Journal IPNS Journal IPNS
  • Présentation
  • Les numéros
  • Les articles
  • Abonnement / Don
  • Chroniques
  • Lectures
  • Dossiers
    • 80 ans après la guerre d’Espagne
    • Autour des centres d’accueil pour demandeurs d’asile
    • Bonjour la nuit
    • Comment ré-habiter les centres bourgs ?
    • Communauté de communes
    • Elections municipales 2008
    • Elections municipales 2014
    • Entreprendre collectivement
    • État de l’eau sur le plateau
    • Exilés, solidarités sur un plateau et au-delà
    • Fin programmée des feuillus sur le plateau
    • Il court, il court, le circuit court
    • Innovation sociale ou précarisation des conditions de travail
    • La forêt
    • La montagne Limousine, une forêt habitée ?
    • L'énergie du plateau : l'hydro-électricité
    • L'éducation en question
    • Lenoir est le brun
    • Les municipales
    • Les sections, nos propriétés collectives ignorées
    • Lettre ouverte à la préfète de la Creuse
    • Limousin rebelle
    • Logement
    • Loup y-es tu ?
    • L'usine de la discorde
    • Millevaches, territoire en mouvement
    • Mobilité, se déplacer autrement
    • Notre forêt pour demain n°1
    • Notre forêt pour demain n°2
    • Pauvreté et solidarité rurales
    • Porcherie
    • PNR : cris et chuchotements...
    • PNR de Millevaches en Limousin : Vous avez dit contrat ?
    • Produire local, une nécessité
    • Quand le plateau donne des boutons à Limoges
    • Quel pouvoir des habitants sur leur environnement ?
    • Réforme territoriale
    • Résidences secondaires
    • Uranium : un limousin très enrichi
    • Usines à viande, à tomates, à pellets : mêmes lubies, mêmes impasses !
    • Vassivière, vers un despotisme territorial

Le Loup de la discorde

Date
lundi 1 décembre 2025 13:47
Numéro de journal
93
Visite(s)
47 visite(s)

Nous avons régulièrement donné des nouvelles du loup dans IPNS depuis qu'il est revenu s'installer sur le Plateau il y a quelques années. Si certains pensent que c'est une chance pour notre territoire, ce n'est évidemment pas l'avis de tout le monde... Le sujet, comme on dit, « fait débat ». Ces deux pages proposent différents éclairages de la question.

 

Le 24 octobre, à Féniers, plusieurs centaines d'éleveurs s'étaient réunis à l'initiative de la Chambre d'agriculture et de la FDSEA de la Creuse, pour dire leur opposition à l'existence du loup sur la Montagne limousine. Le journal La Montagne relevait que « une fois n'est pas coutume, sur ce sujet précis, les positions des syndicats agricoles majoritaires (FDSEA et JA) rejoignent celles de la Confédération paysanne. »

 

loup

 

Haro sur le Parc

De son côté la Coordination rurale de la Corrèze (CR19) a adressé à tous les maires du Parc naturel régional de Millevaches, une lettre en leur demandant de se retirer du Parc pour manifester leur opposition au loup. On lit dans ce courrier : « Le Parc naturel régional de Millevaches a pris la décision de défendre la présence du loup, au détriment de l'élevage et des éleveurs qui font vivre nos territoires (…). Aussi, afin de ne pas être complices de la disparition de l'agriculture du Plateau, nous vous demandons, Mesdames et Messieurs les élus, de retirer vos communes du Parc naturel régional de Millevaches. » Une attaque en règle contre le PNR telle qu'on n'en avait pas vu depuis bien longtemps – sans doute depuis les années qui précédaient sa création en 2004 où fusaient des arguments du style « la chasse sera interdite », « on ne sera plus maître chez soi », etc.

 

La réponse du PNR

Le PNR aurait donc pris la décision « de défendre la présence du loup au détriment de l'élevage » ? Dans un communiqué argumenté le président du Parc a remis les pendules à l'heure : « Aucune décision du PNR, pas plus qu'une quelconque déclaration, ne défend la présence du loup sur le territoire. Nos actions s'inscrivent dans l'application du droit français et européen, y compris par le soutien aux tirs de défense soumis à autorisation préfectorale. » Et le PNR de rappeler qu'il a pris plusieurs délibérations en soutien à l'agriculture et aux éleveurs du territoire. Les allégations de la Coordination rurale « sont donc mensongères et diffamatoires » indique le Parc qui met au défi la Coordination rurale de « fournir tous les éléments matériels qui justifieraient ses dires ». Dans sa réponse le Parc liste les différentes actions de soutien à l'agriculture qu'il a mises en place (aides de 2,3 millions d'euros annuels en moyenne, mesures agro-environnementales, aide à la mise en protection des exploitations, en particulier par la mise à disposition de matériels spécifiques, création de l'association pastorale de la Montagne limousine, développement des filières de diversification et valorisation des productions locales). Conclusion : « La demande de la CR19 aux maires de retirer leur commune du PNR est irresponsable ».

 

Des menaces...

La Coordination rurale ne fait en effet guère dans la nuance. Et ses militants n'hésitent pas à tenter de saboter des manifestations auxquelles participent des associations naturalistes qui ont le tort de défendre la biodiversité sur le Plateau avec, entre autres, la présence du loup. Parmi les premières cibles en la matière, le festival Nature Climat Environnement d'Aubusson qui a fait l’objet de leur « intervention » en 2024, puis de manœuvres d’intimidation en 2025 du 29 mai au 1er juin. Ainsi, des militants de la CR23 sont-ils venus détériorer des affiches de l’événement, poser quelques bâches noires ornées d'une prose fluo montrant leur « intérêt » pour la biodiversité. Puis la tension est montée par une présence ostensible à proximité de l'entrée du festival (esplanade Charles de Gaulle) et par l'irruption bruyante de trois véhicules « tunés », vitres ouvertes et musique percutante, qui ont effectué plusieurs tours des parkings de l’esplanade à grand renfort d'accélérations levant des nuages de poussière sous les yeux des visiteurs médusés. Une insistance pressante des organisateurs aura été nécessaire pour qu’une patrouille de la gendarmerie se rende sur place pour discuter avec les trublions et tenter de calmer leurs ardeurs. Pour cette fois, ce n'est fort heureusement pas allé plus loin, mais la volonté d’en découdre physiquement sans passer par la case dialogue semble caractériser la stratégie de la CR23. L’édition du festival 2026 est en préparation à Aubusson, en partenariat avec de nombreuses institutions, collectivités publiques, entreprises privées. Rappelons qu’il s’agit-là de simplement montrer, d’expliquer les « choses » de la nature, du climat et de l’environnement à un public chaque année plus nombreux et qui cherche à connaître et à comprendre comment l’humain peut partager la nature avec l’ensemble du vivant. Serions-nous vraiment entrés dans une époque où des photographes et des cinéastes animaliers, des artistes naturalistes, des scientifiques constitueraient une menace pour l’ordre public, alors qu’une poignée de syndicalistes aux habitudes et aux méthodes factuellement violentes auraient, aux yeux de l’État français, toute légitimité à faire « le coup de poing » ?

 

… et des effets

À Ussel, pour la Fête de la Science 2025 les choses sont allées beaucoup plus loin. En effet, les organisateurs (Récréasciences et le collège Voltaire) ont été destinataires de mises en garde de la part de la CR19 et de la FDSEA19, cette dernière menaçant carrément de déposer des carcasses d'animaux d'élevage devant la grande salle municipale accueillant l'événement et donc les enfants de Haute-Corrèze. Les deux syndicats patronaux agricoles vociféraient en particulier contre la présence sur l'événement de FERUS, association pourtant reconnue d'utilité publique qui proposait aux visiteurs, simplement et sans prosélytisme, de mieux connaître les grands prédateurs...
C'est avec stupeur que les membres du groupe d'organisation ont reçu un mail laconique de la principale du collège Voltaire, annonçant que la Fête de la Science 2025 n'aurait pas lieu, pour des raisons techniques « indépendantes de notre volonté »... Et pourtant, à Ussel aussi, comme l'explique un des organisateurs de la Fête, « il s'agissait de sciences, de connaissances, d'informations factuelles, trois domaines dont écoliers, collégiens et lycéens ont besoin dans leurs cursus éducatifs et dont l'existence même a été contestée par un activisme obscurantiste et complotiste préférant, semble-t-il, que l'on passe rapidement et officiellement à un scientisme "trumpiste" ! La pression de l'extrême-agriculture sur la préfecture de Corrèze et sur l'Éducation Nationale a donc porté ses fruits empoisonnés. »

 

patousPas envie de crier « au Loup », mais pas envie non plus de crier « au Patou » !

Si, pour avoir des loups, il faut transformer le plateau de Millevaches en un univers carcéral avec des grillages électrifiés à deux mètres pour empêcher les patous de s’en prendre aux randonneurs, aux ados à vélo, et si tout le monde trouve la famille louveteau adorable sur les photos, moi, je reste plutôt du côté des agneaux…
Le loup semble sympathique vu de loin, mais vu de près, il adore faire des carnages, et tue bien plus que pour se nourrir… Evidemment, je le comprends le loup : on lui demande de réguler la faune sauvage, mais dans un univers façonné par l’humain depuis des siècles… Alors, entre le sanglier capable de riposter, le chevreuil qui court vraiment vite et les gentils moutons bien gras qui attendent tranquillement dans l’enclos, il fait comme moi au supermarché quand je suis pressée : il va à la tête de gondole.
Bien sûr, on peut en abattre quelques-uns, bien sûr on peut mettre des patous d’Anatolie partout et trembler de peur sur les chemins, mais il faut comprendre que le loup, lui, est un carnassier et que partager un espace avec lui suppose de ne plus y faire d’élevage au sol.
On peut construire des usines à viande, avec des animaux enfermés dans des hangars, mais vouloir que des animaux d’élevage puissent paître dans des champs cernés de forêts habitées par des loups, cela reste compliqué. Bien sûr, les éleveurs sont indemnisés. Mais est ce que l’argent est bien employé ? Parce qu’à la fin, entre les patous, les clôtures, les indemnisations, ce loup qui n’a plus grand chose de naturel coûte combien à la société ?
Il y a sans doute des gens qui rêvent de déserts, mais le plateau de Millevaches est habité partout, et quand je vois comment je peux m’énerver lorsque les limaces mangent mes salades (alors que je ne vends pas de salade…) j’imagine que les éleveurs sont encore plus furieux lorsque leur troupeau est égorgé, car pour eux, c’est un métier.
La cohabitation n’est pas facile, et donc je ne me réjouis pas de la naissance de louveteaux, qui forcément deviendront loups, feront famille et auront besoin d’aller faire leurs courses dans les supermarchés de pâtures où attendent les gentils agneaux sans défense.
Ce qui ne me réjouit pas non plus ce sont les autorisations de tirer le loup données à tous les éleveurs… Sous le coup de la colère, je vois bien déjà les débordements possibles et les promeneurs habillés en gris avec un bonnet de laine confondus avec le prédateur… Comment trouver le juste équilibre pour que la faune sauvage traverse un paysage façonné par l’homme ? Récemment, à Allevard, en Savoie, un loup a traversé le village, en longeant une école… Alors, je ne veux pas crier « au loup » mais arrêtons de croire que nos paysages sont des étendues sauvages dans lesquels la faune prédatrice peut cohabiter avec nous sans souci. Tout a été façonné pour nous : routes, champs, prairies, et même les forêts sont davantage des champs d’arbres en exploitation que des forêts primitives. Arrêtons de trouver les louveteaux mignons. N’oublions jamais qu’eux peuvent trouver les bambins de la crèche, dodus et charmants, mignons à croquer.
Entre idéaliser les loups et haïr leur existence, il faudrait trouver une voie et cela imposera une régulation dans les espaces agricoles d’élevage.

Véronique Decker, habitante de Faux-la-Montagne
  • Thème
    Loup
  • CR19 | FDSEA | Féniers | loup
  • Brève n°93 - 12/2025
  • Coupes de subventions, ça continue... Pas d'aide à la presse pour IPNS
  • Le « procès de Limoges » sera celui des technologies du numérique
  • Municipales : comment passe-t-on du nombre de voix au nombre de sièges ?
  • La démocratie directe pas vraiment prévue par la loi
  • Réagir face aux attaques contre les associations
  • Le droit de mourir
  • Le Loup de la discorde
  • Quelle place pour l’homme et le loup en Montagne limousine ?
  • Le loup en questions. La réponse de l'historien
  • Qui va à la chasse
  • Jean-Claude Champeau, du braconnier au photographe et auteur naturaliste
  • 4 communes du Plateau solidaires d'une commune ukrainienne
  • La Creuse, terre de granite et de mystères géologiques
  • Facto, un nouveau média en Limousin
  • Les Eaux de Mars
  • Faire face au fameux « on est chez nous « 
  • Au château de Toulondit d’Eymoutiers, la solidarité se joue à table
  • La Garance voyageuse, de la Corrèze à la Lozère
  • Chroniques d'exils : Les femmes premières victimes des politiques migratoires
  • La Gen Z 212 contre le gouvernement de la coupe du monde
  • Accueil
  • Lettre d'information
  • Plan du site
  • Glossaire
  • Blaireaux

IPNS - 23340 Faux-la-Montagne - ISSN 2110-5758 - contact@journal-ipns.org
Journal d'information et de débat du plateau de Millevaches - Publication papier trimestrielle.

Bootstrap is a front-end framework of Twitter, Inc. Code licensed under MIT License. Font Awesome font licensed under SIL OFL 1.1.