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Le « procès de Limoges » sera celui des technologies du numérique

Date
lundi 1 décembre 2025 08:22
Numéro de journal
93
Visite(s)
69 visite(s)

Les 19 et 20 mars 2026 aura lieu à Limoges le procès de deux personnes accusées d'avoir brûlé des véhicules d'Enedis à Limoges le 11 février 2020 pour protester contre le déploiement des compteurs Linky et d'avoir saboté l'antenne relais de téléphonie mobile et de télévision des Cars (87) le 11 janvier 2021 pour protester contre le développement de la 5G. Elles sont inculpées « d'association de malfaiteurs » et de « destruction ou dégradation du bien d'autrui par moyens dangereux pour les personnes ». À cette vision des faits, leur comité de soutien oppose un autre discours : et si ces personnes étaient des lanceuses d'alerte qui nous avertissent des dangers de toutes ces technologies du numérique qui envahissent nos vies ? Dans cette optique, il veut faire du procès de Limoges, celui des technologies du numérique.

 

oiseauÀ la suite de ces sabotages, l'enquête policière a débouché sur l'arrestation de six personnes, des perquisitions chez sept autres et l'audition de deux autres en Limousin le 15 juin 2021, dans quatre lieux différents de la région. La directrice de l'école de Gentioux, Marie-Claire Drut, a été arrêtée ce jour-là et placée en garde à vue (voir IPNS n°76).

 

Fake-news

Coup de filet assez large : on prend le maximum de poissons pour récupérer le maximum d'informations, quitte à rejeter l'essentiel de la pêche à la mer. C'est ce qui s'est passé, puisque toutes n'ont pas été gardées à vue, que seulement trois ont finalement été inculpées, et qu'au moment du procès il n'en reste que deux. Marie-Claire Drut a en effet fait l'objet d'un non-lieu le 1er août dernier, 4 ans après sa bruyante arrestation, la police ne disposant d'aucun élément à charge contre elle. Malheureusement, une certaine presse de droite (Valeurs actuelles pour ne pas le citer) et même des habitants peu au fait du sujet continuent à propager la fake-news selon laquelle elle aurait été condamnée ! Une rumeur persistante qu'elle s'empresse de démentir (voir ci-dessous son témoignage).

 

« Devant l’étendue du désastre, il faut agir maintenant »

Dans un communiqué, le comité de soutien des inculpés, faisant références aux études scientifiques tendant à prouver la dangerosité des compteurs Linky ou des antennes 5G, explique : « Le principe de précaution doit être appliqué de façon rigoureuse. La santé des personnes et la préservation de l’environnement ne doivent plus être sacrifiées sur l’autel du profit. La situation de notre planète et des organismes vivants qui l’habitent est de plus en plus compromise par l’extractivisme et l’augmentation vertigineuse de la consommation d’énergie. Le réchauffement planétaire, la destruction de la biodiversité et les atteintes de toute sorte à l’environnement entraînent une série de catastrophes climatiques, sanitaires et humaines. Cette destruction du vivant connaît une accélération exponentielle. Les changements dépassent les prévisions des scientifiques qui sonnent l’alarme depuis longtemps. Le temps des bonnes paroles arrive à sa fin.  »

Au-delà de cette critique, le comité dénonce « l’ampleur de l’arnaque des objets connectés » : « Quand on nous dit que le numérique vient combler l’isolement, on rétorque que c’est précisément le monde numérique qui nous isole et nous prive de relations humaines ». Et de conclure : « Notre planète, nos mondes, sont en train d’être détruits sous nos yeux. Devant l’étendue du désastre, il faut agir maintenant. »

 

Non, la directrice de l’école de Gentioux n’a pas été condamnée !

Après avoir été salie par une arrestation spectaculaire le 15 juin 2021, en plus d’avoir été traumatisée, enfermée et interrogée en garde à vue pendant quatre jours, mise en examen et sous contrôle judiciaire durant un an et demi et suspendue de ses fonctions par son administration à titre conservatoire (“pour la protéger” lui a-t-on dit !), la justice, le 1er août 2025, lui a délivré un non-lieu total. Elle raconte.

Le 15 juin 2021 une soixantaine de policiers envahissent le lieu-dit où je vis. Je suis arrêtée, mon domicile perquisitionné dans le cadre d’une enquête sur l’incendie de véhicules Enedis et d’une antenne relais en Haute-Vienne. Mise en garde à vue, je suis interrogée pour des faits que je n’ai pas commis. Choquée et la situation m’échappant totalement, je préférerai garder le silence, ce qui me sera reproché par la suite même si le droit de garder le silence est un principe fondamental reconnu par les juridictions françaises et qu’il est de l’ordre de la survie en face de l’appareil policier qui tente d’ obtenir des aveux à tout prix.

Non-lieu
Le 1er août 2025, soit quatre années plus tard, l’ordonnance du juge d’instruction concernant l’affaire dite du « 15 juin 2021 » stipule un non-lieu me concernant. Voilà que quatre ans après, la justice décide qu’il n’y a pas d’éléments suffisants contre moi dans ce dossier pourtant très volumineux, fruit d’une enquête longue et aux moyens démesurés. En effet, le dossier a été instruit à charge. Il comporte plus de 7 000 pages, où je découvrirai, dans les procès-verbaux me concernant, que j’ai été mise sur écoute et surveillée lors de mes déplacements pendant de nombreux mois. Mon profil, mon âge, mon genre donnaient sans doute à penser que je pouvais parler facilement sous la pression et dire tout et n’importe quoi dans la panique.
Depuis le début, je me disais bien qu’on m’avait arrêtée pour des raisons très différentes de celles évoquées et reprises en gros titres dans la presse. Il fallait faire peur, stigmatiser encore un peu plus ce territoire du plateau de Millevaches (même une directrice d’école !), faire du renseignement dans les milieux « militants de gauche ». Tout ça pour ça !

Le mal est fait
Mais le mal est fait et le non-lieu ne s’accompagne ni d’excuses ni de réparations bien sûr. La rumeur quant à elle a fonctionné à plein régime, le sensationnel étant plus croustillant que la réalité, me voilà « condamnée » dans la bouche de certains habitants ! Non seulement je ne suis pas condamnée mais la justice m’a écartée du procès en me délivrant un non-lieu total avant la tenue de celui-ci.
Moi qui ne suis pas néo-rurale puisque rurale (née dans une famille paysanne pauvre et nombreuse du Bourbonnais), humaniste certes, de gauche et avec une sensibilité écologique oui, me voilà décrite comme une dangereuse activiste par une presse à sensation ! L’assignation dans la « mouvance de l’ultra gauche radicale » fantasmée du plateau de Millevaches est une autre violence qui découle directement de la première et qui est alimentée par une presse peu attachée à la vérité et à la vérification de ses sources.
Toute ma vie, j’ai eu le souci d’être ouverte à toutes et tous sans distinction de classes, d’opinions ou de modes de vie. Mon métier d’institutrice m’a permis d’avoir des contacts avec des personnes de tous milieux et je m’en réjouis. C’est l’idée que je me fais d’une vie en société et particulièrement à la campagne. Cette facilité dans le « vivre ensemble » m’a été enlevée par cette arrestation brutale et le bruit médiatique qui a suivi.
Il me semble pourtant précieux dans notre société qui se fracture et devient de plus en plus violente, qu’on puisse encore se parler et vivre ensemble en partageant plus que le lieu où l’on vit. Peut-être devrait-on se demander : « À qui profite le crime ? » quand on essaie de diviser et d’opposer plutôt que de rassembler et d’accorder.
Même si le mal est fait, je tenais à écrire ce petit point d’information pour tenter d’arrêter le tout et n’importe quoi qui se propage beaucoup plus vite que la vérité.

Marie-Claire Drut, ex-directrice de l’école de Gentioux

 

Solidarité

Le comité de soutien et les deux inculpés prônent donc la désobéissance civile qu'ils estiment « vitale ». « Pourtant, poursuivent-ils, elle est souvent réprimée au nom d’un dogme "antiterroriste" qui cache mal la terreur réelle que les gouvernements sont prêts à exercer. » Leur communiqué se termine par cet appel : « Soyons solidaires de toutes celles et tous ceux qui cherchent à arrêter cette machine infernale ».
Des concerts ou soirées de soutien sont d'ores-et-déjà prévus, en particulier le 17 janvier au Villard (Royère de Vassivière) . Puis des évènements seront organisés à Limoges pour informer la population des dangers du numérique à tout-va pendant les deux jours du procès.

 

Contact : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

  • Thème
    Procès du numérique
  • principe de précaution | procès | Les Cars | linky | Enedis | Gentioux
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