Journal IPNS Journal IPNS
  • Présentation
  • Les numéros
  • Les articles
  • Abonnement / Don
  • Chroniques
  • Lectures
  • Dossiers
    • 80 ans après la guerre d’Espagne
    • Autour des centres d’accueil pour demandeurs d’asile
    • Bonjour la nuit
    • Comment ré-habiter les centres bourgs ?
    • Communauté de communes
    • Elections municipales 2008
    • Elections municipales 2014
    • Entreprendre collectivement
    • État de l’eau sur le plateau
    • Exilés, solidarités sur un plateau et au-delà
    • Fin programmée des feuillus sur le plateau
    • Il court, il court, le circuit court
    • Innovation sociale ou précarisation des conditions de travail
    • La forêt
    • La montagne Limousine, une forêt habitée ?
    • L'énergie du plateau : l'hydro-électricité
    • L'éducation en question
    • Lenoir est le brun
    • Les municipales
    • Les sections, nos propriétés collectives ignorées
    • Lettre ouverte à la préfète de la Creuse
    • Limousin rebelle
    • Logement
    • Loup y-es tu ?
    • L'usine de la discorde
    • Millevaches, territoire en mouvement
    • Mobilité, se déplacer autrement
    • Notre forêt pour demain n°1
    • Notre forêt pour demain n°2
    • Pauvreté et solidarité rurales
    • Porcherie
    • PNR : cris et chuchotements...
    • PNR de Millevaches en Limousin : Vous avez dit contrat ?
    • Produire local, une nécessité
    • Quand le plateau donne des boutons à Limoges
    • Quel pouvoir des habitants sur leur environnement ?
    • Réforme territoriale
    • Résidences secondaires
    • Uranium : un limousin très enrichi
    • Usines à viande, à tomates, à pellets : mêmes lubies, mêmes impasses !
    • Vassivière, vers un despotisme territorial

La démocratie directe pas vraiment prévue par la loi

Date
lundi 1 décembre 2025 10:17
Numéro de journal
93
Visite(s)
45 visite(s)

L’ambition d’aller vers une démocratie plus directe impliquant les habitants et habitantes se heurte au cadre institutionnel et juridique actuel qui repose sur le paradigme de la démocratie représentative. La délégation des décisions et de la gestion de la commune à des représentant·es élu.es ne coïncide pas avec la volonté de remettre ces pouvoirs dans les mains des habitant.es. De fait la participation, selon les textes en vigueur, est réduite à une peau de chagrin. Faisons le point avec des spécialistes de la question, “Fréquence commune”.

 

La participation du public à la gouvernance d’une commune est encadrée par les articles 1 et 72-1 de la Constitution qui reconnaissent le droit de pétition, les consultations locales et le référendum local. Ces droits sont traduits dans le Code général des collectivités territoriales (CGCT) qui intègre notamment les lois relatives à la démocratie de proximité et à la décentralisation. En complément, depuis 2015, le Code des relations entre le public et l’administration (CRPA) regroupe et modernise les règles encadrant les relations entre l'administration et les habitant.es. Il implique plusieurs dispositions parmi lesquelles le principe du droit à la communication (toute personne a le droit d'être informée sur les décisions qui la concernent), le droit de présenter des observations écrites et orales dans le cadre de certaines procédures, ainsi que la possibilité pour l'administration d'organiser des concertations préalables sur l'élaboration de projets.

 

Le conseil municipal seul souverain

Le CGCT stipule que c’est bien au conseil municipal, constitué de représentant.es élu.es par les habitant·es de la commune, que revient de régler « par ses délibérations les affaires de la commune », affirmant ainsi le principe de souveraineté du conseil municipal. Les deux seules modalités de participation prévues dans le chapitre « Participation des électeurs aux décisions locales » du CGCT sont le référendum local et la consultation. Seul le premier est décisionnaire, « si la moitié au moins des électeurs inscrits a pris part au scrutin », mais ne peut être organisé qu’à l’initiative du conseil municipal ou du maire. Des instances consultatives telles que des comités consultatifs ou des commissions extra-municipales, peuvent également être mises en place par le conseil municipal (voir encadrés).

 

Des obligations que pour les (très) grosses communes

Les instances de consultation obligatoires et prévues par la loi sont limitées :
• La commission consultative des services publics locaux (CCSPL), pour les communes de plus de 10 000 habitant.es, vise à rendre des avis sur la gestion des services publics délégués à des prestataires extérieurs ;
• les conseils de quartiers, pour les communes de plus de 80 000 habitant·es ;
• les conseils citoyens, dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) qui doivent être associés à l'élaboration, à la mise en œuvre et à l'évaluation des contrats de ville, conclus à l’échelle intercommunale pour cadrer l’intervention des pouvoirs publics dans ces quartiers. Ils sont constitués d’un premier collège d’habitant.es tiré·es au sort et d’un deuxième rassemblant des représentant.es d'associations et des acteurs locaux.
Ces instances ne concernent qu’une très faible partie de la population française puisque la moitié de la population française réside dans des communes de moins de 10 000 habitant.es qui représentent 97 % du nombre des communes...

 

S’il existe bien un cadre juridique de la participation des habitant·es à la vie de leur commune, celui-ci reste encore très inadapté, voire contraire, à des pratiques de démocratie délibérative et directe

 

Des communes vont au-delà

Certaines communes participatives ont souhaité se saisir de ces instances visant à favoriser la démocratie de proximité pour tenter de les réinventer, poussant la participation plus loin et redonnant davantage de pouvoir d’agir aux habitant.es. Certaines ont inventé d’autres dispositifs, renouvelant l’offre de participation et repensant l’articulation entre le travail des habitant.es et celui des élu.es et des agent.es. Si un vingtième des électeur.rices inscrit.es peuvent demander à être consulté·es sur des sujets précis, conformément au droit de pétition locale prévu par l’article 72-1 de la Constitution, le conseil municipal n’a pas l’obligation d’accéder à cette demande. De la même façon, c’est le conseil municipal seul qui arrête finalement une décision sur une affaire qu’il a soumise à consultation. Les habitant.es n’ont donc aucun moyen légal de contraindre le conseil municipal à les entendre, être à leur écoute dépend finalement et uniquement de la volonté et de l’engagement des élu.es.

 

Droit d'expérimentation

La loi prévoit également un droit d’expérimentation pour les collectivités territoriales, en application de l’article 72 de la Constitution, leur permettant de déroger au cadre législatif et réglementaire relatif à leurs compétences à titre expérimental pour une durée maximale de cinq ans et sous certaines conditions. Ce droit n’est cependant que très peu mis en œuvre compte tenu de l’encadrement très strict des expérimentations. Lorsque la Ville de Poitiers (Vienne, 90 240 habitant·es) a voulu entreprendre la démarche, inédite en France dans une commune de cette taille, de créer une Assemblée citoyenne et populaire (ACP), par délibération du conseil municipal en mars 2022 avec « pour mission de rapprocher les citoyens et citoyennes élu.es et non-élu.es en partageant directement le pouvoir », elle s’est heurtée au refus du préfet de la Vienne. Après avoir procédé à un contrôle de légalité, estimant que le cadre juridique de cette assemblée était à préciser et que ses modalités de fonctionnement n’étaient pas en conformité avec le cadre légal, ce dernier a demandé à ce que la délibération municipale prévoyant une telle assemblée soit modifiée. La principale crainte exprimée par le préfet dans son recours était que les élu.es ne se dessaisissent de leur pouvoir décisionnaire, dont la légitimité est issue de l'élection. L’équipe municipale a donc dû se référer à l’article L131-1 du CRPA qui stipule que la municipalité peut décider « en dehors des cas régis par des dispositions législatives ou réglementaires, d'associer le public à la conception d'une réforme ou à l'élaboration d'un projet ou d'un acte » pour proposer la création de son assemblée dans une seconde délibération en octobre 2022. Cela l’a contrainte à modifier les formulations de cette délibération pour substituer à la mention de « partage direct du pouvoir », celle
d’« association des habitant.es non élu.es au processus décisionnel », illustrant là les limites que le cadre légal impose à la démocratie directe. La municipalité a néanmoins pu conserver le principe fondateur de co-construction de la décision entre habitant.es, élu.es, et agent.es, précisant que « l’Assemblée est autonome pour débattre et voter sur le sujet dont elle est saisie ». Elle a également réaffirmé son engagement moral à adopter en conseil municipal le projet co-construit au sein de l’assemblée, sans autre modification.

 

Repousser le cadre légal

S’il existe donc un cadre juridique de la participation des habitant.es à la vie de leur commune, celui-ci reste encore très inadapté, voire contraire, à des pratiques de démocratie délibérative et directe allant au-delà de la simple information, consultation ou concertation. Les communes participatives participent ainsi d’une innovation démocratique nécessaire dans un système obsolète en se donnant les moyens d’expérimenter d’autres façons de décider avec les habitant.es et repoussant les limites du cadre légal.

 

Cet article reprend des extraits de l'ouvrage Prendre le pouvoir pour le partager, de Elisabeth Dau, Cléa Fache et Léa Legras
de Fréquence commune.
Nous avons présenté cet ouvrage dans IPNS n°91.

 

Des référendums locaux

• Le projet soumis au référendum par le conseil municipal s’impose au maire si au moins la moitié des électeurices inscrites sur la commune ont pris part au scrutin.
• La consultation peut être limitée aux électeurs d'une partie du ressort de la commune, pour les affaires intéressant spécialement cette partie de la commune.
• Le projet doit concerner les compétences de la commune.
• Le référendum peut être proposé par des habitants si un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales demandent à ce que soit inscrite à l'ordre du jour du conseil municipal l'organisation d'une telle consultation (mais une même personne ne peut faire une telle demande qu’une fois par trimestre maximum).

 

Des organes consultatifs

Le Code général des collectivités territoriales (CGCT) prévoit des petites choses en matière de « participation » mais celles-ci ne sont pas du tout contraignantes : il s’agit juste aux gens de parler sans que le maire soit obligé de tenir compte de leur avis...
• Chaque hameau peut être doté d’un conseil consultatif par le conseil municipal sur demande de ses habitants.
• Le conseil municipal peut créer des comités consultatifs « sur tout problème d'intérêt communal concernant tout ou partie du territoire de la commune. Ces comités comprennent des personnes qui peuvent ne pas appartenir au conseil, notamment des représentants des associations locales. » Chaque comité est présidé par un membre du conseil municipal désigné par le maire. Ces comités peuvent être consultés par le maire sur toute question ou projet intéressant les services publics et équipements de proximité et entrant dans le domaine d'activité des associations membres du comité. Ils peuvent par ailleurs transmettre au maire toute proposition concernant tout problème d'intérêt communal pour lequel ils ont été institués.

 

la republique des communes fakirLa République des communes

Et si le contrat social, menacé au niveau de l’État, s’écrivait à l’échelle des communes et de leurs premiers magistrats ? C’est ce que met en évidence un ouvrage de 145 pages porté par Oriane Dioux et sorti des presses en juillet 2025, sous le titre : La République des communes, guide des bonnes initiatives municipales, pour le compte de Fakir éditions.
Il se compose de 70 fiches rédigées et maquettées, qui présentent 276 initiatives proposées par 109 maires répartis sur l’ensemble du territoire. Divisées en huit chapitres (écologie, solidarité, enfance jeunesse, culture et sport, égalité, participation citoyenne, développement économique, vivre ensemble), elles sont structurées sur le même mode, à savoir : quoi ? pourquoi ? comment ? combien ? le bilan, facilitant ainsi la compréhension du lecteur.
Dans la préface, François Ruffin, député de la Somme, s’interroge : « Comment changer le pays, au moins un peu, en mieux ? Faut-il agir local ou national ? Je ne crois pas qu’il faille choisir. Je crois, au contraire, à un dépassement de cette fausse contradiction, à un chemin qui marie le meilleur des deux. » De quoi se remémorer une pensée célèbre du philosophe et homme politique Alexis de Tocqueville au XIXe siècle : « Dans la commune comme partout ailleurs, le peuple est la source des pouvoirs sociaux, mais nulle part il n’exerce sa puissance plus immédiatement. »
Prix de l’ouvrage : 10 euros.
  • Thème
    démocratie
  • République des communes | référendums locaux | collectivités territoriales | démocratie directe | conseil municipal | démocratie
  • Brève n°93 - 12/2025
  • Coupes de subventions, ça continue... Pas d'aide à la presse pour IPNS
  • Le « procès de Limoges » sera celui des technologies du numérique
  • Municipales : comment passe-t-on du nombre de voix au nombre de sièges ?
  • La démocratie directe pas vraiment prévue par la loi
  • Réagir face aux attaques contre les associations
  • Le droit de mourir
  • Le Loup de la discorde
  • Quelle place pour l’homme et le loup en Montagne limousine ?
  • Le loup en questions. La réponse de l'historien
  • Qui va à la chasse
  • Jean-Claude Champeau, du braconnier au photographe et auteur naturaliste
  • 4 communes du Plateau solidaires d'une commune ukrainienne
  • La Creuse, terre de granite et de mystères géologiques
  • Facto, un nouveau média en Limousin
  • Les Eaux de Mars
  • Faire face au fameux « on est chez nous « 
  • Au château de Toulondit d’Eymoutiers, la solidarité se joue à table
  • La Garance voyageuse, de la Corrèze à la Lozère
  • Chroniques d'exils : Les femmes premières victimes des politiques migratoires
  • La Gen Z 212 contre le gouvernement de la coupe du monde
  • Accueil
  • Lettre d'information
  • Plan du site
  • Glossaire
  • Blaireaux

IPNS - 23340 Faux-la-Montagne - ISSN 2110-5758 - contact@journal-ipns.org
Journal d'information et de débat du plateau de Millevaches - Publication papier trimestrielle.

Bootstrap is a front-end framework of Twitter, Inc. Code licensed under MIT License. Font Awesome font licensed under SIL OFL 1.1.