« Pour la première fois, c'était un mouvement de masse dans l'ensemble du pays. En Iran, il y a 31 provinces, toutes étaient dans la rue ». Les mouvements sociaux précédents n’avaient pas réussi à déborder certaines limites géographiques et sociales, or cette fois "le mouvement était très puissant même dans des petites villes dont on n'avait jamais entendu le nom". Ces derniers mois, des classes traditionnellement proches du régime conservateur, comme les commerçants (bazaaris), ont basculé du côté de la révolte. Les 8 et 9 janvier, dans les grands centres urbains, le mouvement est rallié par des pans entiers de la population qui ne s'étaient jamais mobilisés auparavant. Le régime répond alors par l'ultra violence, en faisant des tueries de masse le cœur de sa réponse politique, tout en essayant de contenir au maximum l’information en imposant un black-out total des télécommunications, le plus long et sévère qu’ait connu l’Iran.L’heure est au décompte des milliers de mort.es, blessé.es, emprisonné.es et condamné.es à mort, mais pas seulement. Car malgré l'interdiction des enterrements publics et la propagande du régime contre le prétendu « terrorisme » intérieur, le mouvement n’est pas mort. Fin février ont eu lieu de nouveaux rassemblements à l’occasion des Cérémonies des 40 Jours, une tradition forte en Iran, notamment dans les universités où les étudiants pro-régime ont dû affronter d’autres étudiants révoltés. "Pour la première fois, la plupart des familles endeuillées ne pleurent pas, elles dansent, chantent, célèbrent même le mariage de jeunes couples qui ont été tués ... On envoie un message très puissant de vie, contre ce régime mortifère".
Avant même le début des attaques, le régime iranien était au pied du mur. Les bombardements israéliens et états-uniens lors de la guerre des 12 jours en juin 2025 ainsi que l'alourdissement des sanctions internationales ont précipité une nouvelle dévaluation du rial et rendu l’inflation incontrôlable. La vie quotidienne semble être devenue littéralement impossible pour les Iranien.nes, face à un pouvoir qui ne cesse de se radicaliser dans sa ligne conservatrice et répressive. Après les mouvements sociaux successifs de 2019, 2021 et le mouvement Femme Vie Liberté en 2022, la réponse du régime a été de mettre en place une réaction très forte, un “ backslash ” nationaliste et masculiniste. Ce dernier s’incarne aussi dans la résurgence d’une forme de fascisme au sein du pays, qui souhaite une politique nationaliste forte, capable de mater les revendications séparatistes et progressistes et de réprimer les minorités au sein du pays. Le nationalisme profite aujourd’hui aux monarchistes anti-régime qui prônent le retour du fils du Chah. Cette possibilité représente aussi, pour une partie de la population désespérée, une solution tactique pour interrompre la violence du régime actuel, dans une logique du « moins pire ».Au lendemain de la mort de Khamenei, l’intervention israélo-américaine pousse le régime dans ses derniers retranchements. Si, il y a quelques jours, les Iranien.nes parlaient de révolution, iels se retrouvent aujourd’hui spectateurs.rices de la mort du dictateur qu’iels ont tant appelé de leurs vœux. L’intervention américaine a confisqué sa mort, et cherche à confisquer le devenir du pays : une nouvelle séquence s’ouvre, celle qui consiste, pour les iranien.nes comme pour les peuples du monde entier, à résister aux agendas extérieurs tout en combattant les forces réactionnaires intérieures, dans la continuité des soulèvements massifs de ces dernières années.