Ces femmes battues, violées, humiliées ont fui et demandé asile à la France. Elles souffrent de stress post-traumatique attesté pas le psychiatre qui les suit. Ce ne sont que quelques-unes des femmes que nous avons rencontrées avec des histoires similaires. Elles n’ont pas été reconnues par l’OFPRA ni par la CNDA qui ont douté de leurs récits. De façon uniforme (on sent le copié collé), les décisions parlent de « discours désincarné », « dépourvu d’affect ». Le plus souvent les entretiens auprès de ces organismes ont eu lieu avec des interprètes, ce qui ne facilite ni la fluidité ni la spontanéité du discours, sans compter la crainte devant l’officier de protection.
Et pourtant depuis le 16 janvier 2024, un arrêt de la cour de justice de l’union européenne (CJUE) a décrété que les femmes peuvent constituer un groupe social au titre de la Convention de Genève. Elles peuvent donc, en théorie, obtenir le statut de réfugiée si elles établissent être exposées à des persécutions fondées sur leur genre : violences physiques ou psychologiques, sexuelles, économiques ou conjugales. En France l’OFPRA et la CNDA ne reconnaissent que la situation des femmes afghanes. L’argument est que les autres pays ont des textes protecteurs. L’OFPRA et la CNDA font donc abstraction de la réalité des violences vécues par les femmes et refusent d’examiner l’effectivité (souvent défaillante) de la protection offerte par leurs pays d’origine, pourtant à la base de l’examen de toute demande d’asile quel qu’en soit le fondement. La France tenait, avec l’arrêt de la CJUE, l’opportunité d’opérer une réelle avancée en matière de protection des femmes persécutées en raison de leur genre. Elle se contente du strict minimum : les femmes afghanes sont bien persécutées en raison de leur genre, les autres, si leurs gouvernements affichent un volontarisme de façade, attendront.
Les femmes étrangères sont l’objet d’autres sanctions : c’est ainsi que l’obligation de passer des examens de maîtrise du français pour obtenir un titre de séjour risque d’être très difficile à tenir pour celles qui n’ont pas ou très peu fréquenté l’école, d’autant que souvent elles sont seules avec des enfants petits et donc bien en peine d’aller suivre des cours de français dont l’offre se réduit de plus en plus. Ces femmes qui, souvent, occupent des emplois peu rémunérés ont laissé des enfants au pays et ne seront pas en mesure de remplir les conditions (financières et de logement) pour les faire venir auprès d'elles. Elles en seront donc séparées pour de longues années.
Partout dans le monde le migrant et la migrante deviennent des indésirables traqué.es, enfermé.es, expulsé.es, y compris vers des pays où iels risquent leur vie. Les discours les stigmatisent assimilant migrants et délinquants, profiteurs, ennemis de nos « valeurs ». Les États-Unis décrochent la palme des politiques, discours et mesures anti-migrants, mais l’Europe n’est pas en reste et les discours de certains partis gangrènent les politiques migratoires. Les mesures issues des directives « retour » européennes (enfermement, tri et expulsion) ont été adoptées et vont s’appliquer, sans oublier les murs aux frontières et les traques par Frontex.2 Les pays émergents sont tout aussi actifs avec les razzias de migrants expulsés aux frontières du désert à partir de la Tunisie, l’Algérie ou la Mauritanie avec les moyens européens. En Amérique du sud, les résidents issus des pays voisins deviennent des boucs émissaires expulsables. En France, avec les dernières lois on voit de nombreux refus de séjour y compris pour des personnes présentes depuis longtemps qui basculent dans l’illégalité, la précarité et le désespoir.Partout dans le monde les discours visent à ne plus considérer les migrant.es comme des êtres humains mais comme des nuisibles à éliminer. Ce fut le cas au Rwanda où les massacres ont été précédés de discours officiels assimilant les Tutsis à des cafards.