Aucune revue spécifique à la nature creusoise n'était disponible en 2016 à destination du grand public. Certaines existaient comme La Garance voyageuse pour la flore ou, pour les oiseaux, l'EPOPS, revue de la SEPOL (Société pour l'Étude et la Protection des Oiseaux en Limousin), remplacée depuis par la LPO Limousin (Ligue pour la Protection des Oiseaux), à destination d'un public plus averti. Aussi, abonnés depuis de très nombreuses années à la revue emblématique La Hulotte, nous avons souhaité proposer une revue naturaliste aussi chouette, mais locale. Est-ce que nous sommes parvenus à le faire ? Seuls nos lectrices et lecteurs peuvent le dire !
Nous faisions souvent le constat que la biodiversité, les animaux, les arbres, même les plus proches de nous, étaient encore l'objet d'une grande méconnaissance. Simplement parce qu'on ne les observait pas ou qu'on s'y intéressait peu ! L'exemple le plus frappant, et c'est pourquoi elle est le sujet de notre premier numéro, était de voir, au cours de nos échanges avec le grand public, que peu de personnes étaient capables de reconnaître une Buse variable, oiseau pourtant des plus communs dans notre département. L'un de nous a toujours aimé la photographie, et nous dessinons tous les deux depuis l'enfance. Grands lecteurs, notre bibliothèque naturaliste n'a eu de cesse de s'enrichir, avec de grandes références passées et actuelles. Tous les ingrédients étaient là, il n'y avait plus qu'à tenter notre chance et trouver un public qui s'intéresse à la Buse variable ! Au moment de la première édition, nous avions décidé d'imprimer 100 numéros et nous n'étions vraiment pas certains de trouver autant de personnes qui s'intéressent à ce rapace ! Quelle n'a pas été notre surprise de voir la revue distribuée comme des petits pains dans les différents dépôts-ventes du département qui avaient accepté de la proposer !
Tout comme La Hulotte, chaque numéro de La Cardère a pour thème principal un sujet choisi parmi la faune ou un milieu, présents dans notre département de la Creuse, élargi rapidement à la région limousine. À travers des descriptions, des explications concernant la vie de l'espèce choisie, sa localisation et sa situation dans la région, mais aussi à travers des dessins et des photos, des entretiens, des poèmes, nous avons choisi de mêler des approches scientifiques, littéraires et artistiques. Notre volonté première était de fournir à la fois un travail rigoureux et le plus pédagogique possible, tout en étant une revue agréable et sympathique à lire, et ce de la manière la plus accessible. C'est pourquoi le tarif de la revue n'a que peu évolué depuis 10 ans, et reste au plus bas, afin que chacun(e) puisse y accéder, cela a beaucoup d'importance pour nous.Chaque numéro présente des espèces plus ou moins communes de notre région, comme le Renard roux, le Héron cendré ou le Lézard des murailles et le Grillon champêtre. Ce sont des animaux qui vivent tout autour de nous, et que la plupart des personnes ne voient pas. D'autres sujets peuvent être abordés, ceux auxquels nous sommes particulièrement sensibles : la place de la chasse dans notre pays et son impact sur nos vies et sur la faune, le classement des espèces dites nuisibles, aujourd'hui considérées comme ESOD, « Espèces Susceptibles d'Occasionner des Dégâts », les passages des loups dans notre région et les appels pour des forêts vivantes, nombreux ces dernières années... La revue se veut engagée et sa parole est absolument libre. Nous souhaitons rappeler que l'association qui l'édite, Carduelis, est 100% indépendante, qu'elle ne reçoit aucune subvention publique. C'est notre luxe pour pouvoir parler et agir sans aucune contrainte.
Chaque numéro est une aventure qui a évolué avec le temps ! Nous n'étions que deux pour le premier numéro, et nous ne savions pas si un deuxième verrait le jour ! Rapidement, dès le deuxième numéro, nous avons été rejoints par une dessinatrice qui œuvre aujourd'hui à Moutier d'Ahun comme paysagiste, Charline Maignan. Elle a accompagné plusieurs numéros de la revue en proposant des œuvres dessinées ou peintes que nous avons grandement appréciées. Puis, d'autres personnes sont venues vers nous, des dessinateurs creusois tels que Bernie Fanta, un immense talent, d'une grande discrétion, qui a dessiné pour La Cardère de véritables chefs d'œuvre ! Nous sollicitons également des rédacteurs, mais seulement quand nous apprécions les personnes et/ou leurs écrits, à une exception prés. C'est le cas de Thierry Thévenin pour son article « Forêt et Santé » ou d'Alain Freytet pour le numéro sur l'Étang des Landes qui a conçu notamment les sentiers et les magnifiques affûts encore présents sur le site. Nous réalisons également des entretiens avec des personnes expertes, au niveau local et national, que nous choisissons soigneusement. Nous présentons également des associations et des structures, locales et nationales, qui œuvrent comme nous pour sensibiliser à la protection de la nature.
Récemment, nous avons dédié un numéro au Loup gris, une espèce absente de notre région à la naissance de la revue en 2016. Nous étions alors loin d'imaginer ce que l'avenir réservait à l'espèce en Limousin ! Le sujet a pris en effet beaucoup d'importance ces dernières années pour Carduelis. L'association s'est fortement impliquée dans la sensibilisation et la protection de cette espèce dans tout le Limousin avec la réalisation du documentaire La part du loup, et le suivi, depuis un an et demi, d'un couple et de ses louveteaux nés au printemps 2025 sur le plateau de Millevaches. Nul doute qu'un nouveau numéro sur le Loup gris paraîtra dans quelque temps et nous avons également d'autres sujets en projet : le Pic noir et la Chevêchette d'Europe, une nouvelle espèce d'exception dont Carduelis a récemment révélé la présence dans nos forêts limousines.Deux numéros de La Cardère sont des Hors-Série : l'un sur l'Étang des Landes, seule réserve naturelle nationale de Creuse, lieu que nous affectionnons depuis toujours et où nous avons réalisé le film A l'Estanh de Landas. La forêt limousine est un sujet qui nous touche également beaucoup, car si nos forêts nous ont révélé de merveilleuses nouvelles naturalistes ces dernières années, elles n'ont jamais été autant en danger... La Cardère suit ces enjeux environnementaux au plus près, parce que Carduelis est très engagée et impliquée dans certains dossiers, notamment sur le loup et les forêts, ce qui nous a valu quelques médisances ces dernières années. Nous sommes suffisamment philosophes et avons bien constaté qu'il y a ceux qui en parlent et qui critiquent, et puis il y a ceux qui agissent : nous sommes de ce côté-là... Et nous savons qu'il s'agit du bon côté, que nos actions en faveur de la protection de la biodiversité sont nobles, c'est ce qui fait que nous ne lâchons rien.