Le clivage natifs-néos fait partie de ces clés de lecture qui verrouillent les analyses plutôt qu’ils n’ouvrent des perspectives de compréhension. Poussé à l’excès, il conduit tout simplement... à la guerre.


Sept générations ?

Classer ainsi en deux groupes les habitants du plateau est d’un simplisme effrayant qui ignore la diversité des parcours. Un « originaire » du plateau qui n’y est pas né, a grandi en région parisienne, a vécu toute sa vie professionnelle ailleurs, qui y venait en vacances et qui vient s’y installer à la retraite est-il un natif ou un néo ? Un enfant né sur le plateau de parents arrivés pour s’installer en agriculture dans les années 1960 et qui après des études qui l’ont éventuellement conduit ailleurs, revient vivre ici est-il un natif ou un néo ? Le conjoint étranger d’une « native » devient-il natif ? L’habitant qui vient de la commune voisine est-il un néo ? Et s’il vient de Guéret ? Et de Limoges ? À combien de kilomètres de son lieu d’habitation doivent se trouver les lieux de naissance du pur natif et du vrai néo ? Doit-on être né sept générations avant de trouver la rédemption d’une nativité enfin méritée ?
Lorsqu’on met toutes ces interrogations en regard des exigences pour devenir Français par naturalisation on peut se demander s’il n’est pas plus facile à un Persan de devenir Français qu’à un néo de devenir aux yeux de certains, tout simplement un habitant du pays. Et comment une élue qui ergote sur l’origine de quelques-uns de ses concitoyens et leur légitimité à voter dans sa commune, peut-elle concilier une telle attitude avec la position officielle de son parti (le PS) sur le droit de vote des étrangers aux municipales (un engagement de campagne de François Hollande) ?
 

Mobilités

Pour relativiser tout cela nous proposons ici une vision démographique du plateau à cinq ans d’intervalle. On le savait depuis une étude du PNR d’il y a une dizaine d’années : 30% des habitants du plateau n’y habitaient pas dix ans auparavant. Quel pourcentage aurait-on pour 20 ou 30 ans de recul ? Nous ne le savons pas mais on peut penser qu’il est très largement supérieur : 40% ? 50% ? 60% ? Les résultats des recensements nous permettent de connaître précisément les chiffres sur une période de 5 ans. Ainsi, sur les 113 communes du PNR, en 2006, 10,7% des habitants habitaient en dehors du Limousin cinq ans auparavant, et étaient donc de nouveaux habitants (plus de 1 sur 10). Ce chiffre monte à 12,5% si on y intègre ceux qui habitaient seulement en dehors du département (un Corrézien venu habiter en Creuse par exemple). Et il est de 21,7% si on y intègre les personnes qui viennent d’une autre commune.
La carte ci-dessus a été construite à partir des résultats du recensement de 2008 et indique, commune par commune, le pourcentage d’habitants qui n’y habitaient pas 5 ans auparavant – d’où qu’ils viennent. Une étude récente(1) nous apprend que ce qu’on appelle la “mobilité résidentielle“ a tendance à s’accroître légèrement en France. Au début des années 1970, la part de ceux qui avaient déménagé en changeant de commune dans l’année était de 6,7 %, contre 7,5 % en 2011. Notre carte nous donne la situation sur une période plus longue (5 ans).
 
Michel Lulek
 
(1) http://www.observatiosociete.fr/node/87

Mobilité résidentielle sur le plateau de 2003 à 2008


Montagne5

Pourcentage d’habitants d’une commune qui n’y habitait pas cinq ans auparavant (2008).

Plus la couleur est foncée, plus ce pourcentage est important. On peut voir ainsi que plus de 50% des habitants de Beaumont-du-Lac ou de Courteix sont arrivés dans ces communes dans les cinq dernières années. A Saint-Martin-Château, ce pourcentage est entre 30 et 50 % (gris foncé), exactement 42%.
Source : INSEE – Recensement 2008.