à l’unanimité une motion pour conserver des antennes du Trésor Public, il vote seul contre tous pour affirmer qu’il aurait peut-être fallu se bouger plus tôt ! Et d’ajouter, volontiers provocateur, mais sincère : “Je préfère me battre pour le dernier bar du village que pour la trésorerie !“ Il n’hésitait pas à ruer dans les brancards et à affirmer haut et fort ses convictions. A l’heure d’internet il mettait en place un site de vente de produits locaux par correspondance (La Callune.fr) et, avec ses fils, avait monté une entreprise de transformation de la viande locale exemplaire.

 

chatoux 2011Médiateur

Mais peut-être que sa plus grande qualité résidait dans sa capacité à tisser de vraies relations humaines avec les gens. Il savait accueillir, mettre en relation et a joué un rôle fondamental de médiateur entre tous les types de population, étant aussi à l’aise – et mettant autant à l’aise ses interlocuteurs – avec des vieux ou des jeunes, des nouveaux installés et des anciens du pays, ses clients sur le marché ou des universitaires, etc. Jean-François Pressicaud qui a étudié l’installation des néo-ruraux sur le Plateau dans les années 1980 se souvient que l’accueil n’avait rien à voir selon qu’on atterrissait à Faux où à Saint-Martin-Château (les deux communes qu’il a étudiées). Michel Bernard raconte : “Fin 1974 je traînais sur le Plateau, j’avais 2 lieux d’implantation possibles, Faux ou St Martin-Château. Je résidais au Moulin de Villesaint, chez Fournier, un ancien des Cahiers de Mai. Il y avait quelques soirées où j’ai rencontré François, enfant du pays. Soirées un peu délirantes pour tenter de refaire le monde et surtout ne pas copier les anciens qui pour nous, en ce moment, avaient tout fait de travers.“ Avec l’ardeur de son tempérament de fonceur, son esprit visionnaire dans toutes ses activités, François a réfléchi et vécu l’avenir du Plateau. Il portait une attention toute particulière à tout porteur d’innovation d’où qu’il vienne. Il n’a cessé de mettre en pratique cette énergie inventive au service du Plateau aussi bien que dans la conduite de son exploitation. 

Il restera comme un des “grands hommes“ du Plateau.

 

L’équipe d’IPNS adresse à Danielle, sa femme, Florent et Joanny, ses fils, toute sa sympathie et ses plus sincères et attristées condoléances.