Aussitôt, riverains, une partie des habitants, des communes concernées par l'épandage des déjections animales, le syndicat du Lac de Vassivière et le Parc naturel régional s'inquiètent des conséquences de l'installation d'un tel établissement sur l'environnement et le tourisme, très développé dans cette partie du Plateau – le centre d'accueil de l'association Les Plateaux Limousins se trouvant à quelques centaines de mètres à peine du futur bâtiment : « Au niveau environnemental, impossible de ne pas craindre les conséquences des intrants chimiques (dont les traitements antibiotiques) sur les sols et l’eau en particulier, le lisier étant, entre autres, une source d’émissions d’ammoniac importante et préjudiciable à la santé et à l’environnement. Quid de la pollution des eaux souterraines et du Lac de Vassivière en cas de lessivage des sols ? Et pour l’instant le projet prévoit 1200 bêtes, mais s’il venait à s’agrandir (déjà entre 2000 et 2010, le nombre de porcins par exploitation avait triplé), les risques de pollution iraient croissant par la même occasion ! En ce qui concerne la consommation en eau, ce sont 2900 m3 d’eau potable qui seraient prélevés annuellement sur le réseau public. »
Quelques mois plus tard, début juillet 2024, une réunion publique réunit 300 personnes, opposants et défenseurs du projet. Une pétition contre la porcherie recueille plus de 60 000 signatures. Des avis négatifs sont émis par des collectivités. Bref, de la méfiance on est passé à la critique. Pendant ce temps, le prix du kilogramme de porc passe de 2,06 € en mai 2024 à 1,70 € en décembre 2024. Au 2 mars 2026, le prix moyen observé au Marché du Porc Français est tombé à 1,41 €... Donc un marché qui s'effrite, un investissement qui tourne autour de 600 000 € pour la création d'un demi-emploi... Y compris économiquement, le projet apparaît irraisonnable !Un peu plus d'un an après son annonce, la porcherie a fait l'objet, en février 2025, d'une demande d’enregistrement en préfecture. À la suite de quoi, visiblement sensible à la fragilité des milieux concernés, la préfecture a pris la décision, un mois plus tard, de faire basculer le dossier dans le cadre d’une instruction selon les règles de l’autorisation environnementale avec réalisation d’une étude d’impact. C'est-à-dire une procédure d'instruction plus exigeante.
C'est sans doute cette difficulté administrative supplémentaire qui explique qu'on apprend pendant l'été que les porteurs du projet ont renoncé officiellement à leur demande de construction et d'exploitation d'une porcherie. Mais cette bonne nouvelle est contredite peu de temps après. La coopérative Cirhyo et les éleveurs de Royère s'apprêtent à déposer un nouveau dossier. C'est chose faite, et un arrêté préfectoral du 6 février dernier ouvre une consultation publique du lundi 2 mars au lundi 30 mars 2026, consultation mise en place « sur la demande présentée par le Gaec du Villard, en vue d’obtenir l’enregistrement, au titre des installations classées pour la protection de l’environnement. » C'est donc reparti ! La coopérative Cirhyo a indiqué au quotidien La Montagne que le nouveau dossier est « un dossier relativement similaire au premier ».
La consultation publique est curieusement lancée au moment où la plupart des équipes municipales sont occupées par... les élections ! Dans un courrier adressé à la préfecture, les maires des communes concernées par le projet et ses zones d'épandage (Royère-de-Vassivière, Gentioux-Pigerolles et Faux-la-Montagne) ainsi que le Lac de Vassivière et le PNR, ont demandé un report de cette consultation arguant qu'elle a lieu en pleine période électorale et que les conseils municipaux qui ne seront élus que le 15 mars et installés une semaine plus tard n'auront guère le temps de prendre connaissance en toute sérénité d'un dossier de... 325 pages ! Refus de la préfecture. Vous avez donc jusqu'au 30 mars pour donner votre avis, soit en vous rendant à la mairie de Royère (05 55 64 71 06) soit directement sur le site de la préfecture 1 ! C'est ce qu'on appelle agir vite et sans considération pour les nouvelles équipes municipales qui vont ainsi hériter d'un dossier sur lequel elles n'auront que quelques jours pour rendre un avis. Comme si cela n'était pas fait exprès ! En parallèle, la pétition du collectif contre le projet est relancée (https://www.change.org/p/non-au-projet-de-porcherie-industrielle-du-lac-de-vassiviere).
(1) https://www.creuse.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Environnement/Installations-classees-pour-la-protection-de-l-environnement-ICPE-hors-energies-renouvelables/Consultations-publiques-et-informations-du-public/Consultations-publiques-enquetes-consultations-participations/Dossiers-soumis-a-la-consultation-du-public