Antoine Gatet est une figure importante de la défense de l'environnement en Limousin. Nos lectrices et lecteurs le connaissent car il a plusieurs fois contribué à notre publication pour nous éclairer sur des enjeux environnementaux de la Montagne limousine. Juriste en environnement, en particulier au sein de l'association Sources et Rivières du Limousin, et membre du bureau de Limousin Nature Environnement, il préside depuis 2023 l'association nationale France Nature environnement (FNE). Par le passé, plusieurs personnalités ayant œuvré à FNE ont été décorées de la Légion d'honneur pour leur engagement associatif au service de l’intérêt général, et l’ont acceptée. D’autres, comme le prédécesseur d'Antoine Gatet, l'ont refusée.
Si Antoine Gatet a adopté la même attitude ce n'est pas pour faire de ce refus « une tribune politique particulière », mais pour trois raisons principales, dont une très personnelle.La première tient au fait que cette décoration est attribuée personnellement à son récipiendaire pour un mérite qu'Antoine Gatet juge en réalité collectif. Une telle nomination est en effet inscrite au titre de sa fonction de « président d’une association de protection de l’environnement ». Il explique : « C’est le travail collectif militant, au service de l’intérêt général, de l’ensemble des salarié.es et des bénévoles dirigeants de FNE (membres du CA, membres des comités référents et membres des instances nationales de participation désignés par le CA) et indirectement de tous les membres et sympathisants du mouvement FNE, que je considère reconnus par cet acte de nomination. J’ai remercié la ministre de l’Écologie pour sa proposition de nomination en lui exposant le sens collectif par lequel je recevais son attention. C’est dans l’objectif premier de préserver le sens collectif attaché à cette nomination, que je ne me ferai pas remettre cette distinction, que je refuse donc à titre individuel. »
Cette décision est également motivée par d’autres considérations qui lui sont plus personnelles. D’abord sa considération de son inutilité : « En tant que militant associatif engagé depuis plus de 25 ans dans nos associations de protection de l’environnement, c’est d’elles et de la diversité des humanités qui s’y déploient que je reçois la plus belle reconnaissance, sans besoin de son affirmation par ailleurs par l’Etat. Ensuite, au-delà d’une certaine opposition de principe pour "prendre rang", du fait de ma volonté d’indépendance totale vis-à-vis des pouvoirs publics, dans l’exercice de mes fonctions qui se poursuivent : je ne peux recevoir une distinction de la part d’un président de la République et de gouvernements successifs qui ont tant porté ces dernières années la régression des politiques publiques environnementales. » Aussi, dans une lettre expliquant son refus et adressée aux membres de FNE, Antoine Gatet conclut en « remerciant la ministre de l’Ecologie de sa reconnaissance renouvelée de nos actions collectives pour l’intérêt général, tout en l’invitant à nous en donner durablement les moyens effectifs. »
Enfin, à titre encore plus personnel, du fait de raisons familiales d’humilité, Antoine Gatet estimait ne pas devoir accepter cette Légion d'Honneur. Sa grand-tante paternelle, Laure Gatet, biochimiste, morte en déportation à Auschwitz-Birkenau en 1943, a été décorée en 1955 à titre posthume Chevalier dans l'ordre de la Légion d’Honneur, pour son action personnelle de grande femme de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale (elle fut aussi distinguée en 1946 par le Général de Gaulle de la croix de guerre avec palmes, et médaille de la Résistance, et en 1953 de la médaille de la déportation pour faits de Résistance). « Cette histoire familiale militante, explique Antoine Gatet, établit pour moi un niveau de valeur de cette distinction plus haut que n’importe quel engagement que je ne pourrais jamais atteindre. »
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