Le 24 octobre, à Féniers, plusieurs centaines d'éleveurs s'étaient réunis à l'initiative de la Chambre d'agriculture et de la FDSEA de la Creuse, pour dire leur opposition à l'existence du loup sur la Montagne limousine. Le journal La Montagne relevait que « une fois n'est pas coutume, sur ce sujet précis, les positions des syndicats agricoles majoritaires (FDSEA et JA) rejoignent celles de la Confédération paysanne. »
De son côté la Coordination rurale de la Corrèze (CR19) a adressé à tous les maires du Parc naturel régional de Millevaches, une lettre en leur demandant de se retirer du Parc pour manifester leur opposition au loup. On lit dans ce courrier : « Le Parc naturel régional de Millevaches a pris la décision de défendre la présence du loup, au détriment de l'élevage et des éleveurs qui font vivre nos territoires (…). Aussi, afin de ne pas être complices de la disparition de l'agriculture du Plateau, nous vous demandons, Mesdames et Messieurs les élus, de retirer vos communes du Parc naturel régional de Millevaches. » Une attaque en règle contre le PNR telle qu'on n'en avait pas vu depuis bien longtemps – sans doute depuis les années qui précédaient sa création en 2004 où fusaient des arguments du style « la chasse sera interdite », « on ne sera plus maître chez soi », etc.
Le PNR aurait donc pris la décision « de défendre la présence du loup au détriment de l'élevage » ? Dans un communiqué argumenté le président du Parc a remis les pendules à l'heure : « Aucune décision du PNR, pas plus qu'une quelconque déclaration, ne défend la présence du loup sur le territoire. Nos actions s'inscrivent dans l'application du droit français et européen, y compris par le soutien aux tirs de défense soumis à autorisation préfectorale. » Et le PNR de rappeler qu'il a pris plusieurs délibérations en soutien à l'agriculture et aux éleveurs du territoire. Les allégations de la Coordination rurale « sont donc mensongères et diffamatoires » indique le Parc qui met au défi la Coordination rurale de « fournir tous les éléments matériels qui justifieraient ses dires ». Dans sa réponse le Parc liste les différentes actions de soutien à l'agriculture qu'il a mises en place (aides de 2,3 millions d'euros annuels en moyenne, mesures agro-environnementales, aide à la mise en protection des exploitations, en particulier par la mise à disposition de matériels spécifiques, création de l'association pastorale de la Montagne limousine, développement des filières de diversification et valorisation des productions locales). Conclusion : « La demande de la CR19 aux maires de retirer leur commune du PNR est irresponsable ».
La Coordination rurale ne fait en effet guère dans la nuance. Et ses militants n'hésitent pas à tenter de saboter des manifestations auxquelles participent des associations naturalistes qui ont le tort de défendre la biodiversité sur le Plateau avec, entre autres, la présence du loup. Parmi les premières cibles en la matière, le festival Nature Climat Environnement d'Aubusson qui a fait l’objet de leur « intervention » en 2024, puis de manœuvres d’intimidation en 2025 du 29 mai au 1er juin. Ainsi, des militants de la CR23 sont-ils venus détériorer des affiches de l’événement, poser quelques bâches noires ornées d'une prose fluo montrant leur « intérêt » pour la biodiversité. Puis la tension est montée par une présence ostensible à proximité de l'entrée du festival (esplanade Charles de Gaulle) et par l'irruption bruyante de trois véhicules « tunés », vitres ouvertes et musique percutante, qui ont effectué plusieurs tours des parkings de l’esplanade à grand renfort d'accélérations levant des nuages de poussière sous les yeux des visiteurs médusés. Une insistance pressante des organisateurs aura été nécessaire pour qu’une patrouille de la gendarmerie se rende sur place pour discuter avec les trublions et tenter de calmer leurs ardeurs. Pour cette fois, ce n'est fort heureusement pas allé plus loin, mais la volonté d’en découdre physiquement sans passer par la case dialogue semble caractériser la stratégie de la CR23. L’édition du festival 2026 est en préparation à Aubusson, en partenariat avec de nombreuses institutions, collectivités publiques, entreprises privées. Rappelons qu’il s’agit-là de simplement montrer, d’expliquer les « choses » de la nature, du climat et de l’environnement à un public chaque année plus nombreux et qui cherche à connaître et à comprendre comment l’humain peut partager la nature avec l’ensemble du vivant. Serions-nous vraiment entrés dans une époque où des photographes et des cinéastes animaliers, des artistes naturalistes, des scientifiques constitueraient une menace pour l’ordre public, alors qu’une poignée de syndicalistes aux habitudes et aux méthodes factuellement violentes auraient, aux yeux de l’État français, toute légitimité à faire « le coup de poing » ?
À Ussel, pour la Fête de la Science 2025 les choses sont allées beaucoup plus loin. En effet, les organisateurs (Récréasciences et le collège Voltaire) ont été destinataires de mises en garde de la part de la CR19 et de la FDSEA19, cette dernière menaçant carrément de déposer des carcasses d'animaux d'élevage devant la grande salle municipale accueillant l'événement et donc les enfants de Haute-Corrèze. Les deux syndicats patronaux agricoles vociféraient en particulier contre la présence sur l'événement de FERUS, association pourtant reconnue d'utilité publique qui proposait aux visiteurs, simplement et sans prosélytisme, de mieux connaître les grands prédateurs... C'est avec stupeur que les membres du groupe d'organisation ont reçu un mail laconique de la principale du collège Voltaire, annonçant que la Fête de la Science 2025 n'aurait pas lieu, pour des raisons techniques « indépendantes de notre volonté »... Et pourtant, à Ussel aussi, comme l'explique un des organisateurs de la Fête, « il s'agissait de sciences, de connaissances, d'informations factuelles, trois domaines dont écoliers, collégiens et lycéens ont besoin dans leurs cursus éducatifs et dont l'existence même a été contestée par un activisme obscurantiste et complotiste préférant, semble-t-il, que l'on passe rapidement et officiellement à un scientisme "trumpiste" ! La pression de l'extrême-agriculture sur la préfecture de Corrèze et sur l'Éducation Nationale a donc porté ses fruits empoisonnés. »